Institut Psychanalyse & Management
Souci de l’autre, de soi et quête d’insouciance.
Entre illusion et réalité dans les organisations.
La jeune génération vient questionner le monde de l’entreprise
Nombreux sont les managers qui commencent à être en difficulté face au management de jeunes recrutés de la classe d’âge des 20-25 ans.
Evidemment, nous pourrions y voir le traditionnel conflit de générations qui, depuis Héraclite notamment, conduit chaque génération à dire que la suivante a perdu toutes les valeurs des anciens. Une fois cet aphorisme moralisateur passé, peut-être y aurait-il malgré tout une indication d’un air du temps qui pourrait être prise en considération.
L’entreprise est le lieu normé par excellence, tout ce qu’elle produit nécessite de passer par la codification et les processus. La qualité, avec récemment la méthode Six Sigma, pousse, à l’extrême, la quête du zéro défaut et donc de la rationalisation des tâches, des rôles et des processus de travail. Les procédures financières et comptables sont, elles aussi, de plus en plus exigeantes. En un mot, l’univers de l’entreprise est normé, procédural et contraint. Il n’est certes pas que cela, mais il l’est principalement. Les exigences de rentabilité, de profit, d’efficacité et de recherche de marges font la chasse au gaspi, aux défauts et à tout comportement déviant qui pourrait faire perdre du temps. Les temps relationnels sont ainsi traqués, rappelons-nous ce que disaient certains DRH au moment de la mise en place des 35 heures : « nous allons éliminé les temps morts ». Afin de maintenir le volume de 35 heures, les entreprises avaient diminué les temps de repas et de pause considérés comme morts. No comment.
L’évolution démographique conduit la génération des papy boom à partir de manière massive d’ici 2010, même si cela crée une « superbe » occasion de limiter les recrutements, il est évident que les entreprises ne pourront pas faire l’économie d’intégrer un nombre significatif de jeunes. Evidement, une classe d’âge n’est pas homogène dans sa typologie, surtout depuis que notre société est identifiée comme morcelée et tribale. La question se pose de savoir comment accueillir ces jeunes aux références multiples dans un environnement contraint comme l’est l’entreprise ?
Nombreux sont les managers dans les PME, les grandes entreprises nationales ou multinationales qui font état du constat suivant. La préoccupation principale de la majorité des jeunes recrues, dès l’embauche, est de savoir ce qu’ils auront comme avantage sociaux, comme vacances, comme temps de récupération et comme perspective d’augmentation.
La motivation traditionnelle propre aux jeunes entrants, à savoir l’envie de se dévouer pour l’entreprise, de faire carrière et de donner temps et énergie pour progresser est révolue. Les temps ont changé et avec eux les motivations, les valeurs et les priorités.
L’observation sociologique des jeunes notamment faite par les équipes de Michel Maffesoli ou encore les travaux de Laurent Mucchielli pour rendre compte de la violence urbaine mettent en exergue une transformation des centres d’intérêt, résultat de l’évolution du contrat social entre l’entreprise et ses salariés.
Avec la mondialisation des échanges, les règles économiques ont changé et les rapports humains et sociaux également. L’organisation se focalise essentiellement sur ses résultats financiers et elle va chercher à optimiser ses coûts ce qui se traduit bien souvent par réaliser des coupes sombres dans les effectifs. Ainsi les jeunes de 20 à 25 ans ont-ils vu leurs parents vivre le chômage. Ils ont connu la rupture familiale liée à la crise d’identité et à la dépression d’un père qui n’a plus la fierté d’un métier pour justifier de son existence sociale. L’imago maternelle rassurante que représentait autrefois l’entreprise est aujourd’hui vécue comme le mauvais objet kleinien, réveillant les fantasmes de morcellement, de dévoration et d’anéantissement.
Depuis 1973, le chômage touche toutes les catégories et notamment les jeunes générations. Se sentant trahies par l’entreprise, elles réagissent en s’investissant dans les valeurs sûres qu’elles identifient comme leur apportant du sens et réponse à leur quête intérieure. Ces nouveaux territoires d’investissements affectifs et identitaires sont la sphère personnelle, la famille, les loisirs et les conditions de réaliser de manière satisfaisante une vie personnelle que jusqu’ici les entreprises ont souvent gâché avec leurs parents. Soit que certains se soient voués corps et âme à leurs entreprises délaissant de manière dommageable parfois la sphère privée, soit que d’autres, comme nous l’avons dit, aient été rejetés du système par des licenciements expéditifs.
Le travail n’est alors plus la seule voie de réalisation personnelle et l’argent gagné est un moyen pour satisfaire d’autres priorités. Bien évidemment, il ne s’agit que de l’une des multiples causes du changement d’attitude face au travail. Nous allons à présent faire le parallèle entre l’évolution significative du cadre de références des jeunes pouvant les conduire à manifester l’insouciance comme un souffle de vie dans l’entreprise et des changements de société plus fondamentaux qui comme une vague de fond déterminent les modifications structurelles de nos modes de pensées.
Les composantes du paradigme
Il est fréquent que tout bascule à la suite d’une découverte de la physique. Rappelons-nous les conséquences incroyables des théories de Galilée et Copernic. Elles ont, en effet, totalement révolutionné nos représentations du monde ainsi que la place de l’homme dans l’univers. Et les conséquences plus ou moins directes ont conduit aux philosophies des Lumières. Au début du XXeme siècle c’est Einstein qui, avec sa théorie sur la relativité, a contribué à faire basculer nos références. Les conséquences de sa découverte ont relégué encore davantage la place de l’homme dans l’univers jusqu’à ce que certains scientifiques puissent dire que finalement le fait que la vie apparaisse sur la terre fut un « accident de parcours ».
La relativité d’Einstein a eu pour effet l’avènement de la physique quantique qui avec la théorie du chaos, remettant en cause les principes de bases de la causalité linéaire, a fait apparaître la notion de complexité. Celle-ci décrit la complexité du réel qui a des conséquences déterminantes tant sur l’appréhension de notre quotidien que sur nos modes de pensée.
Notre mode de pensée est caduc
L’autre aspect fondamental des conséquences des théories de la relativité est la mise en exergue de la notion de complexité. On la retrouve dans les entreprises, qui depuis la cybernétique, ont tenté d’expliquer les interactions organisationnelles par la dynamique systémique. C’est pourquoi Michel Crozier a expliqué les réactions paradoxales et parfois incohérentes des acteurs par la variété de leurs motivations à agir. Car les évolutions parallèles technologiques, notamment avec Internet, économiques avec la mondialisation des échanges et géopolitiques avec la chute du mur de Berlin ont conduit à repenser le modèle du monde et de l’homme. 1989 a été une date clé dont Francis Fukuyama parle suffisamment bien avec La fin de l’histoire pour montré qu’un modèle s’est effondré avec les pierres du mur. L’équilibre bipolaire a fait place à l’hégémonie d’une seule puissance entraînant la mondialisation. Ce qui évoque alors l’omniprésence maternelle dans laquelle le bébé se noie, tant il est en symbiose avec la mère. Et nous constatons que la mondialisation, qui a conduit certains à dire que le monde est à présent « un village mondial », a généré des angoisses identitaires qui se traduisent pas des conservatismes et des besoins d’exprimer, à nouveau, des particularités régionales. De la même manière, dans les entreprises, le sujet est noyé dans ces systèmes organisationnels, informels, non maîtrisables et de crainte de se diluer dans ce magma multiforme, cela explique partiellement son besoin de se réfugier dans l’individualisme, forme sociale du narcissisme, encouragé par le marketing et la consommation.
Toutefois, ce n’est pas la seule conséquence de la complexité. Elle nous conduit aussi à revoir notre mode de pensée multimillénaire. Et ceci est inquiétant, déroutant et nécessite un long temps d’adaptation. Il semble que l’être humain dans la société civile y parvienne progressivement, plus libre finalement d’exprimer les soubresauts du paradigme naissant. Tandis que dans l’environnement normé et moderne de l’entreprise, l’homme hypermoderne, pour reprendre les termes de Vincent de Gaulejac, est pris dans la folie économique qui s’est emballée et qui ne sait plus s’arrêter. L’entreprise incarne alors dans ses fonctionnements organisationnels l’excès de modernité qui perd tout sens. Et les violences explosent un peu partout pour exprimer le malaise de la civilisation.
L’anthropologie a mis en évidence les origines de notre appréhension du monde et comment la lecture de notre environnement a conditionné notre mode de pensée et notre rapport à autrui.
Françoise Héritier nous explique que depuis des millions d’années l’homme a observé le monde et a constaté qu’ils était composé d’éléments opposés : jour / nuit, cru/cuit, homme / femme. Ceci a alors façonné notre manière de penser et nous avons une appréhension binaire des choses. C’est soit ça ou ça. Il nous est donc difficile de concilier les contraires.
Par ailleurs, l’homme étant l’un des animaux les moins bien équipés, afin de survivre, nous avons été contraints de nous regrouper en clan, le plus souvent dans des grottes. Cela a déterminé notre rapport à autrui, à l’étranger. Il y avait ceux qui étaient comme nous, les mêmes, qui rassurent et ceux qui étaient différents et qui incarnaient alors un danger. Ce qui explique alors que notre rapport à l’altérité a toujours été basé sur la confrontation, la suspicion et l’intolérance.
Ainsi depuis que l’homme s’est développé, il a construit les références de son mode sur la dualité et son rapport à l’altérité sur la menace que représente l’autre. Ceci ayant également été renforcé par ce que les successeurs de Darwin ont conservé de ses théories. Réduisant sa réflexion, seule la théorie de la compétition et de la sélection naturelle des espèces a été retenue. Pourtant les lois de coopérations sont largement observées par les biologistes et les éthologues. Ce parti pris n’a alors fait que renforcer cette part phylogénétique « naturelle », c’est-à-dire instinctuelle.
La relativité d’Einstein, comme son nom l’indique est d’apporter la compréhension d’un monde plus complexe dans lequel les causalités ne sont plus linéaires et où il existe des espaces, des temps où les contraires ne s’opposent plus et peuvent se concilier.
Il s’agit alors véritablement d’une révolution et nous pouvons comprendre comment et pourquoi il nous est si difficile d’absorber un tel paradigme.
Einstein balaie d’un revers de manche des millions d’années de conditionnement. Pas étonnant que l’humanité tressaille et soit mal à l’aise. Avec la physique quantique c’est la fin de la maîtrise des mondes connus et donc la nécessité de repenser tous nos référents.
La place de l’homme remise en cause
En quoi ce nouveau paradigme est-il inquiétant ?
Nous prenons conscience avec le relativisme qu’après avoir cru que nous étions au centre de l’univers, nous sommes un élément toujours plus minuscule de l’ensemble, nous découvrons que nous sommes un accident de parcours dans le processus du vivant. Ceci ne peut pas être sans incidence sur nos représentations et par conséquent sur nos actions aussi bien individuelles que collectives.
Etre de plus en plus inexistant, nous approcher du néant, c’est flirter avec la mort et nous conduire à chatouiller inconsciemment notre angoisse existentielle.
Indiscutablement cela relativise notre narcissisme. Nos fantasmes sont remis en cause et la toute puissance narcissique est encore une fois mise à mal, pour autant le sujet ne pourra probablement pas se satisfaire de ces nouvelles limitations et relativités. La question est alors de savoir comment il va s’y prendre pour investir de nouveaux champs ? Comment ses fantasmes évoluent-ils pour trouver une place « nécessaire » dans un environnement plus complexe et le reléguant toujours au contingences sociologiques plutôt qu’aux motivations intrinsèques et psychologiques de son action ?
Chaque nouvelle avancée scientifique contribue à remettre en cause nos certitudes, habitudes et références spatiales, temporelles ou relationnelles. Le progrès moderne qui devait apporter le bonheur, comme l’avait promis les philosophes a failli. Les barbaries du XXeme siècle en ont tragiquement illustré les limites. Ce même progrès qui nous précarise aussi bien économiquement que cognitivement. Le système économique fonctionnant presque seul, cherchant dans ses mécanismes, à optimiser les rentabilités des entreprises élimine chaque jour un peu plus les hommes qui les composent. Ces derniers représentent un problème patent de par leur indiscipline, leur irrégularité, leur manque de fiabilité, leur états-d’âme et leur revendications sociales.
Il n’est guère étonnant de voir alors des crispations égotistes et des excès de narcissisme fleurir un peu partout et en parallèle un état dépressif quasi généralisé faire la une des magazines de ressources humaines. Se sentir de plus en plus inexistant peut expliquer, en partie, le besoin de manifester l’angoisse, ce qui peut alors prendre la forme de violences polymorphes et multicausales.
L’impact sur notre narcissisme
La fin du XXeme siècle est un moment de grand questionnement pour les psychanalystes concernant leur pratique. A la fois par la concurrence d’autres pratiques psychothérapeutiques comportementales, aux effets de guérison annoncés plus immédiats mais d’autres raisons semblent expliquer le phénomène. Notamment, la répartition des pathologies dans la société change.
Le cadre de la psychanalyse freudienne était, au moment de sa création, plutôt adapté aux névrosés qui étaient majoritaires par rapport aux pathologies psychotiques. Aujourd’hui, le nombre de structures psychotiques et borderlines sont en sérieuse augmentation. Les hôpitaux psychiatriques et les prisons en témoignent. Les raisons de cette évolution sont multiples mais peuvent notamment être dues à cette relativité constante de la place de l’homme dans l’univers. Y aurait-il cause à effet entre la relativité et la complexité apportée par les travaux d’Einstein et l’augmentation significative de pathologies narcissiques polymorphes ? Le narcissisme de l’homme, tant des sujets que des collectifs humains, est largement ébranlé et semble devoir se repenser sur de nouvelles bases. Plus les frontières de l’univers sont reculées et plus l’homme se recroqueville sur lui-même. Ce qui pose alors cruellement la question du rapport à l’altérité et par conséquent des relations sociales entre les individus, de la manière de construire des collectifs. Il n’est donc pas étonnant de constater la détérioration des relations au sein des organisations. D’un côté, les pervers-narcissiques exercent des harcèlements sexuels ou moraux et de l’autre, les narcissiques mégalomanes conduisent leurs entreprises à la faillite pour avoir cherché à atteindre leur rêve de grandeur.
Chacun y va de ses conjectures rencontrant partout autour de lui la complexité, notamment aussi celle de l’explication, qui ne peut alors être que partielle. L’univers physique est en expansion et celui qui nous entoure également. La mondialisation fait, à l’échelle humaine et de la terre, exploser frontières, limites, espace et temps. Nos repères se désagrégeant, il n’est pas surprenant que cela soit aussi un facteur anxiogène expliquant par-là même les violences.
En réaction, on peut comprendre l’augmentation des besoins sécuritaires et du conservatisme, pour ramener le réel à une vision binaire, duelle et donc plus facile à appréhender. La complexité de la réalité est devenue insurmontable. S’en accommoder devient un défi personnel et individuel considérable.
Nombre de changements importants dans nos sociétés pourraient ainsi être considérés comme des conséquences indirectes des découvertes d’Einstein.
Le choc des plaques tectoniques
C’est ainsi que l’on pourrait dire qu’il y a rencontre de deux mondes. A la manière des plaques tectoniques, cela se traduit davantage comme une fracture, souvent manifestée par des violences, épiphénomène des malaises et des contradictions organisationnelles. Pourtant, il semble que cette incompréhension des deux environnements ne soit pas imputable qu’au seul fait du conflit de générations.
Nous formons l’hypothèse d’un conflit de paradigmes.
Paradigme moderne s’essoufflant
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Nouveau Paradigme en émergence
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Entre-deux paradigmatique = violences
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Lorsqu’un paradigme est moribond et que l’autre est émergent, leur rencontre créée un choc qui se traduit, notamment, par des violences sociales et des discours sur la décadence. Nous sommes très probablement dans cet entre-deux paradigmatique.
D’un côté, l’ancien, dit « moderne », toujours dominant qui repose sur le progrès et sa promesse de bonheur généralisé passant par la technologie. Depuis le siècle des Lumières, l’évolution des techniques et des technologies a d’abord apporté de réelles améliorations dans notre confort quotidien et puis progressivement sans garde-fou, l’économique a primé sur le politique et la sagesse philosophique. C’est alors que l’économique s’est établi en système et en pouvoir dominant, transformant les moyens de production pour une société plus heureuse en finalité marchande et mercantile dont le sens est perdu dans les rouages de la consommation à outrance.
Et de l’autre, le nouveau paradigme qui est en train d’advenir et qui est forcément encore mal défini. Certains paramètres balbutiant montrent un besoin de repenser les modalités de notre quotidien (place de l’homme dans la société, sa relation à l’environnement, rapport à autrui, au travail, aux institutions). Tout ceci est à revisiter.
Les violences illustrent l’entre-deux paradigmatique
Et dans l’intervalle c’est le sentiment de chaos, l’entre-deux paradigmatique. Ainsi la révolution physique d’Einstein, telle un tsunami ne cesse d’avoir des effets sur notre société et fait exploser nos cadres de références traditionnels. Et nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins. Un paradigme implose et l’autre ne parvient pas encore à dessiner clairement ses contours. Gilbert Durand qui a longtemps étudié l’anthropologie sociale et imaginaire a ainsi expliqué qu’il faut entre 200 et 250 ans pour que s’installe un nouveau paradigme. Et si nous plaçons le début du nouveau à la théorie d’Einstein, cela pose la date de 1905. Nous sommes donc au beau milieu.
Celui-ci se caractérise par une difficulté à concevoir le paradigme suivant, englués que nous sommes dans le fond ou le creux que l’on pourrait qualifier de matriciel.
Ce qui nous conduit à faire un parallèle avec les eaux primordiales du temps des origines mythologiques, que l’on nomme aussi soupe chaotique où rien n’est encore précisément défini. Tout est en germe, tout est à venir. La vie est là fourmillante, mais encore en désordre. D’où les phénomènes de violence liés au délitement des repères anciens et au manque de structure et de clarté des nouveaux. Il est alors question d’identifier les fils qui vont permettre de dénouer la pelote des vitalités informes de manière à pouvoir créer de nouvelles opportunités, une renaissance de notre société.
Une France en quête d’identité
L’entre-deux paradigmatique se traduit par la multitude des secousses sociales, tout du moins en France. Ce qui a eu pour conséquence d’ébranler un certain nombre de vérités établies. Notamment avec 1968 qui a remis en cause le paradigme de l’autorité.
Et depuis les hommes et les femmes se cherchent, chacun tentant de se construire ou de se reconstruire au gré des fluctuations des institutions sociales et des rôles sociaux qui évoluent.
Le féminisme a radicalisé la position féminine. Beaucoup de femmes se sont prises pour des ersatz d’hommes en cherchant à s’affirmer et à prendre une position dans un monde économique aux valeurs et critères masculins. A présent qu’elles ont « volé » la culotte aux hommes, ceux-ci sont à la recherche d’une nouvelle identité, détachée de la fonction du Père, trop longtemps assumée, et bien souvent contre leur gré.
Il est alors question pour chacun de retrouver une place existentielle et sociale et de redéfinir leur rôle autant comme acteur social que comme appartenant à un genre défini masculin ou féminin.
Cette nécessaire recomposition des repères que l’on peut voir se profiler dans d’autres domaines de la société (économique, écologique, scientifique, politique, etc.) implique une exigence très forte pour chaque individu. Ce qui a conduit Ehrenberg à parler de la fatigue d’être soi. Face à ce travail titanesque de construction identitaire à la carte puisant dans le panier intarissable des référents multiples, beaucoup baissent les bras. D’autant que s’ajoutent les exigences toujours croissantes des entreprises demandant à chacun d’être toujours plus performant. Ce qui se traduit par des compétences à ajouter en permanence dans son cheminement professionnel. Ceci est alors très difficile à vivre et il ne semble pas qu’un répit soit possible.
Alors face à cette complexité de référentiels, certains choisissent la simplicité de modèles culturels plus dichotomisés où les rôles sont clairement identifiables et définis. Ce qui explique alors qu’à la suite d’une liberté apparente des mœurs des années 80/90, aujourd’hui il semble qu’il y ait une sorte de retour en arrière, conservateur où la femme redevient un objet, où l’homme réapparaît comme très macho. Et alors plusieurs générations se succèdent arborant autant d’identités différentes que d’âge, de classe sociale et d’appartenance multiples. Cette diversité identitaire peut aussi conduire à des violences. Face au désarroi d’une réalité trop riche et trop complexe, le risque est la radicalisation et le repli. Ce qu’Huntigton a voulu exprimer avec son choc des civilisations.
La société est en quête de référents et les reconstitue au travers de groupuscules, encore nommés tribus, qui développent une cohérence en leur sein, partageant pratiques, valeurs et cadres de références. Cependant cela constitue davantage une société éclatée en petites minorités qui ne se rencontrent pas qu’une société, certes plurielle, mais ayant une identité claire.
A cela se rajoute l’individualisme développé par la société libérale et la consommation qui fragmente la société et rend chacun isolé, perdu dans l’anonymat citadin.
Alors dans cette forêt de nouveaux référents, le sujet devant chaque jour se reconstruire une identité afin de ne pas se voir dilué dans des espaces sociaux plus
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