Samedi 20 mars 2010
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Lorsque par chance nous passons dans la campagne aux environs de mi-mars voilà que les collines s’embrasent. C’est la saison des écobuages, ces feux de vieilles
broussailles qui éclaircissent les pâturages, laissent de l’espace aux jeunes plantes afin que les troupeaux puissent paître et leurs bergers marcher derrière eux.
Au delà de l’agriculture, la symbolique de l’écobuage est bien intéressante. Car au sortir de l’hiver, lorsqu’encore engourdi par le froid il est question de
déployer l’énergie de vie propice aux bourgeons, tout comme le papillon, parfois, la sortie de la chrysalide peut être difficile. Le feu de l’écobuage est là pour éliminer l’ancien, tout ce qui
est mort, désuet, rendu inutile, à l’instar des nettoyages et des rangements de printemps.
Le feu est un élément alchimique puissant, il brûle, consume et détruit tout en purifiant et l’on sait qu’ensuite la nature repousse plus drue et revivifiée. Il en
est de même de nos états intérieurs. Que faisons-nous pour faire le ménage ?
Le carême est là pour faciliter le nettoyage du corps et de l’esprit (pour les croyants) après les fêtes de carnaval marquant la fin de l’hiver et l’arrivée du
printemps. Alors le corps, par un jeûne,
dégagé des graisses accumulées pour supporter l’hiver, retrouve sa ligne et sa légèreté pour aller se dépenser à l’extérieur.
Ce que l’écobuage, le carême et le jeûne amènent c’est un vide.
Tout comme l’on vidait l’eau usagée des radiateurs en fonte avant de les remplir d’une nouvelle eau pour le chauffage de l’automne et de l’hiver, avant tout
changement, toute modification, il faut faire le vide. C’est-à-dire détruire, éliminer avant d’accueillir le nouveau. Et nous avons perdu l’un des sens du mot vide. Il ne nous reste plus que
celui qui est synonyme de néant, évidemment angoissant. Pourtant voide, voulait dire, au Moyen-âge, vide et
aussi potentiel. Tout est en germination dans l’apparent vide des branches « mortes » des arbres. L’endormissement de la vie favorise la gestation de nouveaux possibles.
Si nous abordons ces moments de transition en conscience alors nous vivons autrement les périodes de changement naturel. Ainsi les giboulées de mars représentent ces
ajustements naturels auxquels psychologiquement nous tentons de nous adapter. Le vent nettoie et disperse les pollens, la pluie nourrit la terre et le soleil encourage la poussée des
plantes.
Qu’en est-il de nos humeurs ?
Apparemment versatiles, chahutées par des remontées émotionnelles insolites et parfois déstabilisantes alors qu’elles ne font que suivre les ajustements de la
nature. Nos humeurs changeantes nous renseignent alors sur ce qu’il est bon et juste d’éliminer en nous et de nous, nous permet de « décider » ce qui va germer, fleurir, pousser et
finalement s’épanouir et vivre… tels des projets, des engagements…
Et tout ceci se passe à la période bien intéressante de l’équinoxe : au moment où le jour et la nuit sont d’égale durée. A nouveau, symboliquement, nous
entendons la proposition de la nature de nous permettre de vérifier où nous en sommes de notre part d’ombre / nuit (irrésolu, violence, colères, peurs, tristesses, contentieux…) et de lumière /
jour. D’où les nettoyages et les éclaircissements, l’occasion d’identifier si tout est bien en équilibre en soi et autour de soi et quels sont les équilibres à revisiter…
Ainsi lorsque la nature par ces sautes d’humeurs nous renvoie aux nôtres, en conscience, nous pouvons nous réjouir de saisir l’occasion d’élaguer, dépurer,
d’affiner, de couper les trop plein et les excès, et d’accueillir les nouveautés, les possibles, les pleins contenus en potentiel dans les bourgeons qui frémissent et saisir toute l’abondance de
la vie. Alors vigilants nous regardons ce que nous plantons pour apprécier de que nous récolterons.
Un bel équinoxe à vous.
Christine Marsan
20 mars 2010
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