Présentation

 

Christine Marsan vous propose plusieurs prestations  :

Du sujet à l'entreprise, diverses propositions d'intervention

  • Comprendre la complexité pour gérer au quotidien son entreprise et ses équipes. Psycho-sociologue et praticienne des relations humaines, je mets à votre disposition conférences, débats, ateliers de réflexion pour appréhender les différentes thèmes de la complexité organisationnelle appliqués à la stratégie, à la DRH et au management. Ce qui vous permet d'avoir une longueur d'avance afin de manager intelligemment et avec éthique.
  • Penser autrement pour agir autrement : Elaborer une stratégie, innover repose sur une autre approche de la créaitvié, combinant la compréhension de la complexité, les ressorts de l'imaginaire et les outils de la créativité. Ce n'est qu'en faisant évoluer nos cadres de références que nous pouvons innover autrement! Site : www.christinemarsan.fr
  • Diagnostic de votre entreprise : vous souhaitez faire évoluer votre entreprise et vous avez besoin d'une aide pluridisciplinaire pour envisager toutes les facettes du changement. Pour plus de détail, voir le site de Renaissance : www.christinemarsan.fr
    Coaching Existentiel : je vous aide à vous réaliser, à être pleinement qui vous êtes et que vous n'avez pas encore osé révéler et à atteindre vos objectifs. Pour voir plus en détail de quoi il s'agit, aller voir l'article : coaching existentiel. www.christinemarsan.fr 
  • Thérapie holistique : vous avez envie de faire un travail approfondi sur vous et aussi d'être pris en considération dans la totalité de vos facettes (différents engagements, considérations professionnelles, dimension psychologique, énergétique et pourquoi pas aussi spirituelle). Je vous offre un espace et des méthodes, qui en respect de votre choix et ce que vous voulez explorer de vous, vous permettra de vous épanouir, de dépasser souffrances et blocages et de développer une plus grande autonomie. Pour plus de détails voir la partie "développement de la personne" dans le site www.christinemarsan.fr .
  •  

Ce blog a pour objectif de vous faire partager plusieurs années de réflexion sur la société, la personne, les impacts des évolutions de l'entreprise et aussi un peu de ... philosophie et de politique.
 

Vous trouverez ici des articles dans les domaines suivants :

  • Sciences Humaines :
    • psychologie,
    • sociologie,
    • philosophie,
    • politique..
  • Professionnel :
    • coaching et accompagnement au changement.

Vous trouverez une présentation succincte sur mon short web site : www.christinemarsan.eu et pour un descriptif plus détaillé de mes activités professionnelles vous pouvez visiter le site : www.christinemarsan.fr.

Merci pour votre visite et vos réactions sont les bienvenues.
 

Email : christine.marsan@wanadoo.fr

Psychologie

Vendredi 5 mars 2010 5 05 /03 /Mars /2010 00:31
Il me semble que l'un des problèmes que nous rencontrons dans plusieurs problématiques humaines c'est que certains champs disciplinaires ne se rencontrent pas pour aborder des questions qui mériteraient des réponses ... efficaces.
Ainsi la violence, longtemps considérée uniquement par la sociologie a tardivement été prise en considération par la psychologie. Par conséquent comment "répondre" à un problème, notamment psychologique, la violence individuelle, lorsque la discipline qui pourrait y réfléchir n'envisage pas de solution puisque "le concept n'est pas reconnu". Pendant ce temps les violences conjugales, psychologiques ou relationnelles continuent.
Plus on travaille sur les phénomènes de violence, individuels, collectifs et / ou organisationnels et plus on perçoit que la racine de la violence est la peur. La peur d'autrui, vécu comme une menace. Cette peur fondamentale de l'autre conduit à manifester l'agressivité à laquelle seule une escalade de la violence succède habituellement.

Une longue liste d'ouvrages s'ingénie à décrypter les mécanismes de la violence individuelle, collective, sociale, géopolitique et les réponses restent à un certain niveau de conscience, souvent basées sur des représentations de domination et des valeurs de guerre, ce qui laisse peu de chance pour obtenir une résolution pérenne. 
Seul le changement de discipline et de niveau de conscience permettra d'ouvrir la porte de solutions viables et parfois pérennes. Alors les personnes engagées dans la dynamique permettant de sortir de ces mécanismes de violence, aussi bien archaïques qu'endémiques, parviennent à guérir de leur peur. Et pour y arriver il n'y a que le baume de l'amour.

Cependant, on ne parle d'amour que dans le champ de la spiritualité, territoire interdit à /par nos chercheurs universitaires, surtout français, et de ce fait interdit pour tous les praticiens à la suite.
Pourtant, il n'y a que dans ce registre de la sagesse, du sacré et de la spiritualité que l'on touche la dimension de la bienveillance, de la compassion, de la tolérance et de l'amour. Et il n'y a que par l'amour inconditionnel de son prochain que la peur et la violence fondamentales peuvent être transmutées par un processus de dissolution alchimique. 

Nous voyons fleurir des ouvrages sur le management bienveillant ou les chartes de bientraitance dans les entreprises mais quelles sont les valeurs, pensées, représentations, paroles et actions des personnes qui les mettent en place? Pour que ces mots ne restent pas de simples idées, il est nécessaire que les personnes qui les soutiennent aient opéré un changement profond en elles, au point de manifester et d'incarner la bienveillance dont elles parlent. Cela passe par transformer la peur en amour.

A nouveau dans cette question soulève comme dans des milliers d'autres, la rencontre des disciplines et des plans de conscience qui rende l'être humain entier, retrouvant sa complétude. il n'a plus alors de peur ni de souffrance, ou disons plutôt qu'il les vit, les accepte et les traverse sans angoisse, avec la sérénité de la compréhension (cumprendere = prendre avec) de la vie, de son essence et de la variété de ses flux. 

La peur laisse place à la sagesse et la violence à l'amour.
Et oui c'est possible partout et notamment au sein des entreprises...! Car partout ce sont les mêmes êtres humains qui souffrent et aspirent au bonheur.

CM



 
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Jeudi 25 janvier 2007 4 25 /01 /Jan /2007 15:07

Institut Psychanalyse & Management  

Souci de l’autre, de soi et quête d’insouciance.

 

Entre illusion et réalité dans les organisations.

 La jeune génération vient questionner le monde de l’entreprise

 Nombreux sont les managers qui commencent à être en difficulté face au management de jeunes recrutés de la classe d’âge des 20-25 ans.

Evidemment, nous pourrions y voir le traditionnel conflit de générations qui, depuis Héraclite notamment, conduit chaque génération à dire que la suivante a perdu toutes les valeurs des anciens. Une fois cet aphorisme moralisateur passé, peut-être y aurait-il malgré tout une indication d’un air du temps qui pourrait être prise en considération.

 

L’entreprise est le lieu normé par excellence, tout ce qu’elle produit nécessite de passer par la codification et les processus. La qualité, avec récemment la méthode Six Sigma, pousse, à l’extrême, la quête du zéro défaut et donc de la rationalisation des tâches, des rôles et des processus de travail. Les procédures financières et comptables sont, elles aussi, de plus en plus exigeantes. En un mot, l’univers de l’entreprise est normé, procédural et contraint. Il n’est certes pas que cela, mais il l’est principalement. Les exigences de rentabilité, de profit, d’efficacité et de recherche de marges font la chasse au gaspi, aux défauts et à tout comportement déviant qui pourrait faire perdre du temps. Les temps relationnels sont ainsi traqués, rappelons-nous ce que disaient certains DRH au moment de la mise en place des 35 heures : « nous allons éliminé les temps morts ». Afin de maintenir le volume de 35 heures, les entreprises avaient diminué les temps de repas et de pause considérés comme morts. No comment.

 

L’évolution démographique conduit la génération des papy boom à partir de manière massive d’ici 2010, même si cela crée une « superbe » occasion de limiter les recrutements, il est évident que les entreprises ne pourront pas faire l’économie d’intégrer un nombre significatif de jeunes. Evidement, une classe d’âge n’est pas homogène dans sa typologie, surtout depuis que notre société est identifiée comme morcelée et tribale[1]. La question se pose de savoir comment accueillir ces jeunes aux références multiples dans un environnement contraint comme l’est l’entreprise ?

 

Nombreux sont les managers dans les PME, les grandes entreprises nationales ou multinationales qui font état du constat suivant. La préoccupation principale de la majorité des jeunes recrues, dès l’embauche, est de savoir ce qu’ils auront comme avantage sociaux, comme vacances, comme temps de récupération et comme perspective d’augmentation.

La motivation traditionnelle propre aux jeunes entrants, à savoir l’envie de se dévouer pour l’entreprise, de faire carrière et de donner temps et énergie pour progresser est révolue. Les temps ont changé et avec eux les motivations, les valeurs et les priorités.

 

L’observation sociologique des jeunes notamment faite par les équipes de Michel Maffesoli ou encore les travaux de Laurent Mucchielli[2] pour rendre compte de la violence urbaine mettent en exergue une transformation des centres d’intérêt, résultat de l’évolution du contrat social entre l’entreprise et ses salariés.

 

Avec la mondialisation des échanges, les règles économiques ont changé et les rapports humains et sociaux également. L’organisation se focalise essentiellement sur ses résultats financiers et elle va chercher à optimiser ses coûts ce qui se traduit bien souvent par réaliser des coupes sombres dans les effectifs. Ainsi les jeunes de 20 à 25 ans ont-ils vu leurs parents vivre le chômage. Ils ont connu la rupture familiale liée à la crise d’identité et à la dépression d’un père qui n’a plus la fierté d’un métier pour justifier de son existence sociale. L’imago maternelle rassurante que représentait autrefois l’entreprise est aujourd’hui vécue comme le mauvais objet kleinien[3], réveillant les fantasmes de morcellement, de dévoration et d’anéantissement.

Depuis 1973, le chômage touche toutes les catégories et notamment les jeunes générations. Se sentant trahies par l’entreprise, elles réagissent en s’investissant dans les valeurs sûres qu’elles identifient comme leur apportant du sens et réponse à leur quête intérieure. Ces nouveaux territoires d’investissements affectifs et identitaires sont la sphère personnelle, la famille, les loisirs et les conditions de réaliser de manière satisfaisante une vie personnelle que jusqu’ici les entreprises ont souvent gâché avec leurs parents. Soit que certains se soient voués corps et âme à leurs entreprises délaissant de manière dommageable parfois la sphère privée, soit que d’autres, comme nous l’avons dit, aient été rejetés du système par des licenciements expéditifs.

 

Le travail n’est alors plus la seule voie de réalisation personnelle[4] et l’argent gagné est un moyen pour satisfaire d’autres priorités. Bien évidemment, il ne s’agit que de l’une des multiples causes du changement d’attitude face au travail. Nous allons à présent faire le parallèle entre l’évolution significative du cadre de références des jeunes pouvant les conduire à manifester l’insouciance comme un souffle de vie dans l’entreprise et des changements de société plus fondamentaux qui comme une vague de fond déterminent les modifications structurelles de nos modes de pensées.

 

Les composantes du paradigme

Il est fréquent que tout bascule à la suite d’une découverte de la physique. Rappelons-nous les conséquences incroyables des théories de Galilée et Copernic. Elles ont, en effet, totalement révolutionné nos représentations du monde ainsi que la place de l’homme dans l’univers. Et les conséquences plus ou moins directes ont conduit aux philosophies des Lumières. Au début du XXeme siècle c’est Einstein qui, avec sa théorie sur la relativité, a contribué à faire basculer nos références. Les conséquences de sa découverte ont relégué encore davantage la place de l’homme dans l’univers jusqu’à ce que certains scientifiques puissent dire que finalement le fait que la vie apparaisse sur la terre fut un « accident de parcours ».

La relativité d’Einstein a eu pour effet l’avènement de la physique quantique qui avec la théorie du chaos, remettant en cause les principes de bases de la causalité linéaire, a fait apparaître la notion de complexité. Celle-ci décrit la complexité du réel qui a des conséquences déterminantes tant sur l’appréhension de notre quotidien que sur nos modes de pensée.

 

 Notre mode de pensée est caduc

 L’autre aspect fondamental des conséquences des théories de la relativité est la mise en exergue de la notion de complexité[5]. On la retrouve dans les entreprises, qui depuis la cybernétique, ont tenté d’expliquer les interactions organisationnelles par la dynamique systémique. C’est pourquoi Michel Crozier a expliqué les réactions paradoxales et parfois incohérentes des acteurs par la variété de leurs motivations à agir. Car les évolutions parallèles technologiques, notamment avec Internet, économiques avec la mondialisation des échanges et géopolitiques avec la chute du mur de Berlin ont conduit à repenser le modèle du monde et de l’homme. 1989 a été une date clé dont Francis Fukuyama parle suffisamment bien avec La fin de l’histoire pour montré qu’un modèle s’est effondré avec les pierres du mur. L’équilibre bipolaire a fait place à l’hégémonie d’une seule puissance entraînant la mondialisation. Ce qui évoque alors l’omniprésence maternelle dans laquelle le bébé se noie, tant il est en symbiose avec la mère. Et nous constatons que la mondialisation, qui a conduit certains à dire que le monde est à présent « un village mondial », a généré des angoisses identitaires qui se traduisent pas des conservatismes et des besoins d’exprimer, à nouveau, des particularités régionales. De la même manière, dans les entreprises, le sujet est noyé dans ces systèmes organisationnels, informels, non maîtrisables et de crainte de se diluer dans ce magma multiforme, cela explique partiellement son besoin de se réfugier dans l’individualisme, forme sociale du narcissisme, encouragé par le marketing et la consommation.

 

Toutefois, ce n’est pas la seule conséquence de la complexité. Elle nous conduit aussi à revoir notre mode de pensée multimillénaire. Et ceci est inquiétant, déroutant et nécessite un long temps d’adaptation. Il semble que l’être humain dans la société civile y parvienne progressivement, plus libre finalement d’exprimer les soubresauts du paradigme naissant. Tandis que dans l’environnement normé et moderne de l’entreprise, l’homme hypermoderne, pour reprendre les termes de Vincent de Gaulejac, est pris dans la folie économique qui s’est emballée et qui ne sait plus s’arrêter. L’entreprise incarne alors dans ses fonctionnements organisationnels l’excès de modernité qui perd tout sens. Et les violences explosent un peu partout pour exprimer le malaise de la civilisation.

 L’anthropologie a mis en évidence les origines de notre appréhension du monde et comment la lecture de notre environnement a conditionné notre mode de pensée et notre rapport à autrui.

 Françoise Héritier nous explique que depuis des millions d’années l’homme a observé le monde et a constaté  qu’ils était composé d’éléments opposés : jour / nuit, cru/cuit, homme / femme. Ceci a alors façonné notre manière de penser et nous avons une appréhension binaire des choses. C’est soit ça ou ça. Il nous est donc difficile de concilier les contraires.

 Par ailleurs, l’homme étant l’un des animaux les moins bien équipés, afin de survivre, nous avons été contraints de nous regrouper en clan, le plus souvent dans des grottes. Cela a déterminé notre rapport à autrui, à l’étranger. Il y avait ceux qui étaient comme nous, les mêmes, qui rassurent et ceux qui étaient différents et qui incarnaient alors un danger. Ce qui explique alors que notre rapport à l’altérité a toujours été basé sur la confrontation, la suspicion et l’intolérance.

 Ainsi depuis que l’homme s’est développé, il a construit les références de son mode sur la dualité et son rapport à l’altérité sur la menace que représente l’autre[6]. Ceci ayant également été renforcé par ce que les successeurs de Darwin ont conservé de ses théories. Réduisant sa réflexion, seule la théorie de la compétition et de la sélection naturelle des espèces a été retenue. Pourtant les lois de coopérations sont largement observées par les biologistes et les éthologues. Ce parti pris n’a alors fait que renforcer cette part phylogénétique « naturelle », c’est-à-dire instinctuelle.

 La relativité d’Einstein, comme son nom l’indique est d’apporter la compréhension d’un monde plus complexe dans lequel les causalités ne sont plus linéaires et où il existe des espaces, des temps où les contraires ne s’opposent plus et peuvent se concilier.

 Il s’agit alors véritablement d’une révolution et nous pouvons comprendre comment et pourquoi il nous est si difficile d’absorber un tel paradigme.

 Einstein balaie d’un revers de manche des millions d’années de conditionnement. Pas étonnant que l’humanité tressaille et soit mal à l’aise. Avec la physique quantique c’est la fin de la maîtrise des mondes connus et donc la nécessité de repenser tous nos référents.

  La place de l’homme remise en cause

 En quoi ce nouveau paradigme est-il inquiétant ?

 Nous prenons conscience avec le relativisme qu’après avoir cru que nous étions au centre de l’univers, nous sommes un élément toujours plus minuscule de l’ensemble, nous découvrons que nous sommes un accident de parcours dans le processus du vivant. Ceci ne peut pas être sans incidence sur nos représentations et par conséquent sur nos actions aussi bien individuelles que collectives.

 Etre de plus en plus inexistant, nous approcher du néant, c’est flirter avec la mort et nous conduire à chatouiller inconsciemment notre angoisse existentielle.

Indiscutablement cela relativise notre narcissisme. Nos fantasmes sont remis en cause et la toute puissance narcissique est encore une fois mise à mal, pour autant le sujet ne pourra probablement pas se satisfaire de ces nouvelles limitations et relativités. La question est alors de savoir comment il va s’y prendre pour investir de nouveaux champs ? Comment ses fantasmes évoluent-ils pour trouver une place « nécessaire » dans un environnement plus complexe et le reléguant toujours au contingences sociologiques plutôt qu’aux motivations intrinsèques et psychologiques de son action ?

 

Chaque nouvelle avancée scientifique contribue à remettre en cause nos certitudes, habitudes et références spatiales, temporelles ou relationnelles. Le progrès moderne qui devait apporter le bonheur, comme l’avait promis les philosophes a failli. Les barbaries du XXeme siècle en ont tragiquement illustré les limites. Ce même progrès qui nous précarise aussi bien économiquement que cognitivement. Le système économique fonctionnant presque seul, cherchant dans ses mécanismes, à optimiser les rentabilités des entreprises élimine chaque jour un peu plus les hommes qui les composent. Ces derniers représentent un problème patent de par leur indiscipline, leur irrégularité, leur manque de fiabilité, leur états-d’âme et leur revendications sociales.

 Il n’est guère étonnant de voir alors des crispations égotistes et des excès de narcissisme[7] fleurir un peu partout et en parallèle un état dépressif quasi généralisé faire la une des magazines de ressources humaines. Se sentir de plus en plus inexistant peut expliquer, en partie, le besoin de manifester l’angoisse, ce qui peut alors prendre la forme de violences polymorphes et multicausales.

 L’impact sur notre narcissisme

 La fin du XXeme siècle est un moment de grand questionnement pour les psychanalystes concernant leur pratique. A la fois par la concurrence d’autres pratiques psychothérapeutiques comportementales, aux effets de guérison annoncés plus immédiats mais d’autres raisons semblent expliquer le phénomène. Notamment, la répartition des pathologies dans la société change.

Le cadre de la psychanalyse freudienne était, au moment de sa création, plutôt adapté aux névrosés qui étaient majoritaires par rapport aux pathologies psychotiques. Aujourd’hui, le nombre de structures psychotiques et borderlines sont en sérieuse augmentation[8]. Les hôpitaux psychiatriques et les prisons en témoignent. Les raisons de cette évolution sont multiples[9] mais peuvent notamment être dues à cette relativité constante de la place de l’homme dans l’univers. Y aurait-il cause à effet entre la relativité et la complexité apportée par les travaux d’Einstein et l’augmentation significative de pathologies narcissiques polymorphes ? Le narcissisme de l’homme, tant des sujets que des collectifs humains, est largement ébranlé et semble devoir se repenser sur de nouvelles bases. Plus les frontières de l’univers sont reculées et plus l’homme se recroqueville sur lui-même. Ce qui pose alors cruellement la question du rapport à l’altérité et par conséquent des relations sociales entre les individus, de la manière de construire des collectifs. Il n’est donc pas étonnant de constater la détérioration des relations au sein des organisations. D’un côté, les pervers-narcissiques exercent des harcèlements sexuels ou moraux et de l’autre, les narcissiques mégalomanes conduisent leurs entreprises à la faillite pour avoir cherché à atteindre leur rêve de grandeur[10].

 

 Chacun y va de ses conjectures rencontrant partout autour de lui la complexité, notamment aussi celle de l’explication, qui ne peut alors être que partielle. L’univers physique est en expansion et celui qui nous entoure également. La mondialisation fait, à l’échelle humaine et de la terre, exploser frontières, limites, espace et temps. Nos repères se désagrégeant, il n’est pas surprenant que cela soit aussi un facteur anxiogène expliquant par-là même les violences.

 En réaction, on peut comprendre l’augmentation des besoins sécuritaires et du conservatisme, pour ramener le réel à une vision binaire, duelle et donc plus facile à appréhender. La complexité de la réalité est devenue insurmontable. S’en accommoder devient un défi personnel et individuel considérable.

 Nombre de changements importants dans nos sociétés pourraient ainsi être considérés comme des conséquences indirectes des découvertes d’Einstein.

 Le choc des plaques tectoniques

 C’est ainsi que l’on pourrait dire qu’il y a rencontre de deux mondes. A la manière des plaques tectoniques, cela se traduit davantage comme une fracture, souvent manifestée par des violences, épiphénomène des malaises et des contradictions organisationnelles. Pourtant, il semble que cette incompréhension des deux environnements ne soit pas imputable qu’au seul fait du conflit de générations.

Nous formons l’hypothèse d’un conflit de paradigmes.

Paradigme moderne s’essoufflant

 

 

 

Nouveau Paradigme en émergence

Entre-deux paradigmatique = violences

 

 

 

 


Lorsqu’un paradigme est moribond et que l’autre est émergent, leur rencontre créée un choc qui se traduit, notamment, par des violences sociales et des discours sur la décadence. Nous sommes très probablement dans cet entre-deux paradigmatique.

 D’un côté, l’ancien, dit « moderne », toujours dominant qui repose sur le progrès et sa promesse de bonheur généralisé passant par la technologie. Depuis le siècle des Lumières, l’évolution des techniques et des technologies a d’abord apporté de réelles améliorations dans notre confort quotidien et puis progressivement sans garde-fou, l’économique a primé sur le politique et la sagesse philosophique. C’est alors que l’économique s’est établi en système et en pouvoir dominant, transformant les moyens de production pour une société plus heureuse en finalité marchande et mercantile dont le sens est perdu dans les rouages de la consommation à outrance.

 Et de l’autre, le nouveau paradigme qui est en train d’advenir et qui est forcément encore mal défini.[11] Certains paramètres balbutiant montrent un besoin de repenser les modalités de notre quotidien (place de l’homme dans la société, sa relation à l’environnement, rapport à autrui, au travail, aux institutions). Tout ceci est à revisiter[12].

 Les violences illustrent l’entre-deux paradigmatique

 Et dans l’intervalle c’est le sentiment de chaos, l’entre-deux paradigmatique. Ainsi la révolution physique d’Einstein, telle un tsunami ne cesse d’avoir des effets sur notre société et fait exploser nos cadres de références traditionnels. Et nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins. Un paradigme implose et l’autre ne parvient pas encore à dessiner clairement ses contours. Gilbert Durand[13] qui a longtemps étudié l’anthropologie sociale et imaginaire a ainsi expliqué qu’il faut entre 200 et 250 ans pour que s’installe un nouveau paradigme. Et si nous plaçons le début du nouveau à la théorie d’Einstein, cela pose la date de 1905. Nous sommes donc au beau milieu.

 Celui-ci se caractérise par une difficulté à concevoir le paradigme suivant, englués que nous sommes dans le fond ou le creux que l’on pourrait qualifier de matriciel.

 Ce qui nous conduit à faire un parallèle avec les eaux primordiales du temps des origines mythologiques, que l’on nomme aussi soupe chaotique où rien n’est encore précisément défini. Tout est en germe, tout est à venir. La vie est là fourmillante, mais encore en désordre. D’où les phénomènes de violence liés au délitement des repères anciens et au manque de structure et de clarté des nouveaux. Il est alors question d’identifier les fils qui vont permettre de dénouer la pelote des vitalités informes de manière à pouvoir créer de nouvelles opportunités, une renaissance de notre société.

 

Une France en quête d’identité

 L’entre-deux paradigmatique se traduit par la multitude des secousses sociales, tout du moins en France. Ce qui a eu pour conséquence d’ébranler un certain nombre de vérités établies. Notamment avec 1968 qui a remis en cause le paradigme de l’autorité.

 Et depuis les hommes et les femmes se cherchent, chacun tentant de se construire ou de se reconstruire au gré des fluctuations des institutions sociales et des rôles sociaux qui évoluent.

 Le féminisme a radicalisé la position féminine.[14] Beaucoup de femmes se sont prises pour des ersatz d’hommes en cherchant à s’affirmer et à prendre une position dans un monde économique aux valeurs et critères masculins. A présent qu’elles ont « volé » la culotte aux hommes, ceux-ci sont à la recherche d’une nouvelle identité, détachée de la fonction du Père, trop longtemps assumée, et bien souvent contre leur gré.

 Il est alors question pour chacun de retrouver une place existentielle et sociale et de redéfinir leur rôle autant comme acteur social que comme appartenant à un genre défini masculin ou féminin.

 Cette nécessaire recomposition des repères que l’on peut voir se profiler dans d’autres domaines de la société (économique, écologique, scientifique, politique, etc.) implique une exigence très forte pour chaque individu. Ce qui a conduit Ehrenberg à parler de la fatigue d’être soi. Face à ce travail titanesque de construction identitaire à la carte puisant dans le panier intarissable des référents multiples, beaucoup baissent les bras. D’autant que s’ajoutent les exigences toujours croissantes des entreprises demandant à chacun d’être toujours plus performant. Ce qui se traduit par des compétences à ajouter en permanence dans son cheminement professionnel. Ceci est alors très difficile à vivre et il ne semble pas qu’un répit soit possible.

 Alors face à cette complexité de référentiels, certains choisissent la simplicité de modèles culturels plus dichotomisés où les rôles sont clairement identifiables et définis. Ce qui explique alors qu’à la suite d’une liberté apparente des mœurs des années 80/90, aujourd’hui il semble qu’il y ait une sorte de retour en arrière, conservateur où la femme redevient un objet, où l’homme réapparaît comme très macho. Et alors plusieurs générations se succèdent arborant autant d’identités différentes que d’âge, de classe sociale et d’appartenance multiples. Cette diversité identitaire peut aussi conduire à des violences. Face au désarroi d’une réalité trop riche et trop complexe, le risque est la radicalisation et le repli. Ce qu’Huntigton a voulu exprimer avec son choc des civilisations.

  La société est en quête de référents et les reconstitue au travers de groupuscules, encore nommés tribus, qui développent une cohérence en leur sein, partageant pratiques, valeurs et cadres de références. Cependant cela constitue davantage une société éclatée en petites minorités qui ne se rencontrent pas qu’une société, certes plurielle, mais ayant une identité claire.

 A cela se rajoute l’individualisme développé par la société libérale et la consommation qui fragmente la société et rend chacun isolé, perdu dans l’anonymat citadin.

 Alors dans cette forêt de nouveaux référents, le sujet devant chaque jour se reconstruire une identité afin de ne pas se voir dilué dans des espaces sociaux plus

Par Christine Marsan - Publié dans : Psychologie
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Jeudi 25 janvier 2007 4 25 /01 /Jan /2007 15:06

ISPSO Annual Meeting

 

The dark side of competition : psychoanalytic insights

 

 

 

Title : The impact of organisational structures on people’s violence.

 

 

 

 

 

 

 

Abstract :

 

 

 

The problems of competition can be either aggravated or reduced by the management of the organisation. Indeed, the very structure of the organisation itself may well be contributing to increased internal violence, creating an extremely negative environment for its people. This in itself may then lead to the development of competition, in order to find an outlet for the excessive violence inherent in the system.

 

 

Following observations over the past few years into violence in a wide range of large and small organisations, in both the private and public sectors, we have reached the following conclusion :

That there is a greater level of innate violence in public sector institutions than in private companies.

 

 

 

Content :

 

 

 

What could explain the difference?

 

We considered a parallel between villages and public institutions and, on the other hand, between private organisations and big cities. Villages are fixed areas where people do not move, the same as in many public sector institutions where employees might work all their life. In this environment, the internal violence of the system cannot express itself though job mobility and staff turn-over. Violence gets “old” and focussed back on itself, like a death wish. The means to externalise this innate violence becomes blocked, and in the majority of cases its intensity is greater than that found in private companies. This lack of movement leads to greater rigidity, and increasing focus on the internal ‘nervous system’ that can introduce lots of diseases into the organisation in the same way as a cancer invades a body.

Sometimes clear emulation facilitates the elimination[1] of violence, but in public institutions, most of the time, such expressions are forbidden. Everyone behaves in a very polite manner and exchanges are very courteous, but the need to criticise, the frustration and the disagreement are there as in every social group. Without any rules to deal with this internal violence the group focuses inwards on itself, in a similar way that in the past (before the big expansion of transport encouraged mobility) a village’s surplus violence was externalised onto someone identified as the scapegoat. Thus the foreigner and stranger are the targets for such attacks. This in turn creates a regular pattern of symbolic sacrifice, and pushes people not to confront the situation because they fear to be the next target / scapegoat.

 

On the other hand, this does not mean that violence doesn’t exist in a private environment, it takes other forms and the origins are different. We will  develop this argument during the presentation.

 

 

 

This specific situation of a public institution or family companies where internal changes are small, challenges the organisation with the difficult question : does it want to consider its dark side ? That raises an additional problem. The normative system of the organization tries to eradicate any kind of problem. The quality system is looking for zero mistakes and to avoid any risk, (driven by the politics of zero risk and regular documents about eradication of violence as if it was a virus!).

 

The main problem that has been found is that the human being is ambivalent, and based on positive feelings, motivations, intentions as well as on endemic violence. We can consider many causes, to explain human violence (that the other person is perceived unconsciously as a critical threat to life, that he is also an innate threat because he is different, all of which can give rise to problems of fear and alienation.  The list is long if we are to review the psychological and sociological causes of human violence. The reality is that we, as human beings, can either create the best or the worst for ourselves. We are the only predators on earth that might destroy themselves.

 

So organizations wish to totally avoid the problem of violence because it causes so many difficulties. However, when we deny a reality it needs to appear anyway, so the more we contain the violence and impede its ability to surface, the more it needs to appear. Thus the dark side of organizations is real, and the main question is : how does a company face it?

 

 

 

An organisation which decides to deal with its internal violence makes the “choice” of the life wish and develops more diverse behaviours in which confronting violence has its place.

 

This is because there is an incorrect representation of Eros and Thanatos. Eradicating violence does not indicate progressing on side of Eros. It is cutting out one of the main impulses that can be changed into positive aspects such as creativity for instance. Violence might create Thanatos, but it might also demonstrate the dark side of the Eros libido which is not recognised, or accepted in both its aspects.[2]

 

 

 

Then, in public insitutions the weight of the death wish is so strong that it reduces its ability to be creative, diminishes individual initiative, and leads to a lack of confidence between people. Fear itself develops, blocking thinking and action. Our concern is that these diseases are much more developed in public insitutions than in private organisations. The fixed environment and the lack of “future” creates for some people an aggressiveness based on renunciation that has to express itself somewhere. The majority of people focus this violence against themselves, most of the time unconsciously.

 

 

 

A company, whether it is public or private, might cope with its dark side and inner violence by developing spaces, times and opportunities for meeting and dialogue. These need to be the opportunity to get to know each other and so understand differences, to enhance the areas of common ground between people and times, and not encourage competition. And above all to diminishing the fears of the other person, who was before always perceived as a threat, in order that they can be considered as a huge source of wealth. This means that each person can be considered as a positive resource,  and when linked together with others this can create a very attractive collective contribution. This then is the intelligent organisation. After a period of collective ‘mind intelligence’, there then develops ‘heart intelligence’ combining emotions, human qualities and interpersonal factors, providing the means to achieve expansion, innovation, added value and so the key to the company’s  growth and success.

 

 

 

Facing inner violence and dealing with the dark side of ourselves and of organisation means developping individual and collective autonomy, in the psyhological meaning. More mature the people are, more able they are to decide what to do with their dark side… and then they will chose emulation rather than competition. One is constructive as the other one is destructive, especially for any groups as it enhances violence in the long run.[3]

 

 

 

This abstract is based on research carried out in various companies and the result has been articles published in Journal du Psychologue and Expansion Management Review.

 

 

 

 

 



[1]  Competition : means rivalry, it is very similar to conflist definition : 2 person look for the same result. So they are in this situation describes by Bergeret as the fondamental violence. The other one OR me! That means that I beleive that there is only one position for 2 people. And then in this kind of representation of the world any action might be a competitive one if there is one result to achieve for 2 people. Emulation means a sincere willingness of both parts to achieve a same goal and appreciate who will get to the point. It might be considered as competition, but the difference is that both parties mights exchange informations, try common efforts, discuss on the ways to reach the target, help each other… Emulation means more sincere communication between people, a more mature and autonomous relaitonship. The acceptation of the “failure” is different as well. The re is not the revenge feeling but just the acceptance of the normal result in regards to the amount of efforts and the quality of the action.

 

[2] Review of freudian ambivalence on pulsion intrication.

 

[3] Du bon usage de la jalousie. Bernard Lebalnc-Halmos. L’Etre Image. 2005.

 

Par Christine Marsan - Publié dans : Psychologie
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Jeudi 25 janvier 2007 4 25 /01 /Jan /2007 15:01

Santé Mentale N°110

 

Les particularités de la violence organisationnelle

 

Christine Marsan

 

 

Introduction

 

 

Nous sommes habitués en temps que psychologue à étudier la souffrance au travail[1] comme résultant de l’interaction nocive d’un individu sur un autre, évoquant ainsi la volonté nuisible d’une personne exerçant un pouvoir abusif sur autrui. Nous rentrons alors dans le cadre du harcèlement moral, pris comme le cas pathologique d’un pervers-narcissique, pour reprendre les termes de Marie-France Hirigoyen[2], qui cherche à éliminer sa victime à petit feu, puisant sa jouissance de la souffrance et de l’anéantissement progressif de sa cible.

Dans les organisations qu’elles soient entreprises privées ou publiques, institutions ou associations, ces cas de harcèlements sont réels et avérés. Toutefois il existe bien d’autres facteurs qui peuvent conduire une personne à souffrir, sans qu’il y ait pour autant de personnalités pathologiques à l’origine de ses troubles.

 

 

1-      Comprendre le contexte spécifique des entreprises

 

 

La souffrance est souvent le produit des effets de la complexité

 

 

La souffrance au travail résulte bien souvent du stress lié à des conditions de plus en plus difficiles, accroissement des performances attendues, résultats toujours plus élevés, temps de repos diminués dans l’entreprise afin de pouvoir respecter les 35 heures, surcharge d’informations sous toutes formes, tyrannie des emails qui dictent les priorités à ceux qui les reçoivent et s’ajoutent au contenu de l’activité traditionnelle.

En un mot le salarié doit faire face au stress toujours croissant lié à la complexité des organisations.

 

 

Celle-ci repose sur le fait que depuis que la mondialisation a conduit l’ensemble de la planète à interagir économiquement, plus aucune entreprise ne peut vivre en autarcie, ni plus aucun pays d’ailleurs.

Ce qui entraîne alors une augmentation exponentielle des échanges, des volumes d’informations et chacun ploie, d’un bout à l’autre du monde, sous la pléthore de données. En quoi cela pose-t-il problème ?

Il y a encore quelques décennies la stratégie d’entreprise était enseignée par des méthodes s’appuyant notamment sur des cellules de veille informative pour appréhender les différentes informations des concurrents, du marché, de la profession, des clients, des fournisseurs, de l’environnement nécessaires à la prospective. Il était alors possible de collecter les éléments utiles à l’entreprise, de les analyser et de les synthétiser pour parvenir à prendre une décision en fonction de paramètres dont la liste restait accessible pour chacun.

 

 

La mondialisation a fait exploser le volume de données et plus personne n’est capable à un instant T de savoir tout ce qui se dit, s’écrit et s’échange sur la planète. Il y en a trop. D’autant qu’avec Internet, il devient impératif de savoir distinguer le bon grain de l’ivraie ce qui accroît alors le temps de la sélection. Le problème que cette situation pose est alors celui du contrôle des informations et de la maîtrise des dirigeants et ensuite, par ricochet, des managers, à savoir de manière certaine ce qu’ils doivent décider pour agir.

Plus personne ne peut être sûr de connaître les conséquences de ses choix et pourtant il faut bien continuer à décider, à réaliser des stratégies pour envisager le futur afin de piloter et gérer les organisations pour qu’elles remplissent leur mission. Et ceci de manière cohérente malgré l’inflation de paramètres à prendre en considération. Car la complexité se porte dans tous les domaines : financiers, juridiques, dans les processus de qualité, dans les normes d’achat. Il faut tenir compte de l’environnement lorsqu’il s’agit d’une entreprise industrielle de manière à être soucieux de ce que l’on fait des déchets. Avec les mesures bénéfiques du développement durable, il est également impératif pour une entreprise aujourd’hui qu’elle se soucie des conséquences sociales des conditions de sa production si elle a délocalisé ses activités. Notamment dans les pays dits en développement, il faut vérifier que des enfants ne sont mis au travail pour fabriquer par exemple des chaussures de sport. Il y a aussi, les lois de protection sociale, les mesures européennes, et donc un accroissement des réglementations et législations. Tous ces éléments ajoutent une complexité incroyable aux prises de décision quotidiennes. Cette incertitude croissante est alors facteur de stress et d’anxiété.

 

 

Pour survivre, une entreprise aujourd’hui doit sans cesse se remettre en cause. L’inflation de la société de consommation pousse à la surenchère de production, donc d’offre et par conséquent de consommation. Le cycle devient vite infernal et pour rester sur le marché, il faut sans cesse innover, trouver de nouveaux produits et services ceci afin de prendre de vitesse les trouvailles des concurrents, les évolutions du marché et les « menaces » des pays émergents…Une fois que les idées de nouveaux produits surgissent c’est là qu’il faut vérifier avec toutes les légalisations liées à l’environnement et au social, qu’elles soient nationales européennes et mondiales si le produit peut être réalisé. Il est impératif aussi qu’il réponde aux normes de qualité toujours plus exigeantes voire drastiques comme dans les chaînes alimentaires où la traçabilité dicte sa loi aux producteurs et distributeurs.

 

 

La liste est ainsi infinie d’éléments qui accroissent la complexité pour la gestion quotidienne d’une entreprise et qui conduisent les managers et le personnel à vivre cette constante accélération de résultats et l’exigence continue de performance comme un stress. Celui-ci peut alors entraîner des dérapages et des violences.

 

 

La complexité et l’accélération des rythmes

 

 

La complexité est intimement liée à la mobilité et à la précarité, dans tous les sens du terme. Rien n’est acquis. Ainsi il y a dix Tom Peters[3], un ténor de la littérature managériale, signalait dans son livre le Prix de l’Excellence les réussites magistrales de certaines entreprises. Aujourd’hui plus de 80% d’entre elles n’existent plus. Ainsi le statu quo est devenu économiquement impossible. Il est question d’évolution permanente et constante ce qui aboutit à un autre effet de la mondialisation et de sa complexité qui est le rapport au temps.

 

 

Les cycles de consommation sont sans cesse plus courts. Car seule l’obsolescence des produits permet une nouvelle consommation. Donc il faut avoir de nouvelles idées toujours plus rapidement pour produire comme l’explique l’ouvrage de François de Closets Toujours plus. Ceci se traduit notamment par des modifications constantes d’organisation, sur lesquelles nous allons revenir et ce « toujours plus » a des  impacts directs et indirects sur les personnes dans l’entreprise. Cela accroît la pression et augmente le stress et donc les souffrances.

 

 

Cette même société de consommation spécule aussi sur les ressources financières. La bourse cherche à gagner sans cesse de nouveaux produits et augmente ses exigences notamment en voulant obtenir des résultats trimestriels des grands groupes référencés. Ceci afin de donner de la visibilité aux actionnaires, principalement institutionnels, qui vont alors ajuster leurs investissements en fonction des résultats obtenus des entreprises et surtout des effets d’annonces. Ceux-ci étant dévastateurs pour la santé de l’entreprise, comme l’avait si bien démontré Claude Bébéar dans son ouvrage Ils vont tuer le capitalisme[4]. Car si une entreprise n’atteint pas les résultats annoncés, quelle qu’en soit la raison, déprécier le titre de manière significative en bourse peut conduire à la mort de l’entreprise. Récemment l’affaire Clearstream a eu un effet désastreux sur l’entreprise Airbus Industrie pénalisant la société dans ses ressources. Une dépréciation du titre entraîne des ventes et de ce fait limite la trésorerie et l’apport d’argent frais permettant d’investir pour la suite des projets en cours ou à venir. Ainsi l’accélération des cycles financiers accroît également la pression sur les épaules des dirigeants et par conséquent sur celle du reste de l’entreprise.

 

 

Ainsi il existe un lien entre l’évolution de la société, en particulier dans son aspect économique et celle de la complexité du quotidien à gérer, qui dépasse largement les acquis techniques des métiers de chacun. Bien que là aussi les connaissances évoluent toujours plus vite il n’est donc plus possible aujourd’hui d’exercer son métier sans remise en cause permanente des acquis. Toutes ces exigences sont alors contraignantes et exercent une pression supplémentaire sur l’individu.

 

 

De la complexité aux évolutions des organisations

 

 

Plusieurs disciplines ont tenté de rendre compte de ces phénomènes de complexité, notamment la sociologie des organisations qui à partir des travaux du sociologue Edgar Morin ont donné lieu aux théories sur la systémique. Ces champs permettent d’obtenir une meilleure compréhension des nouvelles formes d’organisations et de la nouvelle distribution des pouvoirs.

Les entreprises industrielles ont les premières abordées ces modifications considérables des organisations lorsqu’elles ont commencé à vendre plusieurs produits sur des marchés différents, nationaux et internationaux. Pour être présent auprès d’un client à Bangkok il devenait pertinent que la cellule commerciale puisse administrer tous les produits et cela a conduit à une organisation en market region. Car ces évolutions organisationnelles s’accompagnent en plus de la maîtrise de l’anglais. Market region signifie organiser la vente en fonction des marchés régionaux, que ce soit une région de France ou une région du monde. Evidemment cela implique des conséquences de transformation de l’organisation traditionnelle, hiérarchique et répartie en fonction des grands métiers de l’entreprise et des départements fonctionnels tels que la compatibilité, les ressources humaines et le marketing par exemple. Dans le cas de voitures vendues en Asie, tous les départements vont s’allier de l’achat des fournisseurs, à la production, aux services de promotion, marketing et enfin de la commercialisation de manière à ce que les clients locaux n’aient plus qu’un interlocuteur qui sera en charge de gérer ensuite les différents interlocuteurs nécessaires pour satisfaire un client.

Prenons l’exemple d’une banque d’affaires implantée au Japon. Elle a sur place un bureau composé de représentants nationaux et de ceux du siège français afin de traiter toutes les demandes de ses clients. Ensuite les ingénieurs d’affaires travaillent avec une équipe du siège français qui pourra traiter les dossiers en interpellant les différents acteurs impliqués au sein de l’organisation France. Une fois le dossier bancaire réalisé il sera ensuite envoyé à l’ingénieur d’affaire. Ainsi pour le client il n’aura pas en théorie à subir la complexité de l’organisation de la banque. Pourtant la réalité est souvent différente. Il suffit que l’ingénieur d’affaire ait besoin de reconnaissance ou d’exercer un pouvoir pour qu’il fasse de la rétention d’information ou s’adresse à tous ses anciens contacts en France ralentissant les processus et générant des interférences entre les différentes personnes de la banque. Ce qui crée plus de dysfonctionnements que de fluidité.

 

 

Ainsi, la concurrence conduit la sophistication des produits comme c’est le cas par exemple pour une voiture ou un avion, et de ce fait le nombre de parties prenantes de l’organisation a énormément augmenté. Autrefois un comptable suffisait pour gérer plusieurs fonctions. Aujourd’hui pour atteindre l’objectif de performance, il faut des acheteurs qui gèrent les fournisseurs et rationalisent les achats, des gestionnaires de stocks, des contrôleurs de gestion et des financiers pour optimiser les coûts et les dépenses.  Ce qui aura un effet positif sur les résultats boursiers et pour les actionnaires. Cette augmentation significative des acteurs au sein de l’organisation comme à l’extérieur a conduit les entreprises à rechercher des organisations plus souples, flexibles et parfois plus éphémères afin de s’adapter à la durée de création d’un produit comme la gestion du projet de l’A380 d’Airbus. Lorsque l’avion sera totalement certifié, qu’il aura prouvé sa fiabilité et que les essais en vol seront terminés, la plus grosse partie du projet sera terminé. Les équipes de conception et de construction, comme de validation de la faisabilité pourront se dissoudre et il sera ensuite surtout question de commercialisation, de service après-vente et cela sera attribué à des équipes existantes.

 

 

Ainsi l’entreprise a vu évoluer son organisation en mode projet, ceci principalement dans les industries au départ. Ce dernier est caractérisé par une durée de vie limitée. Son principe est de regrouper des personnes compétentes pour un projet donné qui resteront toujours rattachées hiérarchiquement à leur équipe d’origine. Comme dans l’exemple de l’A380, les ingénieurs dédiés à ce projet en particulier sont toujours rattachés au Bureau d’Etude d’Aérospatiale par exemple. Alors une organisation sera mise en place en parallèle de la structure permanente et cela s’appellera l’organisation matricielle. Sa particularité est de fonctionner en réseau, reliant des personnes par et pour leurs compétences, leur apport spécifique au projet et sans qu’il y ait de lien avec leur niveau hiérarchique. Ce qui bien évidemment remet en cause les circuits d’information et de pouvoir officiel et établi en instaurant des réseaux d’échanges créant de nouveaux pouvoirs parfois supérieurs à ceux officiellement affichés dans les organigrammes.

 

 

Dans ce contexte, l’autorité du hiérarchique n’est plus suffisante pour exercer son pouvoir et son influence sur ses équipes. La grande quantité de projets dans certaines entreprises dont certains membres appartiennent au même moment à plusieurs en cours créent une nébuleuse des échanges, des pouvoirs et complexifie considérablement toutes les caractéristiques de l’organisation et du management quotidien des personnes.

 

 

 

 

2- La forme particulière de souffrances liées aux organisations

 

 

La nature de la souffrance a changé

 

 

La souffrance au travail était jadis liée à la pénibilité du travail. De nos jours, les conditions de travail et les comités CHST, d’hygiène et sécurité ont considérablement amélioré le cadre de l’emploi accroissant en contre-partie les réglementations.

La souffrance est alors davantage liée à la pression psychologique, dont la complexité est un facteur majeur entraînant des paradoxes qui créent un stress considérable.

C’est très souvent cette gestion quotidienne des contradictions qui « coince » les individus les conduisant à l’impuissance de la non-prise de décision. La violence surgit alors en réaction pour exprimer un malaise et c’est la raison pour laquelle examiner le phénomène des violences en entreprises est multicausal et complexe à son tour.

 

 

C’est pourquoi cela pose la difficulté d’établir un diagnostic. Ensuite, chercher à gérer la violence d’une organisation se heurte au fait que le phénomène est amplifié de manière exponentielle par rapport à celle d’un seul individu. Elle est souvent le reflet des faiblesses de la direction et de son management mais pas seulement. Les enjeux des autres personnes sont très importants et influent considérablement sur la volonté à entrer ou non dans une certaine authenticité. Ce qui permet de regarder en face la violence et de chercher ensemble des solutions. Ainsi lorsque gérer le problème, ici la violence, créée trop de dysfonctionnements et remet en question l’équilibre établi des jeux de pouvoir du comité de direction, il y a fort à parier que l’action aura du mal à se terminer positivement. Les consultants faisant alors partie de la longue liste des bouc-émissaires, pour la raison simple qu’ils risquent de conduire à un changement et par la suite à une résolution. Ce qui remettrait trop en question l’équilibre des intérêts personnels et certains s’y opposeraient.

 

 

Les différents degrés de violence induits par la complexité sont liés d’une part à l’interaction entre la personnalité des acteurs de l’entreprise et leurs stratégies personnelles et d’autre part, à leurs enjeux et aux jeux de pouvoir de chacun.

 

 

La violence spécifique de certaines institutions

 

 

 

Cette situation est typique des institutions et des entreprises publiques dans lesquelles la mobilité du personnel et des managers est très faible. Par analogie, tout comme dans les villages et les histoires de cloche-merle, lorsque tout le monde reste dans le même milieu, il existe une certaine fixité des rôles établis, une consanguinité des échanges et une sclérose de la qualité relationnelle. La violence y est alors plus sourde, plus sournoise, comme l’avait si bien démontré François Mauriac dans sa littérature. Rien ne peut être dit ouvertement sous peine de rompre l’équilibre malsain établi de longue date et chacun reste dans un bourbier dans lequel il souffre la plupart du temps en silence. L’institution comme le village sont alors lourds des secrets qu’il ne faut jamais dévoiler, car tout comme des tabous ils protègent cette micro-société. Ainsi tout facteur de changement est automatiquement rejeté et va connaître les stigmates du bouc-émissaire. Fonction bien confortable qui focalise sur lui tous les maux et les violences du groupe qu’il ne peut pas se reconnaître pour lui-même et qu’il préfère reporter sur le maillon faible qu’il éliminera ensuite. Le danger de ce type d’organisation c’est qu’elle générera sans cesse cette violence endémique et que celle-ci est constitutive de son équilibre. Ainsi, sans une volonté globale des acteurs de l’institution et en particulier du comité de direction, rien ne pourra changer.

 

 

La violence particulière des grandes entreprises privées

 

 

 

La plupart du temps, le harcèlement et toute formes de violences sont pratiquées pour éliminer ceux qui ne sont pas assez performants. Dans ce cas, la direction générale instille un climat malsain où l’essentiel ne peut pas se dire et où le monde du silence prime, ce qui se traduit par des non-dits, des tabous et des dénégations des problèmes rencontrés. 

Nous avons alors affaire à des pratiques harcelantes qui ne sont plus le fait d’une personnalité perverse-narcissique mais qui servent les intérêts d’une entreprise qui cherche à réaliser un plan social déguisé. C’est ce que pratiquent souvent les grands groupes pour détourner la loi et sauvegarder leur image.

 

 

Toutefois, pour la personne concernée, la souffrance est identique qu’elle subisse un harcèlement ou que ce soit le fruit d’une manipulation de l’entreprise. Le processus harcelant créée pour la personne des situations paradoxales qui la pousse à être en situation clivée. Cette schize cause alors malaise et souffrances et ce qui, pour certains, se traduit par une violence tournée contre soi sous toutes les formes d’autodestruction ou alors contre autrui et explique les réactions de violence patente ou larvée.

 

 

Cette guerre continue des pouvoirs dans les organisations correspond psychologiquement au fait que le sujet a toujours peur de l’autre de manière endémique[5] et qu’il a du mal à prendre sa place ce qui le conduit à avoir des comportements archaïques de violence.

Ainsi la violence génère la violence[6] et c’est comme cela que le système n’a pas de fin.

 

 

L’entreprise conduit à l’intrication des paramètres. La personnalité d’un sujet se mêle à ses enjeux et intérêts et aux opportunités que produit l’organisation qui vont alors déterminer sa stratégie d’acteur pour prendre une place et donc un pouvoir au sein du système.

 

C’est ce qui complexifie les diagnostics et rend l’accompagnement des violences très délicat, toutefois réalisable et au combien passionnant. Il est juste essentiel d’avoir la mobilisation des personnes concernées.

 

 

 

Christine Marsan

 

110, rue Saint Honoré – 75001 Paris - Tel : 00.33.(0)1.42.21.18.15 - Mobile : 00.33.(0)6.75.55.10.48

 

Email : christine.marsan@wanadoo.fr

 

Affiliations : Psychologue, psychothérapeute, coach, chercheur en sociologie compréhensive Université de Paris V La Sorbonne. Membre de l’IPM, NHPSY, ICF, CEAQ, ISPSO.



[1] DEJOURS C., Souffrance en France. La banalisation de l’injustice sociale, Coll. Points, Seuil, Paris, 1998.

 

[2] HIRIGOYEN M-F., Le harcèlement moral. La violence perverse au quotidien, Pocket, Syros, Paris, 1998.

 

[3] Peters T. & Waterman R., Le prix de l’excellence, Les secrets des meilleures entreprises, InterÉditions, Paris, 1983.

 

[4] BEBEAR C., Ils vont tuer le capitalisme, Plon, Paris, 2003.

 

[5] SIBONY, Daniel., Violence. Traversées, La couleur des idées, Seuil, Paris, 1998.

[6] BERGERET J., La violence fondamentale, Dunod, Paris, 2000.

 

 

 

Par Christine Marsan - Publié dans : Psychologie
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Jeudi 25 janvier 2007 4 25 /01 /Jan /2007 14:58

Les Cahiers de l’Actif N°358-361

Dossier : La gestion et la résolution des conflits

 

 

L’intelligence des conflits

Apprendre des conflits pour en sortir grandis

Christine Marsan

 

 

Il est impossible de changer sans apprendre, ni d’apprendre sans changer. Anonyme.

 

 

 

Résumé :

 

 

Afin de gérer les conflits, il paraît essentiel de pouvoir dans un premier temps parvenir à faire le tri dans la multitude des conflits existants. Distinguer la variété permet d’agir de manière adaptée.

 

 

 

 

La distinction entre conflit et violence

 

 

 

Tout d’abord il est important de souligner que le conflit se distingue de la violence.

La violence est l’exercice immodéré d’une force sur autrui. C’est ce que nous dit le dictionnaire. Une personne qui est réduite à la violence est celle qui ne peut plus exprimer ses émotions, frustrations ou demandes autrement que par un acte voire, des paroles violentes.

Le dialogue n’est plus possible et la violence donne alors à l’interlocuteur le désagréable sentiment d’être nié.

La violence correspond à la faillite de la parole, le sujet est submergé par ses émotions et ne peut plus se contenir.

La violence est alors la négation d’autrui.

 

 

Le conflit : de quoi parle-t-on ?

 

 

 

Le conflit, à l’inverse, est la situation où au moins deux personnes ne parviennent pas à s’entendre face à un objectif commun. Ce qui signifie que le conflit implique bien au moins deux personnes, donc une relation, c’est-à-dire un minimum de dialogue entre elles même s’il est tendu. Dès l’instant qu’il y a échange, il y a reconnaissance réciproque de l’altérité de l’autre. C’est dans ces conditions que le conflit peut être dépassé puisque l’on reconnaît un autre avec lequel discuter.

Dans la situation conflictuelle, les objectifs, les enjeux, les intérêts opposent les deux protagonistes mais il peut être possible de se sortir de la situation.

 

 

Avec ce premier élément nous comprenons que nous ne pourrons pas gérer de la même manière des situations de conflits et de violence.

Dans le cas de violences, il faudra déjà tenter de revenir à une situation conflictuelle impliquant la reconnaissance des deux parties prenantes.

Ce qui nous conduit d’ores et déjà à un premier niveau de diagnostic.

 

 

Savoir distinguer le conflit de la violence

 

 

 

Pour distinguer un conflit d’une situation de violence, il faudra vérifier qu’il existe encore échange, communication, dialogue et donc écoute du point de vue de l’autre.

Nous allons prendre un exemple simple et assez courant pour en rendre compte.

 

 

Durant une réunion difficile un membre de l’équipe se lève et sort en claquant la porte.

 

 

 

Il s’agit d’une violence. Les psychologues l’appellent « passage à l’acte ». Agir remplace la parole. Le trop plein émotionnel de la personne fait qu’elle se sent submergée et au lieu de le dire au manager, elle n’en peut plus et sort pour décompresser. Cependant cela a créé une situation de violence pour le reste de l’équipe et pour le manager.

Le risque de discrédit du manager réside dans le fait qu’il se sent impuissant à gérer correctement la crise. Et le deuxième risque est que le reste de l’équipe profite de la déstabilisation du manager pour s’engouffrer dans la brèche en se liguant notamment contre lui. Ce qui peut se traduire par un refus plus systématique des propositions qu’il peut faire, en un mot, en cherchant à contester ou à refuser son autorité.

 

 

Ce petit exemple, d’une part permet de faire la distinction entre conflit et violence et aussi de mettre le doigt sur d’éventuels dérapages, voire de conflits que l’on peut gérer assez rapidement.

 

 

Conseil de résolution :

 

 

 

Ce qui bloque le manager à trouver l’attitude adaptée, c’est qu’il est très possible qu’il se sente mal à l’aise et démuni, ne sachant comment réagir. C’est bien entendu l’objectif de la personne qui sort sans un mot de la réunion. Ne parvenant pas à dire ce qui la mine et noyée dans ses émotions, elle a besoin de faire « payer » son malaise au manager.

 

 

Ainsi pour savoir comment résoudre efficacement cette situation il est nécessaire de présenter deux grilles explicatives.

 

 

Comprendre pourquoi nous sommes bloqués dans nos relations

 

 

 

1- Apprendre à distinguer l’émotionnel du rationnel

 

 

 

Premièrement, il s’agit de ne pas se laisser happer par ses émotions. Elles sont très utiles et nous permettent de capter si une situation est calme ou au contraire tendue et bien entendu comment nous nous sentons face à l’agressivité d’autrui. Toutefois leur problème majeur reste, comment les vivre, les reconnaître et les utiliser sans pour autant se laisser dépasser ? Nombreux sont ceux qui tentent de les nier par peur de se laisser déborder par elles.

 

 

Notre éducation a trop souvent, depuis Descartes et Pascal, eu tendance à dissocier émotion et

 

rationalité. Au départ, la proposition des philosophes des Lumières résidait dans le fait d’apprendre à sortir des obscurantismes et des superstitions et de savoir utiliser au mieux son esprit d’analyse, de critique et nous dirions aujourd’hui son discernement. Cependant avec le temps, peut-être avons-nous progressé sur le terrain de l’analyse cartésienne mais nous avons également maintenu la dichotomie entre « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas » et à présent, coupés en deux, nombre d’entre nous se retrouvent démunis face aux émotions.

 


 

 

Argh !

 

 


 

 

 

Ainsi, une personne triste, en colère ou encore aux prises avec la peur est incapable de raisonnement objectif. Elle pourra facilement se laisser emporter par ses sentiments et aura beaucoup de mal à être réceptive à l’autre. L’émotion conduit à la réaction alors qu’il est efficace de savoir comment agir face à l’agressivité d’autrui.

 

 

 

Ainsi, une clé essentielle pour permettre à quelqu’un de sortir d’un conflit est de faciliter en premier lieu l’expression de ses sentiments de manière à faire réduire sa « température émotionnelle ». Ensuite, progressivement, il sera possible de ramener la personne à davantage de raison.

 

 

 

Peut-être est-il temps de rendre leurs lettres de noblesse aux émotions et de savoir les exploiter à bon escient.

 

Ainsi dans un cas de conflit, une personne est en proie à ses émotions qui la submergent et qui le font agir différemment qu’à son habitude, celui qui est en face, et en particulier le manager, doit s’en rendre compte et comprendre par la disproportion de sa réaction qu’il cherche à exprimer autre chose. C’est là que l’empathie est utile pour comprendre ce que la personne cherche réellement à dire.

 

 

 

Il faudra alors pour le manager apprendre à :

 

-         se mettre à distance de ses propres sentiments, ne pas prendre pour lui l’agressivité d’autrui,

 

-         ce qui veut dire ne pas réagir ou les rejeter mais les traiter comme une information à partir de laquelle il va pouvoir,

 

-         faire le choix de l’attitude la plus juste pour déminer la relation conflictuelle,

 

-         garder un ton et une attitude posés afin de permettre à son interlocuteur de sortir progressivement de son état émotionnel et d’envisager de pouvoir discuter à nouveau calmement.

 

 

 

Parfois, il sera préférable d’interrompre la discussion en cours et se revoir le lendemain afin que la personne soit plus calme de par le temps qui aura passé et la « raison » qui aura pu reprendre le dessus.

 

 

 

Illustrons ce point par un exemple simple issu d’un contexte familial.

 

Un adolescent rentre tard chez lui le soir malgré les instructions précises de ses parents. La mère dort et le père attend son fils dans le salon. Lorsqu’il rentre enfin à 3h00 du matin, le père le gifle violemment et lui dit de partir se coucher.

 

 

 

Il s’agit d’un cas classique où le père a été envahi par son inquiétude et au lieu de dire simplement à son fils en quoi il est, d’une part, contrarié que celui-ci lui ait désobéi et, d’autre part, qu’il était très inquiet de le savoir sur la route, craignant pour sa vie à cause d’un accident ou d’une agression possible, il le gifle.

 

Il s’agit bien d’un passage à l’acte, d’une violence au lieu de pouvoir dire sa peur. Le fils, dans la plupart des cas, ne prendra pas la distance nécessaire pour comprendre ce qui se passait dans la tête (ou le cœur ! ) de son père et réagira à son tour violemment, en claquant la porte de sa chambre, au mieux ou en criant à son tour, réveillant toute la maisonnée. L’incident aura de forte chance d’évoluer en conflit. Le fils cherchant alors l’occasion de se « venger » de l’attitude injuste de son père. Il cherchera alors à le piéger sur un point qui lui tient à cœur, tel que les résultats scolaires par exemple.

 

 

 

Face à ses sentiments, le père pourra à l’avenir en prendre conscience et de ce fait chercher à dire :

 

«  Je suis très contrarié par ton retard, car tu n’as pas respecté ta parole vis-à-vis de nous et surtout je me faisais beaucoup de souci et je craignais pour ta vie. »

 

 

 

Pour parvenir à réaliser cette distance face à l’émotion, il s’agit :

 

1-     d’en prendre conscience, de la reconnaître lorsqu’elle apparaît,

 

2-     donc d’accepter qu’elle existe et qu’on la ressent.

 

3-     Ensuite, de la traiter comme une information, au même titre que l’on gère les ressentis de faim ou de soif, qui nous font cesser ce que nous faisons pour apporter à notre corps la réponse qu’il attend. En effet, nous constatons que nos besoins fondamentaux nous coupent totalement de notre capacité à raisonner.

 

4-     Une fois l’émotion transformée en information, il est alors plus facile de comprendre le besoin qui est alors à satisfaire et de ce fait de l’exprimer plus simplement et sans manifester l’intensité de l’émotion elle-même. Y parvenir c’est accéder à une certaine authenticité émotionnelle et relationnelle et cela apprendra beaucoup à l’environnement de travail qui appréciera votre lucidité, votre maîtrise de vous et votre capacité à dire simplement des choses importantes et / ou délicates.

 

5-     Pour y parvenir, il va être nécessaire de vérifier que le manager a bien la disponibilité suffisante pour apporter cette écoute et cette vigilance nécessaires pour envisager la gestion et la résolution de conflits.

 

 

 

2- Les mécanismes des jeux psychologiques

 

 

 

Le deuxième point de vigilance est de prendre conscience que dans la relation nous pouvons passer d’une situation fluide, à une situation qui se bloque de par les enjeux entre les deux personnes vis-à-vis d’un objectif donné jusqu’en fait à un dialogue qui s’enlise. Parfois au lieu de parvenir à une confrontation claire du problème, deux personnes sont enferrées dans une relation bloquée et non satisfaisante. On appelle cette étape relationnelle les jeux psychologiques.

 

 

 

2-1 Qu’est-ce qu’un jeu psychologique ?

 

 

 

Il repose sur une dynamique entre trois rôles clés que Stephen Karpman a schématisé sous la forme d’un triangle. Aucune de ces positions n’est satisfaisante et ne permet d’établir une relation saine, mais la plupart du temps c’est autour de deux de ces rôles que nous « passons notre temps » à communiquer avec l’autre. La particulairé du jeu est que les deux interlocuteurs régulièrement de rôle, c’est ce qui rend l’aspect dynamique du jeu, qui n’a de ludique que le nom.

 

 

2-2 Pourquoi jouons-nous ?

 

 

 

·        Pour avoir une relation avec autrui plutôt que pas de ne pas en avoir du tout et ceci même si l’échange n’est pas satisfaisant.

 

·        Pour éprouver des émotions fortes et échapper à la routine.

 

 

 

2-3 Le jeu repose sur trois rôles psychologiques

 

 

 

Persécuteur

 

Sauveteur

 

Victime : rebelle ou soumise

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Prenons un exemple :

 

 

 

Dans le cadre de l’élaboration en commun d’un dossier, Serge adresse le projet à quelques membres de l’équipe, ayant au préalable discuté avec Jean sur les modalités du dossier et ce dernier étant d’accord. Il envoie le mail et reçoit en retour un message incendiaire de Jean qui lui dit ne pas être du tout satisfait de ne pas avoir été suffisamment concerté au préalable et qu’il n’apprécie pas du tout ce procédé autoritaire et arbitraire de Serge.

 

Celui-ci est assez abasourdi par la réaction de Jean, s’étant basé sur leur échange verbal et ayant enteriné son accord de principe.

 

Soit. Serge en tient compte et lors de la définition plus détaillée du projet il signale à Jean qu’il a toute lattitude pour réagir et qu’il enverrait l’information d’ici plusieurs semaines à l’ensemble de l’équipe.

 

Jean ne répondant rien à Serge, à nouveau celui-ci suppose que « qui ne dit mot consent » et envoie un mail à l’ensemble des personnes concernées pour préciser les modalités du lancement de projet.

 

Et Jean de réagir encore violemment, invoquant le fait de ne pas avoir été sollicité, qu’il n’y a pas eu de réunion pour en parler plus avant entre eux, etc.

 

Là, Serge réagit plus fermement, rappelant à Jean les termes de leurs précédents échanges, retouvant le mail où il écrivait précisément que si Jean avait la moindre amélioration à apporter il pouvait le faire et ceci dans les 3 semaines à venir.

 

Serge lui dit ainsi qu’il était disposé à accueillir les critiques et à s’améliorer dans son mode de fonctionnement mais que dans le cas particulier de ce différend, il considérait que Jean n’avait pas pris sa place et qu’il n’était pas disposé, lui, à en subir les conséquences.

 

 

 

Interprétation du cas au travers des 3 rôles psychologiques :

 

 

 

Peut-être Serge a-t-il un mode de fonctionnement un peu autoritaire et Jean vit les relations comme ingéales. Ce dernier se place en victime, projetant sur l’attitude de Serge un rôle de persécuteur. Serge cherche alors à « réparer » la relation, se place en sauveteur et malgré ses essais il est contesté et remis en cause. Il se retrouve alors à son tour en position de victime et Jean qui n’a rien dit pendant 3 semaines et qui attend l’acte de Serge pour l’invectiver se place bien en persécuteur.

 

Pour sortir de cette relation déséquilibrée et bloquée, il faut que l’un d’entre eux, Serge en l’occurence prenne de la distance et remette les choses à leur place afin que de part et d’autre, chacun retrouve sa pleine autonomie relationnelle.

 

 

 


2-4 Les méconnaissnaces des trois rôles pyshcologiques :

 

 

 

Chaque rôle fait preuve de méconnaissance vis-à-vis de ses propres capacités et ne prend ne pas en considération la totalité de son potentiel.

 

 

 

o       Le Persécuteur méconnaît la valeur des autres.

o       Le Sauveur méconnaît la capacité des autres à agir, ressentir ou penser par eux-mêmes.

o       La Victime méconnaît sa propre valeur.

 

 

2-5- Existe-t-il une issue aux jeux psychologiques ?

 

 

 

Néanmoins, il existe des moyens pour sortir des jeux psychologiques et il est tout à fait possible d’inverser la tendance, pour y parvenir plusieurs éléments sont nécessaires :

Ø      Envisager l’autre et soi-même avec respect et comme ayant de la valeur, chacun se considère comme alter-ego.

Ø      Identifier ce que nous avons besoin de répéter sans cesse et apprendre à nous en défaire, ce qui peut se traduire, ici, par savoir comment sortir des trois rôles principaux de victime, persécuteur, sauveteur.

 

 

 

2-6- Les stratégies pour sortir du jeu

 

 

 

Victime, Persécuteur, Sauveur, peuvent se transformer en trois attitudes positives et faciliter une dynamique relationnelle efficace et positive.

 

Dans l’exemple, Serge illustre le fait que pour sortir du jeu, il lui faut prendre conscience qu’il est pris dans une dynamique relationnelle peu satisfaisante. Ensuite,  il va chercher à poser de nouvelles bases de dialogue, c’est ce que l’on appelle la protection. Elle correspond au fait de poser un cadre (normatif et protecteur) pour que de nouvelles relations aient lieu. La protection remplace alors le rôle de persécuteur.

 

Le cadre facilite la possibilité d’échanges satisfaisants, c’est ce qu’on appelle la permission. Elle facilite l’expression des émotions, intentions et pensées d’autrui, en fonction de ses propres demandes. Elle supplante la position de sauveteur. La protection et la permission permettent à chacun des interlocuteurs de retrouver toute son autonomie, c’est ce que l’on appelle la puissance. Elle consiste à être capable d’affirmer ses besoins, ses demandes, ses sentiments et ses opinions. Elle remplace la position de victime.

 

Par Christine Marsan - Publié dans : Psychologie
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