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Christine Marsan vous propose plusieurs prestations  :

Du sujet à l'entreprise, diverses propositions d'intervention

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Ce blog a pour objectif de vous faire partager plusieurs années de réflexion sur la société, la personne, les impacts des évolutions de l'entreprise et aussi un peu de ... philosophie et de politique.
 

Vous trouverez ici des articles dans les domaines suivants :

  • Sciences Humaines :
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Vendredi 30 septembre 2005 5 30 /09 /Sep /2005 00:00

 

 

LA TRANSDISCIPLINARITE

 

 

 

Nécessité historique, nouveau paradigme ou phénomène de mode?

 

 

 

Colloque « Recherche et formation des enseignants » 1995.

 

 

 

 

 

Dans la dialectique initiale des interactions entre la recherche et la formation on peut se poser la question de la pertinence de la transdisciplinarité, celle-ci apparaissant comme un moyen de concilier théorie et pratique en tentant de répondre au délicat problème du sens[1] dont est investi le savoir.

Si le souci de l'enseignant est de savoir comment transmettre des connaissances et des expériences, c'est parfois vers les théoriciens qu'il se tourne, lorsque le domaine empirique, chargé d'interrogations, nécessite de prendre du recul pour tenter d'apporter des éléments de réponse.

L'apport de la transdisciplinarité est alors de dépasser la dimension d'une discipline spécifique et de rechercher par delà celles-ci, des éléments explicatifs, envisageant la globalité d'un problème et toutes les dimensions de sa complexité. En effet, si la certitude n'est pas forcément dans le fait qu'ailleurs se trouve la réponse, l'exploration exhaustive peut être nécessaire au moins comme stimulation incitant à la curiosité.

 

 

 

 

 

 

Mais qu'entend-on par transdisciplinarité?

 

 

 

La transdisciplinarité, si elle est un concept nouvellement formulé, puisque l'on doit à Piaget d'avoir le premier fait la distinction avec l'interdisciplinarité, elle n'en reste pas moins une idée que Pascal avait déjà énoncé : "Toutes choses étant causées et causantes, aidées et aidantes, médiates et immédiates, et toutes s'entretenant par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes, je tiens impossible de connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties". Cette idée que le monde ne se découpe pas en oppositions binaires et que la difficulté est de comprendre le tout et ses parties, reprend l'idée de Nicolescu sur les paradoxes quantiques et le tiers inclus, selon laquelle les oppositions sont intimement liées et que le facteur de rupture qui fait passer d'un niveau de réalité à l'autre n'est pas extérieur au système mais est contenu en son sein[2]. C'est également ce que dit Edgar Morin concernant la complexité en développant la notion de  dialogique.

"La dialogique c'est justement le tiers inclus, deux propositions contraires sont nécessairement liées tout en s'opposant".[3]

 

 

 

 

Vers un nouveau paradigme?

 

 

 

On ne peut aborder le propos de la transdisciplinarité sans évoquer la complexité. Morin a mis en évidence l'apparition d'un nouveau paradigme lié à la complexité. "Le règne du paradigme "d'ordre" et par exclusion du désordre - paradigme qui se traduisait par une conception déterministe et mécaniste de l'univers" ne correspond plus aux découvertes récentes de diverses sciences, telles que la physique quantique, la thermodynamique, la météorologie ou la cosmologie qui mettent en lumière que les notions d'ordre, de désordre et d'organisation doivent être dorénavant pensées ensemble.

Le désordre n'est plus à exclure du champ scientifique mais au contraire à étudier et c'est alors qu'apparaît l'ampleur de la tâche.

La transdisciplinarité semble répondre à ce besoin ressenti de la part de certains chercheurs pour tenter d'appréhender de façon plus complète leur objet de recherche et leur compréhension globale du monde en ayant une vision transverse des disciplines.

 

 

 

 

Un détour par les disciplines :

 

 

 

Pour arriver à comprendre ce qu'est la transdisciplinarité il faut bien entendu s'arrêter sur la notion de discipline.

Au fil des siècles, le savoir a évolué, de même, la rapport des hommes avec son acquisition, ainsi dès le XVIIeme siècle plusieurs découvertes fondamentales (Copernic, Galilée) ont changé la conception anthropocentrique de l'homme envers la Nature et l'ont amené à envisager la nécessité de comprendre un monde se découvrant comme de plus en plus riche et mystérieux, tout en recherchant des méthodes objectives pour rechercher la vérité.

La recherche de la connaissance s'est alors organisée, progressivement, en discipline afin d'obtenir des protocoles d'expérimentation et des élaborations théoriques rigoureuses. Plus tard, de cette nécessité de scinder le projet scientifique en diverses disciplines précises permettant d'appréhender de façon scientifique, objective et rigoureuse la "Nature", la spécialisation est apparue (XXeme siècle) donnant à la discipline autonomie et légitimité par des théories, un langage, des méthodes et des techniques spécifiques, mais ayant comme pendant le risque de cécité intellectuel et scientifique dû à l'enfermement sur un objet de recherche, précis, et parfois trop pointu. Cet excès de la spécialisation Morin le nomme "chosification", faisant oublier au chercheur que son objet de recherche s'inscrit dans le contexte plus globalisant de la connaissance en général.

 

 

 

 

Le désir de comprendre ou le regard transdisciplinaire :

 

 

 

Nombre de chercheurs ont constaté, sans pour autant en faire une généralité, que parfois un regard extérieur à la science, peut poser les bonnes questions et donner une nouvelle impulsion à la science. Plusieurs exemples ont été donnés sur les différents apports d'un "béotien" à la science, au-delà de celui de Darwin, nous relaterons celui donné par Reeves lors de ses conférences sur l'histoire de l'univers. Kepler se posait la question de savoir pourquoi le ciel est noir la nuit alors que l'univers est infini et plein d'étoiles et c'est Alan Edgar Poe qui a apporté un élément de réponse en notant que la lumière a une vitesse limitée et par conséquent finie, celle-ci voyage dans le temps et c'est pourquoi nous ne pouvons pas voir un ciel éblouissant. D'autres éléments de réponse, fournis par les scientifiques,  montrent que tout d'abors l'univers n' a pas toujours existé, les étoiles naissantes n'ont donc peut-être pas encore pu se faire connaître à nos yeux, on sait également que les étoiles vivent et meurent et enfin que l'univers est en expansion ce qui signifie que l'espace entre les étoiles est croissant,  voilà pourquoi la nuit est noire et le ciel étoilé et comment la littérature éclaire l'astrophysique.

C'est cette prise de conscience que l'essentiel n'est pas uniquement dans la discipline, mais peut être ailleurs, au moins partiellement, qui amène à considérer la transdisciplinarité comme une exigence intellectuelle nécessaire lorsque l'on cherche à comprendre le monde environnant. Mais l'apparition de la transdisciplinarité marque aussi une crise épistémologique de la pensée scientifique. En effet, il n'y a pas si longtemps il existait davantage une rivalité entre les disciplines pour la reconnaissance de leur légitimité et au nom de la science à tel point que le fait de ne pas vouloir "se mélanger" était l'expression de la rigueur scientifique.

Cette rupture qu'incarne la transdisciplinarité montre soit la fin des disciplines[4] soit un besoin sociologique et historique de comprendre le tout, la sur-spécialisation ayant surtout parcellisé le savoir et son acquisition aujourd'hui en étant, par conséquent, d'autant plus difficile et longue pousse chacun à se mettre en quête d'éléments ou de moyens lui permettant d'acquérir une compréhension globale des phénomènes complexes, denses et aléatoires. Cette vague holistique accompagnée d'une demande spirituelle, désorientée, par la scission de la religion et des affaires de l'état n'aide pas le citoyen à se faire un raisonnement cohérent et scientifique. Il y aurait donc un besoin de transcendance face à l'incompréhension et ceci serait-il l'expression d'une compréhension plus humaine de la "nature"[5], au sens de complexe ou une recherche syncrétique de repères religieux et mystiques perdus?

 

 

 

 

Les dérives de la transdisciplinarité :

 

 

 

Si l'engouement pour la transdisciplinarité est légitime et anime de grands savants, dans des disciplines aussi différentes que la physique quantique, la sociologie, la neurobiologie ou la philosophie c'est essentiellement pour l'apport d'intelligibilité que la "transhumance des concepts" apporte et Edgar Morin éclaire son propos en prenant comme exemple l'information qui rend l'organisation vivante compréhensible dans son ensemble. La transdisciplinarité apporte du sens à la connaissance et ces migrations intellectuelles paraissent fructueuses puisqu'elles permettent le dialogue et l'ouverture de nouveaux horizons aux diverses disciplines.

"La perspective globale des problèmes est enrichie par la multiplicité des perspectives particulières". Morin.

Ce développement des "polycompétences" amené grâce à l'éveil transdisciplinaire s'il est une réponse constructive et exigeante pour nombre de scientifiques il ne faudrait pas qu'à l'inverse certains voient dans la transdisciplinarité une impasse intellectuelle où s'amolliraient les exigences des procédures scientifiques et ferait oublier la rigueur initiale.

Si la transdisciplinarité s'écarte, par nature, de la norme, c'est parce qu'elle agit au nom d'une vision, celle de l'équilibre nécessaire entre "intériorité et extériorité" de l'être humain pour répondre à son "entièreté d'être"[6] qui le pousse à vouloir comprendre la totalité d'un problème, comme le disait Pascal. Cette vision étant différente du niveau actuel de réalité, c'est en cela qu'elle s'éloigne de la norme édictée par les disciplines. Le danger serait de tomber dans un syncrétisme illustrant bien la soif de "tout" comprendre, mais sans l'aspect méthodologique de la démarche scientifique.

Un autre piège dans lequel la transdisciplinarité ne doit pas tomber c'est le processus de consommation où la science est aujourd'hui tombée, via le marketing, la publicité, en un mot l'aspect mercantile que certaines entreprises ont compris qu'elles pouvaient tirer de ces besoins mal exprimés de comprendre et d'apprendre. La connaissance est donc liée aujourd'hui au phénomène de suscitation de besoins où le savoir est dilué et donné à doses homéopathiques dans le temps et à un prix exorbitant (encyclopédies par abonnements). Le processus de recherche d'informations n'est plus fondé sur un objet de recherche précis qui motive et incite à chercher au travers des sources d'informations reconnues, mais l'appétit de savoir répond au volume de spectaculaire donnée dans la présentation. Où donc est passée la soif d'objectivité, tant prônée il n'y a pas si longtemps. Ce phénomène si on le doit à des entreprises peu regardantes on le doit aussi à des scientifiques qui trouvent dans la vulgarisation de la science la médiatisation correspondant à des objectifs plus personnels que pédagogiques. Et le danger de la vulgarisation est le même que pour la transdisciplinarité c'est-à-dire que l'on risque de perdre la richesse de l'apport scientifique et d'arriver à des approximations théoriques engendrant des déformations croissantes tant du message initial que de l'objectif même de l'approche.

La difficulté pour la transdisciplinarité réside dans le fait de rechercher au travers de diverses disciplines des éléments de réponse concernant une problématique générale et de concilier, par la même, l'articulation entre des sciences qui ont chacune leur langage propre et des concepts fondamentaux différents.

 

 

 

 

 

 

Recherche / formation et transdisciplinarité :

 

 

 

La pensée de la complexité apporte une nouvelle problématique scientifique, celle d'avoir pour mission de penser autrement le monde, les sciences et la connaissance.

 

 

La difficulté pour l'enseignant aujourd'hui est qu'il est pris par son époque et que de ce fait les moyens et outils pédagogiques, valables hier, ne le sont parfois plus totalement maintenant.

Nous avons vu comment les sciences ont pris conscience du phénomène de complexité, qui s'il n'est pas totalement compris par le public, bien qu'abondamment médiatisé, a pour conséquence immédiate de perturber les repères traditionnels et de générer une angoisse que chacun essaie de combler avec les moyens qu'il trouve à sa portée. Et là nous avons vu le danger de la société de consommation qui met à présent le savoir sur les rayons des produits consommables et l'on rentre alors dans un autre processus lié au phénomène de consommation qui est la durée de vie d'un produit. Ainsi tout doit sans cesse changer pour susciter l'intérêt des gens et engendre une logique d'insatisfaction permanente et la volonté de tout savoir tout de suite. Comme nous l'avons vu c'est exactement ce qui peut "tuer" la science, que de vouloir tout découvrir sans s'en donner les moyens. L'enjeu de la science n'est plus aujourd'hui de communiquer des éléments de vérité mais de devoir fournir une réponse immédiate à une demande, souvent confuse, informelle, implicite ou inconsciente. Le pire est que l'attente se base sur des réponses sensationnelles, spectaculaires et innovantes. Il n'y a plus d'attrait pour les choses communes, ni pour le vrai s'il n'est pas sensationnel. Transformer la soif de connaissance en un phénomène de mode semble être dangereux tant pour la science elle-même que pour tous les hommes qui cherchent à comprendre.

 

 

 

 

La transdisciplinarité est née de la volonté de comprendre les résultats les plus généraux de la science moderne, pour autant elle ne se définit pas comme une science, ni comme une nouvelle philosophie ou un repère d'idéologies. Elle n'a pas non plus de lieu propre, elle se veut la possibilité de penser la complexité par la liberté de rechercher de façon transverse dans les disciplines des éléments de réponse où un nouvel éclairage sur un thème donné. Nicolescu nous dit d'ailleurs à ce sujet qu'il ne faudrait surtout pas élaborer trop tôt une définition de la transdisciplinarité qui "transformerait un espace de liberté en un étouffement dogmatique".

C'est l'entièreté de l'être humain qui le pousse à rechercher la transdisciplinarité pour réunir toutes ses dimension éclatées, intérieur et extérieur, sujet et objet de la science.

 

 

L'apport de la transdisciplinarité à la formation semble résider dans la recherche de sens au savoir et aux connaissances que l'on peut avoir à communiquer, comme dans les pratiques pédagogiques visant à amener l'interlocuteur à comprendre et à savoir faire.

Nicolescu nous parle des degrés de raison mis en évidence par J. Maritain mettant l'accent sur la distinction entre la raison du savoir et la raison de la compréhension.

"...la raison du savoir se dépose en nous à l'état d'informations, tandis que la raison de la compréhension fusionne organiquement avec l'être de l'homme" et explique son "entièreté". La raison de la compréhension apparaît comme étant ce qui permet de "développer le dialogue entre la science et le sens". Il appartient bien à chacun, en tant qu'enseignant, d'abord, et enseigné, ensuite, de définir qu'elle est la raison dominante et par conséquent quelle est la motivation première de l'individu : savoir ou comprendre. Le savoir n'étant que l'ustensile de la compréhension et celle-ci, fruit de la volonté individuelle, peut être le garant de l'intégrité intellectuelle de chacun.

 

 

"La connaissance apparaît comme la co-naissance de l'homme et de la nature". Nicolescu.

 

 

 

 

 

Bibliographie :

 

Penser la complexité. N° 47. Sciences Humaines. Février 1995.

L'autre, la transdisciplinarité. Turbulence. N°1. Octobre 1994.

L'homme, la science et la nature. Regards transdisciplinaires. Le Mail. 1994.

Conférences sur l'histoire de l'univers. Hubert Reeves. Association Française d'Astronomie. 1993.

Le Chaos. Dossier. Pour la Science. Janvier. 1995.



[1] Le sens, selon Ladrut, est la relation contradictorielle entre une présence et une absence. Cité par Nicolescu dans son article : Niveaux de complexité et niveaux de réalité. Vers une nouvelle définition de la Nature, in L'homme, la science et la Nature. Regards transdisciplianires. Le Mail. 1994.

[2] Nicolescu. Id.

[3] E. Morin.  La Méthode - 4. Les idées. Le Seuil.1991.

[4] Notions mortifères liées au concept de Nature et spécifiques à notre époque selon Nicolescu, (fin de l'histoire, fin du monde, fin de la science, perte des valeurs...qui à ses yeux sont l'expression de la complexité et le passage obligé pour comprendre le monde qui nous entoure à partir de nouveaux concepts et grâce à une nouvelle logique, caractéristiques d'un nouveau paradigme.

[5] Sur le mot Nature, Nicolescu nous rappelle que c'est un concept flou, qui a traversé les siècles, et a toujours eu des sens différents en fonction de l'état de la science à un moment précis de l'histoire et de son conetxcte socio-économique et politique. La nature étant alors davantage le produit de l'imagianire d'une société et le reflet de sa culture que la description scientifque du monde.

[6] Termes employés par Nicolescu.

Par Christine Marsan - Publié dans : Psychologie
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