Crise, récession, spéculation…..
… ou l’opportunité d’une mutation de société ?
Partie III : Les potentialités du changement
1- Obama Président : la couleur du changement ?
Au-delà d’une élection américaine, Barack Obama symbolise le changement de société et avec lui c’est
l’accès au nouveau paradigme qui est en jeu. Ce qui explique aussi pourquoi la planète entière est rivée sur les élections. La tempête boursière a accru la pression sur la nécessité de changer,
tout comme évidemment par effet de compensation bien humaine, les frilosités et résistances collectives au changement. Et qu’est-ce qui est fondamentalement en jeu avec Obama ?
1-2 Nos représentations millénaires du blanc et du
noir
Il est ici question dans ce paragraphe de représentations et de symboles qui nourrissent notre imaginaire, notre manière de penser et
d’agir.
Les « blancs » ont longtemps représenté la couleur qu’il fallait devenir, le summum étant d’être un homme blanc dans la
hiérarchie sociale imposée par l’Occident. D’où la quête pour beaucoup de « noirs » de chercher à éclaircir leur peau, problématique bien connue des Antilles. Et voici que le phénomène
gagne aussi l’Inde où le commerce des cosmétiques privilégie le fait de blanchir sa couleur de peau pour paraître quelqu’un de « bien ».
L’amalgame entre la couleur de peau, l’origine des personnes et les représentations que les couleurs véhiculent est basé pour
l’Occident sur l’imaginaire chrétien. Le noir est associé au sombre – obscur – occulte et ensuite par extension au mal et au diable tandis que le blanc évoque la lumière – pureté - virginité
–perfection et par extension les anges et le divin !
Avec un tel patrimoine culturel il n’est guère étonnant que la candidature de Barack Obama éveille tous les espoirs et exacerbe, dans
le même temps, les pires conservatismes. L’incertitude sur le résultat des élections aura lieu jusqu’au dernier moment, car, comme les organismes de sondage le constatent, le décalage entre les
discours sur les intentions de vote et la réalité des actions prend ses racines notamment dans la pression du politiquement correct du moment. Mais ensuite, seul, face à l’urne et à soi-même,
prendre le risque du changement est vraiment difficile. En quelques secondes se joue la pression sociale, la norme des amis, des groupes d’appartenance, le regard des autres et aussi sa
conscience. Et aussi le poids des déterminismes et des archaïsmes qui peut prendre le dessus au dernier moment, face à la peur des conséquences d’un changement véritable. Survient alors la
potentialité d’une régression dans le but de revenir à des valeurs sures, déjà éprouvées.
Si Barack Obama est élu, le changement prend la couleur des profondeurs et la lumière salvatrice devient alors
« noire ». Ce sera un véritable « tsunami » des représentations modifiant fondamentalement les mentalités. Car symboliquement la première
puissance mondiale (encore ces jours-ci) aura comme Président de la République un homme dont la couleur a toujours été attribuée aux personnes des pays « sous-développés », que l’on a
ensuite nommés « pays émergents », en regard de leur évolution économique. Mais pour beaucoup ces territoires sont occupés par des « sous-hommes » ! Evidemment cela ne
peut plus se dire ou s’écrire, mais cela peut se penser et surtout se traduire par un bulletin de vote. Ainsi si Barack Obama passe, quelle revanche sociale de la majorité de l’humanité et quel
potentiel de mutation !
1-3 Pourtant nous sommes tous africains
d’origine
Car ces représentations sur la qualité des personnes en fonction de leur couleur de peau démontrent un oubli manifeste de nos
origines. Tous les anthropologues s’accordent à dire que l’origine de l’homme est africaine. Notre berceau de civilisation humaine est noir ! Alors pourquoi avoir fabriqué cette dichotomie
et ces représentations clivées, binaires, manichéennes sources de tant de violences ? Pourquoi ? Si ce n’est pour asseoir des pouvoirs particuliers et créer des guerres de conquête.
Cependant si notre niveau de connaissance et de conscience a dépassé la célèbre controverse de Valladolid, les archaïsmes protectionnismes de la
race banche en déclin pourraient faire inverser la tendance du vote américain et, avec lui, les perspectives de changement de paradigme.
Ces attitudes racistes sont le patrimoine de nos peurs archaïques entretenues par la partie du cerveau limbique qui, comme les
anthropologues l’ont prouvé ont constitué notre comportement défensif pendant des milliers d’années. Face à l’agression perçue de ceux qui étaient hors du territoire du clan
ou de la grotte, l’autre, l’étranger, a été vécu pendant des milliers d’années comme différent et donc constituant une menace. Ce « patrimoine » se perpétue aujourd’hui encore
renforçant nos attitudes racistes. La couleur de l’autre étant l’expression paroxystique de la différence et donc contenant potentiellement la menace d’agression. Il n’est guère étonnant qu’il
nous faille faire tant d’efforts pour développer au quotidien des attitudes de tolérance et de respect de la différence d’autrui.
Si Barack Obama n’est pas élu pour des raisons de peur raciste et de crainte de voir basculer le monde dans une mutation pourtant
irréversible, il y a de fortes chances pour que la crise s’aggrave et que la récession s’accompagne de régression. Car si le vote penche pour McCain c’est alors l’installation de la régression
sous tous ses aspects : restriction des libertés, encouragements des guerres, créationnisme, remise en cause du droit à
l’avortement… Un véritable désastre face aux enjeux planétaires. Cela signifiera sans doute que la société n’est pas encore prête à faire le saut quantique du changement nécessaire.
Il sera aussi intéressant d’observer ce que ce bouleversement va avoir comme conséquence auprès des pays dont les citoyens pourront
s’identifier à Barack Obama.
1-4 Blanc et noir : Barack Obama est métis
En quoi cette dimension est-elle intéressante au travers de notre périple symbolique ? Parce qu’il représente à lui seul la
mixité, le mélange des possibles, la combinaison des contraires et donc il incarne la potentialité de réconciliation entre blancs et noirs et par conséquent des différentes formes d’extrémismes
racistes et sectaires. Peut-être est-ce cette dimension du changement que les électeurs vont choisir d’ici quelques jours ?
2- Le changement de paradigme immédiat ou différé ?
Alors nous faudra-t-il encore tomber plus bas, aller vers une crise encore plus profonde pour rebondir ? Ou pouvons-nous d’ores
et déjà prendre à bras le corps la tendance de cette société en mutation ? Pourtant, il y a urgence : écologique, sociale, humanitaire, économique. Mais nous touchons là le poids des
résistances collectives. Comme les changements en jeu sont aussi planétaires que fondamentaux, les peurs sont ravivées et les repliés observables. Tout va aussi se jouer dans la manière dont les
gouvernants vont accompagner, ou non, ce changement.
Si le besoin de pouvoir prime et aveugle certains dirigeants qui ne parviennent pas à concevoir un autre monde ou qui pourraient
l’imaginer mais délibérément ne vont pas conduire leur peuple vers les transitions qui s’imposent, alors le risque est de renforcer d’un côté les peurs et les scléroses en tout genre, et, de
l’autre les frustrations de tous ceux qui agissent déjà pour ce monde en transformation. Priver les citoyens des capacités de rebond, dont nombre d’associations font état au quotidien de la
réalité d’actions réelles et tangibles, pourrait être un détonateur supplémentaire et cause de révolte à court ou moyen terme. Car les mécontents de tous poils pourraient associer
leurs détresses et leurs insatisfactions pour se liguer contre des autorités qui n’apportent pas les réponses dont ils ont besoin et ne reconnaissent pas la réalité des efforts concrets réalisés
pour changer.
D’autant que la réalité du changement est là. Le nombre de personnes qui font changer le quotidien est impressionnant. Ce qui manque
cruellement c’est la visibilité des actions réalisées et sortir de la représentation largement partagée, et même par les acteurs eux-mêmes qui contribuent à ce changement, selon laquelle chacun
se croit seul et isolé, perdu dans un monde individualiste et donc impuissant à faire bouger collectivement les choses.
Face à la réalité des milliers d’actions concrètes réalisées tous les jours, il est urgent de changer de représentation, de cesser
d’avoir peur et d’hypothéquer le futur d’une angoisse de l’inconnu. Surtout lorsque l’on sait que tout notre pouvoir à créer demain réside dans ce que nous faisons aujourd’hui. A l’instar
de l’agriculture, si nous plantons des graines de radis, d’ici quelques mois, nous obtiendrons des radis. Alors si nous voulons un monde basé sur des valeurs qui respectent chacun et qui
permettent une indexation de l’économie sur la réalité, une place pour chacun, alors plantons les graines de nos représentations, de nos pensées et de nos actions pour qu’il pousse ce que nous
souhaitons.
2-1 Changer de quoi, pour quoi ?
Il apparaît important d’écouter cette complainte lancinante traversant les continents et les pays et qui, à la date des élections
présidentielles, devient le mot clé à brandir pour avoir des chances de gagner. Qu’il y ait un vent de changement c’est un fait (changement de paradigme) mais qu’est-ce que chacun met derrière ce
mot ? La question qui se pose est de savoir à quoi les gens aspirent lorsqu’ils réclament du changement : que souhaitent-ils ? par rapport à quoi espèrent-ils une évolution ?
et pour aller vers quoi ?
L’utilisation du substantif sans adjectif pour le qualifier peut laisser penser à une sorte d’imprécation, un désir polymorphe ou
indifférencié auquel, du coup, tout peut répondre. A contrario, aucune réponse n’apportera les solutions attendues puisque le contrat de départ n’a pas été posé entre les
citoyens et le Président élu. Contrat qui consisterait en l’occurrence à clarifier de quel changement il s’agit, quelle direction est visée et quels sont les moyens et les ressources pour y
parvenir.
Le danger pourrait être de tomber dans le piège de la notion fourre-tout correspondant au désir consumatoire de consommer le
changement pour lui-même et non pas pour répondre à un sens fédérateur, qui reste précisément à déterminer ou sur lequel se mettre d’accord. Ainsi répondre au slogan sur le changement apparaît
comme un outil de manipulation et de propagande électoraliste, car c’est dire aux électeurs que l’on va suivre le désir, mais quel est-il justement ? Il y a la potentialité pour la déception
et ensuite les frustrations et les colères.
Bien entendu, nombreux sont ceux qui ont les idées claires sur le sujet, toutefois, il me semble important d’harmoniser nos
représentations afin de vérifier que nous voulons tous la même chose et, si ce n’est pas le cas, ce qui est fort probable avec une société plurielle, alors d’envisager les réponses adaptées selon
les besoins.
2-2 Participer à un monde qui change est exaltant
Etre contemporain d’un monde en mutation est aussi exaltant que lorsqu’il s’agissait, à la Renaissance, d’explorer le Nouveau monde.
Aujourd’hui le nouveau monde c’est nous, les explorateurs et la terre à découvrir c’est toujours nous et nos enfants. Comment ne pas trouver grisant de savoir que nous sommes les acteurs du monde
à venir ? Evidemment c’est aussi une grande responsabilité, mais il est temps de déployer l’énergie de l’action et non plus les craintes de l’inertie.
Pour la première fois de l’humanité, de par le recul que nous permettent les technologies qui facilitent le partage des connaissances
et de la culture, nous pouvons avoir un regard réflexif – spéculatif !- sur l’histoire et pouvons, en conscience, faire évoluer notre humanité. Pour la première fois, les citoyens de la
plupart des pays ne sont plus condamnés à subir mais peuvent être partis prenante du monde qui change. Il est question d’avoir un peu de courage comme les électeurs des Etats-Unis ou au moins de
mobiliser l’enthousiasme que nous avions étant enfants pour nous réjouir de participer à cette reconstruction massive du monde que nous avons, pour beaucoup, laissé négligemment entre les mains
de quelques-uns qui n’ont pas eu que des objectifs collectifs.
Quel projet exaltant que de contribuer à penser, manifester et réaliser ce monde qui change ! Comme à la suite de la Seconde
guerre mondiale, il est question de reconstruction : essayons juste d’éviter de passer par l’étape guerre ! ou révolution dont nous savons combien elles sont meurtrières et
destructrices.
Et si précisément, le signe majeur d’un changement passait par la manière de gérer la transition, en douceur et en donnant les clés de
l’autonomie à chacun ?
3- Vers une humanité 3.0 ?
Plusieurs essayistes pointent du doigt l’évolution majeure de
notre civilisation et plus encore aujourd’hui de notre humanité. Nous avons produit des technologies dont ne parvenons pas à assumer les effets. Chaque semestre une amélioration technologique
permet de diffuser plus vite et partout des informations que ce soit par des débits de transmission accrus de données ou par des outils « nomades » tel que l’Iphone ou
l’Ipod par exemple. Si le confort de chacun réside dans le fait de pouvoir consulter partout les informations qu’il reçoit, il est de manière corollaire conduit à « devoir »
les traiter immédiatement. Ce qui amène alors à intégrer dans son quotidien cette dépendance à l’information, et donne le sentiment d’un temps qui s’accélère de par l’exigence généralisée de
réponse instantanée aux informations reçues.
La technologie résout le problème de l’ubiquité mais accroît la polychronie : nous devrions tous faire plusieurs choses à la
fois. Cependant, nous connaissons des limites physiologiques : une seule bouche, deux mains et donc une capacité très relative à gérer plusieurs choses en même temps. Aujourd’hui, nous
sommes limités émotionnellement et cognitivement pour appréhender la complexité.
3-1 Nous ne savons plus gérer la
complexité
Cette accélération perçue du temps contribue à l’augmentation du stress, c’est-à-dire que nombreux sont ceux qui ont le sentiment de
ne pas pouvoir suivre. Ce qui s’accompagne d’un développement significatif des addictions qui rend compte de cette faillite émotionnelle, physique et cognitive à gérer le monde que nous avons
participé à créer. La cocaïne tient une partie des traders dont nous voyons récemment les effets des actions indélicates de certains sur l’économie réelle. Et comme le dit une étude récente le
pire c’est que la prise de drogues se généralise. Effet des stupéfiants, effet de la vitesse, griserie du pouvoir ? Un cocktail explosif à n’en pas douter.
Physiquement nous avons du mal à tenir face à la constance de la machine (son seul problème c’est qu’elle tombe en panne. Ouf !
elle est aussi imparfaite !). Nos limitations physiques deviennent de plus en plus insupportables, ce qui explique l’une des réactions naturelle face à l’impuissance : la dépression qui
est en constante augmentation en France.
Les addictions peuvent aussi être vues comme l’expression psychologique, individuelle et collective d’une régression. Nous pouvons
comprendre le phénomène sociologiquement et envisager que nous repassons par les stades archaïques du développement psychique de l’individu comme un chemin à rebrousse poil en quelque sorte pour
trouver un nouveau souffle et repartir ensuite dans un autre niveau d’évolution de notre humanité ?
3-2 Le remplacement des humains par les
robots : science-fiction ou futur annoncé
Notre incapacité actuelle à gérer la complexité nous conduit à envisager différentes manières pour y répondre. Les pires sont celles
où l’être humain actuel est laissé de coté. Des recherches sont menées depuis plusieurs années par les armées des Etats-Unis, d’Israël, de la France et d’autres pays occidentaux pour mettre au
point un robot qui remplacera les soldats. Evidemment la bonne nouvelle c’est de ne plus envoyer d’homme à la guerre, toutefois, cela n’empêche pas les morts dans les camps adverses et surtout
cela ne supprime pas la guerre. Ensuite, si ces robots sont équipés comme les recherches japonaises pourraient le permettre à développer des robots auto-apprenants, la question se pose de la
nature des programmes initialement implantés. S’il sont été réalisé par des sociétés militaires, les robots en question sont programmés à tuer, s’ils ont ensuite la capacité d’apprendre que
déduiront-ils un fois qu’ils regarderont les limitations des être humains ? Comment les contenir à de simples légions officiant selon le bon vouloir des hommes ? La science fiction nous
prévient depuis longtemps des dérives possibles de la science. Et nombre de ses propositions, vécues comme farfelues ou excentriques en leur temps ont rencontré la réalité de la science quelques
années plus tard.
Si ce ne sont pas les robots, cela peut être des mutants ? La médecine tente de remplacer régulièrement des parties du corps pour
continuer à faire vivre les hommes. La question qui se pose est où se situe la limite ? A partir de quand sommes-nous encore des êtres humains et quand devenons-nous des êtres
hybrides ? Là encore la science-fiction a cherché à nous prévenir. Mais souvent en vain, car nombreux sont les adolescents fervents de science-fiction qui deviennent ingénieurs ou chercheurs
notamment pour concrétiser les chimères qui les ont fait rêver enfants. Toutes les machines de Jules Vernes ont été réalisées.
Troisième option, c’est la reproduction du cerveau humain, dans la totalité de son fonctionnement. Des laboratoires aux Etats-Unis et
en Israël travaillent sur ce projet pharaonique de reproduire la totalité des capacités du cerveau humain. L’objectif fixé est 2020 et vingt après connecter la potentialité virtuelle de tous les
cerveaux humains. Si cela devenait une réalité, à nouveau, en quoi des cerveaux virtuels qui pourraient piloter des robots auraient-ils besoin d’humains qui mangent, qui ont des états d’âme, qui
sont malades, qui dorment, qui ont des émotions ?
3-3 Sommes-nous capables d’un saut darwinien dans
l’évolution de l’humanité ?
Alors la chance de l’humanité 3.0 c’est de décider, en conscience, d’utiliser notre patrimoine d’évolution. Nous détenons ce capital de transformation dans notre néo-cortex. C’est dans cette partie du cerveau que nous avons la possibilité de créer le monde que la complexité
que nous avons créé nécessite.
Soit nous décidons volontairement de développer notre potentiel à franchir un nouveau cap de notre humanité, soit nous laissons les
laboratoires se charger de nous reléguer à l’obsolescence. Personnellement, je préfère relever le défi d’une humanité qui peut, par elle-même, sans l’appui de
la technologie, accéder à penser et gérer la complexité que nous avons fabriquée. Considérons que nous avons créé les conditions darwiniennes pour booster notre propre évolution et donnons-nous
les moyens de la mutation.
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