Conférence sur la Paix
24 septembre 2005
Festival régional et européen de la Paix – Bakea Bai
Introduction :
La paix recherchée depuis des millénaires, louée par tous les humanistes et la plupart des spirituels est parfois réalisée et très souvent encore un mythe, une utopie après laquelle nous courrons.
Que faudrait-il alors pour que cela devienne une réalité, partagée ?
Argument :
Une actualité qui peut poser question
- Septembre 2005, cette conférence sur la paix au sein du premier festival régional et européen de la paix en Pays Basque.
- C’est aussi la sortie d’un numéro spécial de Géo dédié à la paix.
- C’est aussi la mort de Simon Wisenthal (comment continuer l’œuvre d’un homme ? problématiques de mémoire, de transmission d’engagement…)
- C’est le cinquième ouragan sur les côtes du golfe du Mexique aux Etats-Unis (comment repenser nos ressources si la nature les limite ? Faut-il que la nature détruise nos ressources pour que nous pensions autrement notre rapport à elle ?).
- C’est aussi quatre ans après 2001 (où en sommes-nous de notre rapport au drame humain, à la souffrance ? A la réparation, au droit de mémoire, aux actions correctrices ?).
- Quelque chose se serait-il passé ? et si oui quoi ? sur quels plans ?
Ma conviction est que nous sommes en train de clore une étape débutée par la chute des twin towers.
Il aura fallu quatre années pour que l’ensemble des consciences, occidentales pour le moins et françaises pour ce qui nous préoccupent reprennent consciemment le sursaut de la vie.
Ainsi face à l’horreur de magnifiques choses ont toujours lieu.
La question qui découle ce ces éléments d’actualité est : est-il nécessaire de toujours devoir faire la guerre, quelle qu’en soit la forme pour améliorer notre conscience de la paix et notre implication pour qu’au quotidien la paix règne sur le monde ?
Il n’y a plus de guerre en France ni en Occident !
Nicolas Sarkozy dans son argument de campagne pour l’élection européenne, disait que depuis la fin de la Seconde guerre mondiale nous vivions en Europe en paix. Certes, c’est vrai, ici en France, toutefois cela laisse un certain nombre de questions en suspens.
- Premièrement vérifier que nous ne vivons pas la guerre en France et en Europe. Ce qui conduit à revoir les nouvelles formes de guerre présentes aujourd’hui.
- Deuxièmement, en supposant que la guerre ait réellement disparu de l’Occident qu’en est-il du reste du monde. Et pouvons-nous y faire quelque chose ? Et contribuions-nous à la paix ou à la guerre ailleurs sur la terre ?
- Troisièmement, le besoin de guerre est-il réellement éliminé ?
- Enfin, sur quoi repose notre besoin de faire la guerre et est-il possible d’envisager qu’un jour nous puissions vivre autrement qu’avec la guerre ? Et si oui comment ? Et cela signifie-t-il vivre en paix ?
Du colonialisme
Car si en France nous ne vivons plus la guerre, depuis 1945, nous sommes allés faire la guerre ailleurs, en Algérie, en Indochine, au Tchad, dans de nombreux pays d’Afrique…Et lorsque nous ne la faisons pas réellement parfois nous l’encourageons, notamment par les ventes d’armes et pour des motivations géopolitiques complexes. C’est d’ailleurs ainsi que Frédéric Passy avait reçu le prix Nobel en 1901 pour s’être opposé à la politique de colonialisme de Jules Ferry. Cet homme est malheureusement bien moins connu que son adversaire.
Si Jules Ferry a fait de grandes choses, notamment avec son action liée à l’éducation, il est incontestable que le colonialisme a créé l’expansion économique de notre monde occidental limité dans ses frontières. Ce choix géopolitique a conditionné bien des guerres et force dysfonctionnements que nous payons aujourd’hui avec les politiques d’intégration des immigrés et de restriction de l’immigration. Nous avons bâti notre opulence au détriment du reste du monde. Ceux-ci viennent aujourd’hui nous en demander réparation.
C’est ainsi que le terme de géopolitique n’est plus forcément le terme adéquat pour décrire les politiques internationales. Il s’agirait d’avantage de motivations économico-politiques qui priment aux choix humanistes. Ce choix appelle des conséquences particulières et avec elles de nouvelles formes de guerres.
Economie mondiale et des nouvelles formes de guerre
L’économie mondialisée correspond à l’universalité de la technologie sous la forme d’Internet, réduisant temps et espace et diffusant, sans discernement, toute information de par le monde et avec cette évolution la guerre prend aussi la forme du réseau, sous la forme des terrorismes de tous bords.
Bien que la forme même du terrorisme ne soit pas nouvelle (secte des Hashashin, guérillas, résistants), son universalité actuelle l’est.
C’est ainsi que nous sommes tous aussi démunis à éliminer un virus sur Internet qu’à venir à bout du terrorisme dans le monde. Tout devient mouvant, éphémère, rapide, labile, non identifiable.
Puisque le monde que nous vivons est celui que nous avons pensé, conçu, dessiné et produit. Si nous en voulons un autre, il va falloir y « réfléchir » sérieusement !
Par ailleurs, si nous postulons que sur notre territoire la guerre traditionnelle a disparu, est-ce que pour autant le besoin de guerre s’est en allé?
Depuis quelques années nous voyons surgir deux phénomènes qui illustrent que la paix se ne vit pas encore au quotidien sur notre terre. D’une part le terrorisme et de l’autre la violence physique et verbale qui mine nos cités et crée une ambiance délétère de peur et d’anxiété.
Et nous savons tous que la violence vient très souvent de la peur.
Des origines de la violence : la peur de l’autre
Les violences urbaines ont de multiples causes que je ne développerai pas forcément ici, toutefois l’essentiel est de considérer que le moteur principal de la violence est la peur.
La peur de l’autre, de sa différence. Cette dernière nous incommode, nous dérange voire nous est insupportable.
Et nous voyons que la gradation de réponse va alors de la critique à la guerre.
On juge cet autre qui ne sait pas faire comme nous, qui s’habille différemment, etc. Et bien entendu ceci même dans nos propres familles. (Nous sommes tous attirés par l’amour et le bonheur et nous nous y prenons comme des manches à balais pour la plupart pour le manifester au quotidien.) Mais ceci est un autre débat.
Le besoin de bouc-émissaire
Ainsi, après la critique vient le temps de la recherche d’un fautif.
Au moindre problème on va chercher le maillon faible du groupe et on va l’incriminer de tous les maux de la terre. C’est alors la dynamique millénaire du bouc-émissaire.
Il incarne tous les problèmes et porte les causes de nos souffrances. Jadis il était sacrifié une fois par an, dans l’Ancien Testament, ce qui donnait lieu à un rituel de manière à éliminer, pour un temps, le surplus de violence du groupe social, tribu, clan, société, etc.
Avec le Nouveau testament un certain nombre de choses ont été abolies dont notamment les sacrifices. En tant que tel nous ne pouvons que nous en féliciter et le compter au nombre des progrès sociaux et humanistes. Toutefois, il faut vérifier que le besoin d’avoir un bouc-émissaire a bien cessé au cœur de l’homme.
Et c’est là que le bas blesse.
L’Homme ayant toujours autant de violence contenue en lui n’est pas encore à même de pouvoir la canaliser, la gérer, voire la transmuter et donc a toujours besoin de la manifester. Et c’est ainsi que nous passons du bouc-émissaire physique, sacré et ritualisé au bouc-émissaire symbolique.
Et nous voyons alors que tout groupe social, quelle qu’en soit sa taille, trouve toujours un ennemi, quelqu’un qui est suffisamment différent pour qu’il endosse la responsabilité de tout ce qui arrive au groupe et à ses membres. Il en veut forcément à leurs intérêts, probablement par envie ou par besoin de pouvoir, donc il va falloir que le groupe se défendre et lutte..
Et c’est ainsi que du jugement à l’ennemi il n’y a qu’un pas que nous franchissons en fonction des enjeux et de la pression intérieure.
L’intensité de notre peur de l’autre et l’ampleur de la perception du danger que l’autre représente vont nous conduire aux pires actes de rejet.
La meilleure solution que nous avons alors trouvé face au danger que représente l’autre est la solution radicale. On l’élimine. Dont le paroxysme fut atteint avec les camps de la mort.
Du génocide aux créations des organisations pour la paix
Ce paroxysme est à l’origine de prise de conscience mondiale qui a valu la création d’organisations extraordinaires telles que l’ONU à San Francisco entre le 25 avril et le 26 juin 1945. Et toutes les autres instances que se sont créées à la suite de cette horreur planétaire, à laquelle il ne faut surtout pas oublier de mentionner l’éradication nucléaire. Nous sommes allés durant la Seconde guerre mondiale au maximum de l’éradication de celui qui est différent et dérangeant. A ce jour, nous n’avons pas su trouver mieux ! C’est évidemment de l’humour car il est impératif que nous puissions concentrer notre énergie individuelle et collective à autre chose qu’aux moyens de détruire systématiquement et définitivement l’autre.
Définition de la violence
Ce qui me conduit à revenir sur deux choses. Tout d’abord la définition de la violence qui permet de comprendre pourquoi elle est tellement insupportable. La violence est l’expression d’une force brute manifestée contre autrui. Elle implique la négation de l’autre, c’est-à-dire de son altérité.
Lorsque je commets un acte de violence, que les psychologues nomment un passage à l’acte, je nie purement et simplement l’autre et je le frappe afin de le détruire. Je peux le frapper physiquement ou verbalement, bien entendu.
Ceci est insupportable. D’ailleurs l’acte le plus connu est le viol qui tire sa racine du même mot. Et pour ceux et celles qui l’ont subi, ils voient l’horreur de ne plus être que l’objet de l’autre.
Ce qui est alors à réparer chez la victime, c’est sa dimension de sujet.
Mais pourquoi en sommes nous arrivés à avoir besoin sans cesse de manifester de la violence face à autrui ?
Pour y répondre et ceci bien entendu, de manière incomplète, je passerai par l’anthropologie et en paraphrasant le propos de Françoise l’Hériter qui le dit si bien.
Elle a observé que la manière dont les humains se sont constitués en groupes et ont pu se développer en société humaines reposent sur un certain nombres de paramètres. L’homme qui est doté d’intelligence, au plus au niveau de l’échelle animale (sic ! au vu de ce qu’il en fait parfois !!) a pu la développer parce qu’il était en fait fort démuni physiquement et très mal équipé pour survivre.
Nous n’avons ni assez de poils, ni de griffes, ni la capacité à courir vite, etc, etc. Face aux nombreux prédateurs de la préhistoire, nous avions peu de chances de survie et aujourd’hui nous sommes les « maîtres du monde » comme certains aiment à le dirent et le penser.
Tout viendrait selon elle du fait que lorsque nous avons « observé » le monde qui nous entourait nous avons constaté qu’il était fait de paires, de choses opposées, ainsi nous sommes des hommes ou des femmes, il y a la nuit ou le jour, les aliments pouvaient être crus ou cuits, ils percevaient le froid ou le chaud, etc. Car en un même instant il ne pouvait pas y avoir le jour et la nuit, par exemple.
Observation de notre environnement condition notre pensée binaire
Cette observation a alors conduit à structurer le mode de pensée en appréhension binaire de la réalité. Ce qu’Aristote instituera bien plus tard en principe de dichotomie de la nature permettant alors de l’identifier, de la classer. Ce qui est l’un des principes de la science qui repose sur la séparation des éléments avec toutes les conséquences que cela peut comporter. L’excès actuel est notamment la séparation extrême des disciplines qui pour apporter quelque chose ont besoin de se spécialiser à outrance et en cela ont du mal à en même temps avoir une vision globale, donc généraliste d’un objet d’étude.
Cette manière de penser binaire conditionne notre esprit jusqu’à nos jours et nous avons eu mal fou à envisager autre chose.
Du qui-vive au confort
Une autre composante anthropologique, liée au fait de dépasser le stade animal est que ce dernier vit toujours sur le qui-vive. L’animal sauvage sursaute sans cesse au moindre bruit, paniqué à l’idée d’être la proie d’un prédateur. La survie est son quotidien.
Nous les hommes, nous avons trouvé la paix du repos par le sommeil. Comment ? Parce qu’en se regroupant c’est-à-dire, en constituant un même clan dormant dans une grotte ou une caverne, très vite des rôles se sont mis en place qui ont permis le repos. Il y a ainsi eu des guetteurs qui veillaient pendant que le groupe afin de prévenir de tout danger.
Pendant ce temps le clan pouvait alors profondément se reposer, en confiance. Ce qui a eu pour conséquence la possibilité de créer des outils, de découvrir l’art, de se structurer en un mot.
Ceci paraît anodin, mais c’est grâce à cette répartition des rôles que l’homme a pu dépasser son instinct de survie, en créant des armes lui permettant alors de chasser plus efficacement des animaux jusqu’ici trop menaçants et reste ainsi qu’il a commencé ses premiers pas vers la maîtrise du monde et le développement du confort.
Du clan : du même au différent
Le dernier point qui est aussi en lien avec notre propos sur la paix est que le fait que des hommes se regroupent en clan tout en se protégeant des menaces extérieures dans des abris a développé une conscience du même et du différent. Ce qui signifie que tous ceux qui étaient dans la grotte faisait partie du même clan et donc représentaient des amis, des personnes dans lesquelles on peut avoir suffisamment confiance au point de pouvoir dormir à côté (même si l’on peu imaginer quelques frictions parmi ses membres au vu de la manière dont nous interagissions en famille aujourd’hui !). Et en contrepoint, tout ceux qui étaient à l’extérieur étaient donc des ennemis. Comme cette période a duré fort longtemps dans l’histoire humaine, plusieurs milliers d’années cela a considérablement conditionné nos esprits et nos manières de voir le monde et surtout autrui.
Ainsi depuis la nuit des temps l’étranger est-il assimilé à un danger, une menace que bien souvent il a fallu détruire afin de ne pas mourir nous-mêmes.
Voilà, rapidement brossés, quelques éléments qui nous constituent comme autant de composantes anthropologiques et qui expliquent notre propension à la violence et à la guerre contre autrui et notre grande difficulté à pouvoir manifester la paix.
L’évolution de notre pensée sur le monde et nous-mêmes : la pensée ternaire
Pourtant, nous tenons là une clé pour nous permettre d’envisager la paix et surtout de la vivre. Nous pouvons penser au-delà du 2 et surtout de l’opposition.
Ceci s’appelle la pensée ternaire ou complexe, selon le champ duquel on s’inspire pour la définir.
Einstein a été l’un des physiciens géniaux qui l’a mise en exergue en exposant la relativité et en ouvrant le champ de la physique quantique. Edgar Morin est le philosophe et sociologue qui a cherché à introduire cette pensée dans le champ des sciences humaines, en parlant de complexité, malheureusement d’une manière sans doute un peu trop compliquée pour beaucoup. Mais ces tentatives ont le mérite de nous permettre d’envisager autre chose et de nous sortir de notre gangue mentale.
La pensée complexe fait rupture avec la pensée binaire, du « ou » pour proposer le « et ». On pourrait aussi nommer pensée ternaire. Ce changement apparent simple de conjonction a en fait des effets considérables.
Et au-delà de la science, la spiritualité en avait rendu compte depuis longtemps. La religion catholique en avançant que Dieu et un et trois, cette trinité si difficile à comprendre, est pourtant, la voie vers le dépassement de la dualité et de l’opposition (d’ailleurs nommée diabolon : celui qui sépare !!).
Auparavant, le taoïsme en présentant la dynamique du Yin et du Yang explique qu’il existe toujours dans le blanc le noir et dans la lumière l’ombre. Ce c’est que tout le monde en a retenu car visuellement le symbole taoïste illustre bien la dualité. Pourtant son message profond est bien d’aller chercher la troisième voie au-delà des apparences, des oppositions et de la dualité. Curieusement, au même titre que la trinité qui a été si mal comprise, cette dimension du taoïsme est fort peu reprise.
Trop compliquée ?
D’une certaine manière oui.
Cela nous renvoie à notre capacité à pouvoir envisager au-delà de nos habitudes millénaires, au-delà des apparences, au-delà de nos limitations humaines.
La pensée ternaire est alors un effort, que seul notre néo-cortex peut envisager et cette partie récente de notre cerveau, qui nous différencie de l’animal, est bien la partie de notre physiologie où nous pouvons aller puiser les ressources d’un au-delà de nos instincts.
C’est pourquoi, en ouvrant une parenthèse, la responsabilité d’un Etat est immense quant à ce qu’il autorise ou « interdit ». Ainsi, si nous nous limitons à la France, encourager la psychose par le fait d’annoncer, par l’intermédiaire des médias toutes les catastrophes locales et planétaires alimentent le business des lobbying de tous poils qui proposent des solutions sécuritaires. Pour autant cela stimule notre cerveau le plus archaïque, la partie reptilienne. Et encourager nos instincts, notre fascination pour le sang et la violence et exacerber nos peurs ne me paraît pas compatible avec vouloir une société autonomie et entreprenante. Mais refermons la parenthèse.
Ainsi, pour en revenir à la pensée binaire, il s’agit de pouvoir aller plus loin que l’opposition qui nous a depuis toujours constitué pour envisager l’autre autrement et dépasser le besoin de guerre et désirer la paix.
Autant dire que nous sommes sur le début du chemin, nous sommes balbutiants sur cette voie, mais des êtres formidables dans les siècles passés nous ont ouvert la voie. On les nomme génies car en effet, ils ont pu voir au-delà de nos limitations, en précurseurs et à présent il est question d’y engager tout le monde !
On comprend l’étendue de la tâche.
De la lente évolution de la conscience humaine
Ce qui nous conduit alors à parler de conscience individuelle et collective.
Reprenant un ancien argument sur l’évolution de la conscience humaine, ce qu’il faut comprendre c’est qu’à la taille de l’humanité, les progrès peuvent sembler lents et minimes et même pour certains cela pourrait paraître un non progrès et pourtant !
Depuis des siècles, philosophes, humanistes de toutes confessions et de toute discipline et homme et femme spirituels cherchent à conduire le monde vers la paix. Des figures légendaires ont donné leur vie à cet idéal.
Partant d’un rêve comme Luther King ou comme Gandhi qui, en conscience, a accepté de mettre sa vie en danger pour défendre la non-violence ou encore Nelson Mandela qui a pu tenir 27 ans en prison pour respecter ses valeurs et continuer son engagement. La plupart des prix Nobel de la paix nous ont prouvé l’ampleur de leur implication et de leur persévérance et le dur chemin qu’il faut alors réaliser pour y parvenir.
L’histoire est le témoin de cette lutte incessante pour la paix et les droits de l’homme face aux oppressions de tous bords. Certains placent les premiers moments de la quête sociale de justice en mentionnant le code d’Hammurabi à Babylone il y a 36 siècles de cela. Il s’agissait alors de faire advenir la justice afin d’empêcher les puissants de faire du tort aux plus faibles. Ainsi, un certain nombre de progrès ont été le fruit de juristes, philosophes et théologiens de par l’histoire mondiale pour constituer le droit des peuples en réponse au besoin de pouvoir.
C’est ainsi que, depuis tous temps, pouvoirs et libertés de sont opposés. Nous pouvons retenir la bataille de Moïse contre pharaon, ou encore les écrits de Platon dont notamment la République et bien entendu plus proche de nous la déclaration d’indépendance de l’Amérique face à l’Angleterre en 1776, soutenue par la France. Cette dernière qui en réalisant la Révolution française de 1789 institua la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen.
Magnifique projet humaniste, plaçant un idéal démocratique à l’évolution humaine. Il n’a comme seul défaut comme nous le rappellent certaines personnes d’autres civilisations c’est que nous reproduisons à nouveau notre habitude universaliste d’aller proclamer de par le monde la bonne parole. Les croisades voulaient faire de même et nous avons connu des massacres épouvantables, au nom de Dieu et pour l’intérêt particulier des plus puissants en quête de pouvoir. Puis toujours en Son nom, l’évangélisation à tous crins a conduit aux pires génocides notamment en Amérique du sud et bien entendu à l’Inquisition. Ainsi peut-être les droits de l’homme et du citoyen sont-ils une magnifique avancée, il faut simplement vérifier que nous ne tombons pas encore dans le piège universaliste qui cette fois-ci au nom de la liberté de l’homme pourrait ne pas respecter celle d’autrui.
C’est ainsi que les Etats-Unis pensant avoir un rôle d’élus ont-ils aussi cette attitude interventionniste et évangélisatrice de par le monde.
La réaction de ceux qui ne sentent pas respectés passe alors, de nouveau, par la violence.
Celle de celui qui ne sent pas respecté, qui ne peut pas établie de dialogue et qui subit l’excès de certitude de son interlocuteur, réagit avec la seule arme qui lui reste la violence. Nié dans son altérité, à son tour il violente l’autre cette fois-ci avec des armes réelles. Celles-là mêmes construites par les pays défendant les droits de l’homme. Celui qui croit avoir raison ne peut alors pas écouter l’autre qui sans doute a raison lui aussi, autrement.
Ainsi quelques moments clés de l’histoire sont-ils des briques incontournables de notre évolution vers une paix qui doucement, progressivement s’inscrit dans les cœurs, les esprits et les consciences. Depuis 1789, il y a eu également l’abolition de l’esclavage (1848, Victor Schoelcher), qui a donné lieu mis en évidence l’état des droits de tous les humains, enfants, femmes, handicapés, personnes de différentes origines ethniques et raciales. Ce qui a ainsi conduit au droit de vote pour les femmes acquis en 1945 en France quand même ! Si nous avons été un des derniers pays européens à accorder le droit de vote aux femmes et donc de les reconnaître comme citoyens, de nombreux pays dans le monde ne reconnaissent pas toujours pas ce droit aux femmes. Les progrès pour le respect des enfants est aussi un immense combat. Toutes ces mesures visant à reconnaître les droits et les devoirs de chacun, accepter leur différence et à reconnaître la pluralité de leur expression.
Ainsi les progrès de la conscience collective sont indéniables.
Les horreurs de la Seconde guerre mondiale ont accéléré les prises de conscience et les tentatives de réparation.
Aujourd’hui nous en sommes aux Droits Humains, à la Responsabilité Sociales d’Entreprisse, au développement durable social pour respecter les droits et les devoirs des hommes, des femmes et des enfants au travail. Toutes ces mesures visent à lutter contre les abus insupportables. Comme récemment ce reportage mentionnant les conditions de travail des ouvriers indiens et pakistanais à Dubaï. Pour construire des palais luxueux, ils sont entassés à plusieurs dizaines par terre dans des pièces, avec une hygiène rudimentaire des horaires incroyables de 14 heures par jour sous 50 degrés au soleil ? Il y a des morts à déplorer chaque jour et plusieurs suicides par semaine.
Ces nouvelles mesures de protection des hommes, des femmes et des enfants est en réponse à notre expansion économique qui ne voit pas de limites et qui se fait la plupart du temps au détriment des populations les plus défavorisées.
Notre illusion de croissance ne créée pas que de l’abondance elle créée aussi de la misère, de la souffrance et pas uniquement à l’autre bout du monde, nos rues en sont le témoin patent.
D’où les créations de diverses ONG telles qu’Amnisty International, Unicef qui luttent aux côtés d’organismes officiels et internationaux comme l’Onu, l’Unesco, luttent pour la dignité humaine.
De la souffrance à la violence
Cette richesse outrancière peut aussi conduire à la violence. Car la souffrance et la misère engendrent des souffrances et souvent des jalousies vis-à-vis de ceux qui ne souffrent pas et qui ont « réussi ». Ce qui conduit alors très souvent à des actes de violence. Celle-ci apporte son cortège de peurs, notamment de l’autre. Et nous avons alors là le cercle vicieux dans lequel l’homme peut s’enfermer, souffrances, désirs, violences, peurs et à nouveau souffrances, etc.
C’est ainsi que le constat que nous réalisons est que principalement c’est bien au cœur de l’homme que l’on va retrouver tous les germes de la guerre comme ceux de la paix.
Si nous voulons vivre en paix, il va alors être question de regarder notre contribution au monde, déjà dans notre proche environnement et ensuite plus généralement dans les différents niveaux d’influence que nous pouvons avoir.
Alors se pose la question de savoir si nous sommes vraiment matures pour la paix et si nous la réalisions aujourd’hui effectivement.
L’exigence de conscience
Car agir dans la paix implique une exigence au quotidien afin de ne pas entretenir la violence et la haine autour de nous. Et ceci ne peut se faire que tout autant qu’un certain degré de conscience a pu être atteint.
Pierre Rabhi ou Charles Rozjman tous deux impliqués dans des luttes pour la sauvegarde de la terre ou contre la violence, différentes facettes pour proposer de nouvelles alternatives à notre mode de fonctionnement actuel sont arrivés, tous deux, à la conclusion que pour faire changer de comportement les personnes qu’elles soient engagées à respecter l’environnement ou tout autre type de combat, cela ne peut se faire que si chacun atteint un niveau de conscience qui lui permet d’agir tous les jours en respect avec son idéal. Pour que les choses changent, il est essentiel que les actes quotidiens soient emprunts de cohérence et d’éthique.
Rappelons-nous ce que l’on appelait les bigotes de bénitier, (peut-être y avait-il aussi quelques hommes !) c’est-à-dire ces femmes qui allaient tous les jours à l’église et à la messe. Ce qu’on reprochait à certaines d’entre elles, c’est d’avoir des attitudes de dévotes à l’église et dès qu’elles en étaient sorties, disaient pique pendre de leur entourage. Elles connaissaient les rituels, avaient les apparences de femmes croyantes mais leur cœur n’avait en rien évolué. C’est une des nombreuses cause de désaffection de l’Eglise. Le manque de cohérence et ceci à tous les niveaux.
Il en est de même de tous les projets humanistes, dont la paix.
Cohérence et éthique
Cohérence et éthique ne sont pas que des mots, ce sont des principes fondamentaux qui conduisent l’action. Et ceci ne peut se faire que par une prise de conscience de nos attitudes quotidiennes et aussi de notre mode de fonctionnement.
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