De l’importance
des mots pour changer le monde
Vers un vocabulaire de la paix
Nous changeons le monde par ce que nous sommes pour paraphraser Gandhi et si nous sommes habités de valeurs d’amour, de compassion, de fraternité et de paix notre vocabulaire et nos mots
vont alors refléter ce que nous sommes et se traduire ensuite dans nos relations et nos actes.
Le vocabulaire guerrier omniprésent dans notre quotidien
Il est vrai que le vocabulaire guerrier est omniprésent dans notre quotidien : « nous sommes des légions, des bataillons », « nous allons débuter
les hostilités » (heureusement il y a aussi festivités !), trouver « une fenêtre de tir », je fais ceci pour être « mieux armé », nous sommes des « guerriers de
lumière » ou « soldats de la paix », ce qui est un summum ! etc… Ce qui a conduit à passer de la djihad intérieure à la djihad contre les infidèles (déformant les termes
du Coran en interprétant qu’il s’agissait d’ennemis extérieurs et non de la part de soi à apprivoiser pour s’élever vers l’amour).
Dresser la liste des mots qui évoquent la guerre et notamment ceux que chacun d’entre nous utilise au quotidien, est un exercice tout à fait intéressant qui permet
de prendre conscience que dans certaines circonstances nous ne disposons pas d’autres mots / images, que ceux du registre guerrier, pour rendre compte de notre pensée. Il n’est alors pas étonnant
que la violence se perpétue, même si, bien entendu, ce n’est pas le seul facteur.
Ce n’est pas parce que notre vocabulaire courant s’est construit sur celui de la guerre, qui est une des activités majeures de l’humanité, que nous ne pouvons pas
décider, en conscience, de trouver d’autres mots pour rendre compte de ce que nous voulons faire et dire. Notre niveau de conscience évolue, nous changeons et de ce fait nous avons besoin de
modifier nos représentations et la symbolique qui la sous-tend, à savoir les mots pour le dire. Car le vocabulaire que nous employons reflète notre pensée et se traduit ensuite dans notre
quotidien.
Les limitations à passer à un vocabulaire de paix :
Toutefois ce qui peut limiter considérablement cette évolution du langage, c’est-à-dire des symboles et par la suite de nos actions c’est que la plupart des gens
croient qu’utiliser des mots tels que : « lutter contre quelque chose » a une plus grande efficacité que de dire s’engager pour…. Le poids du
déterminisme de l’évolution de la vie nous fait croire, - croyances enfouies dans nos cerveaux les plus anciens, reptiliens et limbiques -, que seul le combat est la possibilité de la survie. Des
millions d’années se sont passés sur ce modèle. Cependant, l’espère humaine, dite la plus élevée sur l’échelle de la vie n’a plus de prédateur autre qu’elle-même. De ce fait elle n’a plus de raison de se conduire comme si elle était sans cesse menacée par un tyrannosaure rex, alors que la nature
dans son extrême « bonté » a eu « l’intelligence » de séparer nos espèces de plusieurs millions d’années.
Donc, nous n’avons pas d’autres prédateurs que nous-mêmes et nous nous appliquons les réflexes des animaux en situation de survie, alors que nous avons acquis la
conscience de nous-mêmes, de nos actes et de leurs conséquences. Alors pourquoi nous battre pour des territoires, des ressources et pourquoi ne pas rechercher des attitudes de
collaboration ? Comme il semble que nous ayons du mal à évoluer par notre seule conscience, le fruit de notre cerveau a aussi inventé la science pour accélérer le processus de développement
de la conscience. Rappelons-nous comment au XX° siècle nous avons battu des records de cruauté et de barbarie entre les génocides, camps de la morts, goulags et bombe atomique. A nouveau les
propos de Rabelais viennent nous rendre attentifs au fait que « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » et de l’homme en l’occurrence. Les évolutions technologiques
nous conduisent aujourd’hui à un tel niveau de complexité des problèmes engendrés par nos « sur »-consommations, sur-productions en tout genre, notamment d’armes et sur-populations que
nous ne pouvons pas les régler par la guerre sans prendre le risque de dégâts majeurs. D’autant que l’arme nucléaire est omniprésente sur la planète, l’initiative Global Zéro soutenue par
Vladimir et Barack Obama laisse penser que le risque est désormais excessivement grave.
Alors pourquoi ne pas essayer de changer par la paix et la coopération ? Nombre d’initiatives sont déjà en cours et ceci depuis de nombreuses années, alors
tentons, à notre tour, par notre attitude intérieure de contribuer à ces actions extérieures.
La recherche de stimulations
Ainsi, « grâce » à notre cerveau limbique, nous sommes convaincus qu’il existe davantage d’efficacité dans l’agressivité, le combat, la lutte…. car nous
pensons que nous obtenons plus de stimulations et d’intensité dans les attitudes agressives que pacifistes.
Pourtant la force, l’énergie, la mobilisation à agir, l’enthousiasme à changer le monde et la joie à partager l’amour, la paix et la fraternité sont des énergies
éminemment positives et tout aussi galvanisantes, voire plus. Il suffit juste d’en tenter l’expérience et de donner les conditions pour que le plus grand nombre y ait accès.
Alors disons avec des mots neufs ce que nous voulons faire... pardon ! ce que nous faisons déjà : à savoir participer à un nouveau monde.
Décider de changer de représentations
C’est face à ces croyances qu’il est important de nourrir autrement nos représentations afin de les faire évoluer. Car l’énergie de vie, détachée de l’opposition,
est bien plus faramineuse que celle perdue dans le conflit et le combat… Si nous décidons de délier notre énergie de vie alors tout devient stimulant et joyeux. Tous les sages qui sont parvenus à
l’individuation décrite par Jung, à la liberté telle que la décrit Krishnamurti ou encore à l’éveil comme l’a montré Bouddha ou tout simplement à la sagesse comme nous l’a indiqué Socrate n’ont
plus eu besoin de perdre leur énergie dans des combats stériles. Ils ont déployé une extraordinaire efficacité de pensée et d’action de par la qualité de cœur qu’ils savaient mobiliser. Gandhi en
a été un vibrant exemple. Par leur détermination à sortir des limitations de toutes sortes, ils ont su s’harmoniser avec l’énergie de la vie, pour suivre les principes de Lao Tseu. Ils ont
accueilli la vie qui comme un flux, sans obstruction et refus de sa dynamique propre ce qui leur a permis de déployer la puissance et la joie que confèrent l’émerveillement quotidien face à la
prodigalité de la vie.
Les croyances sont entretenues
Ainsi malgré ces fameux exemples voilà que bien souvent nous nous faisons reprendre par nos archaïsmes. Les raisons sont multiples, prenons en quelques-unes.
Examinons la manière dont ces croyances sont entretenues.
Je me souviens d’un psychanalyste lacanien qui lors d’une conférence sur la paix, nous faisait part de sa représentation et conviction de ce qu’est l’être humain, il
reprenait à l’envi les propos de Hobbes : « L’homme est un loup pour l’homme ». Peut-être dans bien des cas, cependant, nombreux sont aussi celles et ceux qui démontrent,
de par leurs actions, leur manière d’être au quotidien et tout au long de leur vie qu’autre chose est possible. Et il suffit de peu de choses pour réveiller en chaque être humain le pire ou le
meilleur. C’est pourquoi il appartient à chacun de nous de décider, en conscience, de quelle part d’humanité nous avons envie de voir grandir. Celle des archaïsmes millénaires, fruit de
l’évolution de la vie, de la part animale que nous avons pervertie pour qu’elle devienne sadisme et cruauté ou de la part qui nous permet de voir en chaque homme ou femme un trésor d’amour, de
richesses à faire s’exprimer.
Le conditionnement religieux
On ne remet pas en cause la parole du maître
Le poids de l’étymologie
Redonner ses lettres de noblesse à la paix
La paix comme voie de salut à l’humanité ?
Changement qui pourra s’opérer grâce à des attitudes de solidarité, de coopération, d’intelligence collective qui reposent sur des valeurs de paix, c’est-à-dire de
respect d’autrui, de considération de l’autre comme ayant autant de valeur que soi. Pour y parvenir nous devons alors dépasser nos déterminismes et les archaïsmes de notre patrimoine
phylo-génétique, trans-générationnel et surtout psycho-social.
Employer quotidiennement des mots de la paix contribuent progressivement à modifier notre pensée, nos paroles et nos actes. Nous allons grandir dans la paix avec les
merveilleux mots que nous allons nous adresser et proposer à autrui. Et pour cela il faut oser sauter dans la confiance d’un monde qui change, opérer un saut quantique, de la liberté d’être qui
je suis et non pas déterminé par autrui ou « contre » lui…
Changer le monde c’est aussi prendre la liberté de surfer sur l’énergie de la vie, de la beauté, de la paix, de l’amour qui est au-delà de tout et précisément
au-delà des batailles, des guerres et des luttes !
Alors essayons de nous engager, de proposer de partager, d’agir ensemble, de coopérer, de réaliser des synergies, autant de verbes d’actions, positifs et qui
conduisent à faire AVEC !
Et vive la vie !
Christine Marsan
27/11/2008 et terminé le 8 février 2009.
Nous devons être le changement que nous voulons pour le monde. Gandhi.
Je ne suis pas du tout sûr par contre que la Vie n'ait pas d'intention ! Elle a celle de nous permettre d'expérimenter la Matière pour nous connaître nous-mêmes et acquérir la "Conscience toute Consciente" qui permettra à l'humain encore animal de devenir véritablement HUMAIN.
Merci pour cet article très intéressant.
je me prermettrais une suggestion concernant les termes utilisés. Je partage votre réflexion sur le terme non-violence et n'apprécie que modérement le mot paix un peu mièvre à mon goût et irité du vocabulaire guerrier in fine.
Pour moi la vraie exigence n'est pas tant la recherche de la paix (c'est un minimum non !!) mais celle de l'harmonie.
L'Aikido, voie de l'harmonie et philosophie de l'action donne beaucoup de clés par rapport à cette quête d'un monde meilleur.
Dans mes prohains ouvrages je démontre tout le conditionnement que nous avons vis-à-vis du mot qui participe au fait de "s'interdire" de la placer comme valeur fondamentale à un autre monde.
Je suis daccord avec le synonyme "harmonie".