Crise, récession, spéculation…..
… ou l’opportunité d’une mutation de société ?
Rien n’arrête une idée dont le temps est
venu. Victor Hugo
Notre société - aussi bien la société mondiale qu’occidentale ou française - est à un tournant majeur de son évolution.
Notre modèle économique a combiné science et finance oubliant le principe de Rabelais selon lequel science sans conscience n’est
que ruine de l’âme, alors le système tourne sur lui-même, comme fou conduisant aux faillites des banques et la remise en cause fondamentale de notre modèle économique. Ce qui pose alors la
question du progrès (comme modèle du paradigme moderne) désolidarisé des racines et de ce qui fait sens. Les citoyens et les salariés, face aux incohérences et aux paradoxes, crient leur
souffrance et leur stress, et réclament sens, bienveillance, bien-être et respect. La plupart souhaite construire ensemble, un sens qui mobilise le corps social par une intelligence collective,
permettant de relever les défis que nous avons créé et les menaces environnementales et sociétales que nous avons laissé dériver.
1- De quoi parle-t-on ?
Lorsque l’on parle de crise, rappelons-nous que son étymologie est tirée de l’environnement médical et nous rend attentif au
fait qu’elle est, par essence, éphémère, ponctuelle, passagère, « un moment critique ». Et voilà que nous en parlons depuis
plusieurs décennies maintenant. D’aucuns voudraient nous faire d’ailleurs voir les années récentes 2005 à 2007, comparée à aujourd’hui comme des moments de croissance assez exceptionnels.
Ce serait oublier bien facilement les unes des journaux et des magazines évoquant, à l’envi, le malaise des français, ou les titres de livres sur l’Effondrement de nos civilisations.
Ce phénomène qui dure explique alors la raison pour laquelle le mot récession est préféré par les économistes, depuis le
milieu du XX° siècle, car il rend davantage compte de la durée du phénomène.
Et tout l’enjeu est là . Est-ce que cela va durer ou non ?
La question n’est alors pas de chercher à prédire l’avenir que de trouver des alternatives viables qui mobiliseraient l’ensemble des
citoyens vers un futur volontairement construit et non pas de subir, apeurés et impuissants, une inertie proche de la sinistrose.
J’ai gardé le meilleur pour la fin. Spéculation. Il est tout à fait passionnant de voir l’évolution du mot dans le temps. Au départ,
il signifiait observer attentivement « les phénomènes naturels, dont spécialement les astres ». L’attitude spéculative du philosophe se
rapprochait alors de celle méditative du sage. Ce n’est qu’à la fin du XVIII° siècle que l’acception évolue passant de : « réfléchir » à celui de « profiter des fluctuations
naturelles du marché pour réaliser des bénéfices. 1792, Robespierre. » Enfin, un autre sens tout à fait intéressant pour « observer » notre société sous un autre œil, est celui de l’origine du mot
dérivant de speculum qui était un objet d’observation dont la surface intérieure forme un miroir. Je reviendrai sur ce point. Toutefois,
à ce stade, nous pouvons retenir l’aspect superficiel de l’image, du reflet de quelque chose plutôt que de la chose elle-même.
1-1 Un florilège de crises :
Comme je le mentionnais dans la Newsletter12Changement, nous assistons à un cortège de
crises : « Elle est à la fois celle des subprimes, des liquidités, de l’argent, de la dette, du crédit, de l’immobilier, de l’économie, de la spéculation, de la finance et c’est aussi
une crise sociale. » Auxquelles nous pouvons rajouter « crise de confiance et crise de l’espèce humaine ». Il ne s’agit pas d’un inventaire à la Prévert mais bien de l’illustration
d’un modèle de société qui s’effondre et entraîne, avec lui, par un effet domino, les autres pans de l’économie et du social. Car de quoi s’agit-il ? D’un modèle de société à repenser et Ã
faire évoluer.
D’où la versatilité des humeurs, des marchés volatiles, des bourses instables ... Ce sont les repères d’un modèle moderne qui sont
ébranlés et la nécessité de redéfinir les fondamentaux. Comme nous le développons plus loin, les alternatives, les actions concrètes existent et fonctionnent et ceci partout dans le monde. Il
suffit de sortir de nos représentations figées d’un monde qui s’effondre pour voir les signes de celui qui naît, de la RenaiSens d’un monde qui veut vivre et revenir à l’essentiel… qu’il
convient de définir.
1-2 Le monde est fou
Tout le monde semble s’accorder sur le fait que le monde est fou, ce n’est pas sans rappeler la chanson de Pauline Ester :
« Le monde est fou, fou …» ou le slogan publicitaire d’Alain Afflelou : « Il est fou, Afflelou ». Nous faudrait-il d’autres lunettes pour voir le monde ? La triple
acception du mot spéculation prend alors, avec humour, tout son sens.
On comprend mieux pourquoi notre société occidentale se concentre sur l’apparence, la peau, l’image, l’aspect superficiel des choses
pendant que le « fond » est en recomposition et que le sens n’est pas encore reconstruit. Ce qui explique aussi la place prépondérante accordée à la communication, privilégiant la
forme, spectaculaire, percutante, professionnalisant ses techniques et minimisant le contenu des messages. En écho à la société en métamorphose, la chenille travaille sa carapace, embellit son
cocon extérieur tandis que la transformation s’opère à l’intérieur. Espérons que l’issue sociale sera aussi de devenir papillon, pour le chef d’œuvre que représente l’animal et non pour sa
durée !
La crise que nous rencontrons est celle des bases du modèle de société dans lequel nous vivons, nous devons repenser la plupart des
valeurs et des fondements qui le sous-tendent. Il n’est pas étonnant que ce soit déstabilisant. Dans l’intervalle, on se distrait de l’essentiel, - que précisément il faudrait parvenir Ã
définir-, de par le besoin de loisirs, la quête du ludique. On se concentre sur soi, comme un repli, d’où la place prépondérante du narcissisme, à la fois reflet de soi-même pouvant conduire Ã
l’égocentrisme, et aussi moteur essentiel de l’esprit d’entreprise, donc de la capacité à dépasser les limites et aller vers de nouveaux horizons.
Dire que le monde est fou permet surtout d’éviter de le comprendre, même si pour y
parvenir, il s’agit de rentrer de plein fouet dans la complexité. Pourtant « ce monde » n’est pas une bête bizarre et étrangère, extérieur à nous, il est le produit de ce que nous avons
construit ou laissé faire. Aujourd’hui nous devons y faire face et nous prenons dramatiquement conscience que nous nous sentons démunis pour y parvenir. Notre mode de pensée binaire est caduc,
notre appréhension séquentielle des choses ne suffit pas, notre habitude à tout séparer, par souci de spécialisation ne répond plus aux exigences complexes du monde technologique que nous avons
produit. La plupart des plus grands scientifiques l’ont compris et s’unissent, de manière transdisciplinaire, pour appréhender les phénomènes qu’ils observent. Il est aujourd’hui question de
partager cette complexité avec tous pour donner les moyens à chacun de réaliser le saut quantique vers le paradigme suivant.
2- Le nouveau paradigme : sommes-nous prêts ?
Paradigme moderne s’essoufflant
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Nouveau Paradigme en émergence
Néo-renaiSens
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Entre-deux paradigmatique
Post-moderne
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2-1 La saturation du paradigme
moderne
Le paradigme moderne est moribond car il n’est pas parvenu à honorer ses promesses de bonheur pour tous. Les progrès technologiques ont certes
produit des améliorations significatives de notre confort, la médecine nous permet de vivre en meilleure santé et bien plus longtemps qu’il y a quelques décennies… Toutefois, le corollaire ce
sont des industrialisations de la mort et de la guerre, les outils pour s’autodétruire, comme le XX° siècle nous l’a si bien démontré.
Sur le plan économique cela se traduit par une exacerbation de la concurrence n’ayant comme seul objectif que de nous faire consommer
pour consommer nous conduisant à être des hamsters dans la roue du Toujours plus, pour paraphraser François de Closets. Toujours plus de travail, plus vite, consommer plus et
finalement pour quoi ? Le bonheur annoncé par le siècles des Lumières a été dévoyé par les dérapages spéculatifs et consuméristes. Le salarié n’est pas plus heureux, il a plus de confort,
mais il travaille pour consommer et non pas pour profiter de la vie. Avec le développement des technologies de l’information, il est de plus en plus stressé, fatigué.
De plus, les excès de nos consommations, entraînant des abus d’utilisation des matières premières, ont les conséquences
environnementales et climatiques que nous connaissons. Bref, un certain nombre de déséquilibres individuels et collectifs et, au bout du compte, le bonheur n’y est pas. Bien au contraire, ce sont
des crises de tous types que nous rencontrons qui s’enchaînent et s’entremêlent.
2-2 La post-modernité comme entre-deux
paradigmatique
Alors pour en sortir, depuis la chute du mur de Berlin et la Fin de l’Histoire de Fukuyama, nous pouvons dire que nous sommes
entrés dans une étape post-moderne, qui correspond à cette phase chaotique où un modèle se délite et un autre commence à émerger, évidemment sans forme et difficile à saisir, balbutiant. La post-modernité incarne alors cet entre-deux, par une consumation effervescente et fusionnelle où la vie
est en train de se renouveler sur les cendres d’une société gémissante. Il n’est qu’à voir le nombre d’ouvrages qui rendent compte de « la mort de ceci », de « la fin de
cela » ou encore « d’une France qui tombe » et d’une société qui part en lambeaux. Ceci créant un climat délétère de sinistrose et de morbidité propre à l’inertie, au désespoir et
à la fatigue d’être soi. Déprime et peur se traduisent aussi par des violences, expression désespérée de l’impuissance face à l’immensité du changement à opérer.
François Lyotard a marqué, avec son ouvrage La
condition post-moderne, rapport sur le savoir, le début de cette phase d’entre-deux paradigmatique, sonnant le glas des grands récits et
dans le même temps des idéologies qui toutes avaient déçu conduisant à chaque fois vers des sectarismes en tout genre voir des génocides. Alors il ne reste plus aujourd’hui que les
petits récits, ceux des personnes, seules variables « sures » dans cet océan de promesses non tenues. D’où le succès international des story telling qui permettent,
par des anecdotes, de raconter quelque chose de personnel pour illustrer un propos. L’idée fatigue, les gens se motivent pour les télé-réalités car ils ont l’impression de se retrouver entre-soi
et peuvent s’identifier à leurs semblables.
Seulement voilà le post-moderne déstructurant n’a qu’un temps. Le mouvement Gothique est l’un des exemples les plus spectaculaires
pour illustrer comment l’imaginaire social a besoin d’aller visiter l’underground, le ventre de la terre, la matrice primordiale pour se recomposer et rechercher de nouvelles graines / références
pour un autre temps. La mort, l’obscur, la décomposition sont une étape comme l’automne et l’hiver avant le printemps. Si nous restons trop longtemps englués dans la mort, nous pourrions y
sombrer.
La post-modernité met en évidence les signes de ce monde en
recomposition, de ces balbutiements et tâtonnements vers un autre modèle. Chacun de ses éléments est quasiment à double-polarité, tout peut basculer vers le pire : violences, guerres,
révolutions ou vers le meilleur… et pourquoi pas vers un juste milieu ? D’où le lien avec les sagesses orientales.
2-3 Le nouveau paradigme :
Néo-RenaiSens
Notre hypothèse est que ce paradigme / nouveau temps en émergence serait une Néo-RenaiSens. La post-modernité pourrait être
assimilée à la phase symbolique des origines de la création du monde. Lorsque du chaos mythologique, des eaux primordiales sort la vie. La post-modernité marque le temps d’une civilisation
moribonde en décomposition. Elle est le compost sur lequel le nouveau paradigme peut prendre appui et se construire, emprunt d’espoir, de vie et de valeurs « bio ».
Nous assistons à une recomposition de l’imaginaire, du social, des fondements de notre société, car l’essentiel des bases est Ã
repenser pour permettre à un nouveau modèle d’advenir. Nous faisons alors le parallèle avec le Moyen-Age, dont les effervescences ont préfiguré la Renaissance, époque de
l’alchimie, faisant la liaison de différents mondes, de la science balbutiante et de la pensée classique grecque et latine redécouvertes.
Aujourd’hui, nous cherchons les modèles humains auprès desquels reprendre un nouveau souffle. C’est la raison pour laquelle, nous
remettons au goût du jour les apports des sociétés premières et la sagesse des anciens. La prise de conscience écologique a
redécouvert leurs fondamentaux. Les sociétés « premières » ont toujours su respecter la terre, ne lui prélevant que le nécessaire, ne cherchant pas à la
posséder. Par ailleurs, les emprunts faits à d’autres époque de l’humanité, tels que la pensée classique,
ont conduit à la pensée des Lumières dont aujourd’hui nous subissons les dérives et ce qui nous amène à ne voir que les conséquences obscures de ses principes. Ce qui explique, en partie, le
rejet de la pensée, des discours universitaires, des apports didactiques et, en contre point, le succès des romans qui communiquent légèrement, mariant les genres que la science distingue,
alliant vie, aventures, distraction et connaissance.
Nous assistons à une recomposition de différents modèles qui ont pu bercer, de près ou de loin, notre civilisation pour obtenir de
nouvelles références et construire un nouveau modèle. D’où le retour en force de la magie, de l’imaginaire du Moyen-Age qualifié, par les Lumières, d’obscurantisme et dans lequel il y a peut–être quelques éléments à redécouvrir. Et aussi l’attrait pour l’Orient
classique pour ses apports de sagesse, notamment le Tao, proposant un regard sur la vie bien différent de notre vision occidentale et moderne.
Lire la suite : Partie II : une occasion de sortir
de nos archaïsmes millénaires ?
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