Dimanche 2 octobre 2011
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La France devient athée… et
spirituelle
Le Monde des religions titre son numéro de septembre-octobre 2011 en posant la question : La France devient-elle athée?
Oui, indéniablement et depuis au moins 50 ans. La Seconde guerre mondiale a sonné le glas d'un Dieu bon pour tous. L'Eglise
catholique de part ses excès et ses positions anachroniques avec l'évolution de la société a aussi contribué à la désaffection des bancs d'église, sans compter les effets de la Révolution
française.
Toutefois, ce avec quoi nous ne sommes pas d'accord c'est avec quelques analyses telles que certains "bricolent". Comment fut
considéré le début de la chrétienté si ce n'est comme une secte et les rituels furent qualifiés très probablement d'hérétiques.
Ainsi, au lieu de qualifier de syncrétique ou de bricolage les pratiques de milliers de personnes de par le monde, peut-être
faudrait-il y voir, comme dans tous les autres pans de la société, une émergence.
Quelque chose d'autre, de nouveau apparaît.
Il y a un regain incontestable de la spiritualité partout dans le monde qui se distingue des pratiques établies des religions
monothéistes notamment. La quête de sens et de transcendance est là mais les moyens pour y répondre sont nouveaux. Ce qui est notable c'est que cet élan se retrouve partout sur la planète,
principalement dans les pays Occidentaux et économiquement dominants. Cet élan qui est l'écho d'une mondialisation financière déshumanisée est intéressant. Il montre que le besoin de reliance est
présent et avec lui l'envie de créer autre chose.
Ce que les puristes de la modernité vieillissante décrivent comme syncrétique est en fait l’émergence d’une spiritualité qui
se veut holistique, cherchant à comprendre le monde global. Ceci en reprenant des grandes traditions spirituelles : soufisme, bouddhisme, christianisme, hébraïsme principalement, les
principes fondateurs qui tiennent compte de l’évolution de la société. Cette quête vise aussi à identifier et rapprocher les messages d’Amour convergents.
Ainsi, ce n’est pas uniquement l’athéisme qui se manifeste mais aussi une spiritualité holistique, mondiale, renouvelée qui
recherche Amour, compassion, bienveillance et intégration des différences. Une spiritualité qui permettrait à 7 milliards d’individus de tenir ensemble sur la planète en cessant de se faire la
guerre au prétexte de la religion et qui soutiendrait les comportements de coopération et de solidarité pour faire face aux défis climatiques et économiques de la mondialisation.
Enfin, la société devenant chaque décennie plus autonome, l’alphabétisation gagnant toujours plus de pays, les hiérarchies de
toutes sortes sont remises en cause. Les intermédiaires entre les « fidèles » et leur dieu tels les prêtres, imans, rabbins, pasteurs, maîtres ou guides sont court-circuités.
L’initiation et la guidance se passent autrement. Pour comprendre l’évolution des pratiques religieuses des Français, peut-être faut-il aller au-delà du prisme de l’individualisme. Nous pouvons
aussi voir l’accès croissant d’un nombre d’individus à une maturité psychologique et culturelle suffisante pour que la reliance à la Source divine se fasse de plus en plus directement. Les modes
d’apprentissages et de transmission se réalisant davantage entre pairs que sous l’autorité d’un maître.
A l’instar de la Réforme de Luther, il y a besoin d’un renouveau fondamental qui prend la forme plurielle de notre société
contemporaine.
En conclusion, pour comprendre le rapport de nos concitoyens aux religions, peut-être faut-il tenir compte des évolutions
objectives des valeurs de la société française et occidentale (je n’évoque que celles que je connais suffisamment) et comprendre qu’elles sont composées d’environ une moitié de modernes (qui ont
soit des pratiques religieuses, soit sont athées par désintérêt) et postmodernes (athéisme ou fétichisme narcissique), un quart de conservateurs (pratiques religieuses parfois radicales), un
quart de créatifs culturels (recherche de spiritualité et quête d’une nouvelle forme). Cette pluralité de la société actuelle rend difficile une analyse sociologique car il faut tirer des
conclusions par « segments ». Il n’est pas possible de comprendre l’évolution des pratiques religieuses sans tenir compte des transformations du corps social. Enfin, il y a aussi une
grande différence entre les déclarations des personnes et leurs pratiques réelles. Comme les nouvelles pratiques spirituelles sont souvent qualifiées de sectaires, alors nombreux sont ceux qui
vont se déclarer athée pour éviter sans doute d’être importunés et devoir justifier leurs croyances ou engagements.
« Le XXI° siècle sera spirituel ou ne sera pas » disait André Malraux, nous y sommes et plusieurs pratiques
cohabitent : extrémismes radicalismes, athéisme, laïcité, spiritualité renouvelée…
Enfin, la « religion » est si souvent mentionnée qu’il est fort probable qu’elle intéresse toujours autant, - on ne
parle que de ce qui est significatif – ainsi ceux qui s’en défendent mais qui en parlent souvent sont-ils autant sensibles par la religion que les pratiquants. Les réels athées restent assez
marginaux.
CM
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