Crise, récession, spéculation…..
… ou l’opportunité d’une mutation de société ?
Dernière partie de l'article
Vers quel futur allons-nous ?
Une quête de sens
Plusieurs tendances fortes annoncent les valeurs du nouveau paradigme.
La prise de conscience écologique, mondiale à présent, place
le respect de la terre et de l’environnement au cœur de cette société qui est en train d’émerger.
Ce qui semble aussi essentiel c’est de déterminer un sens, une direction vers laquelle faire
tendre les actions quotidiennes, une vision qui porterait le monde puisque la crise est mondiale et que les gouvernants cherchent à apporter des réponses concertées. Vision qui, bien entendu,
parviendrait à se prémunir des écueils de l’idéologie et d’un universalisme utopique, nous y reviendrons.
Ce que l’on observe dans l’expression des jeunes générations s’emparant de la politique,
c’est le besoin de replacer les valeurs humanistes au centre des débats. L’être humain doit être au cœur des préoccupations de nos politiques afin que chacun ait sa place, de quoi manger, être
logé, avoir un travail, retrouver sa dignité, faire valoir ses droits fondamentaux d’homme et de citoyen.
Un vent d’équité semble souffler sur un nombre croissant de personnes qui comprennent
qu’enrichir une poignée de personnes au détriment de milliards de nécessiteux n’est pas raisonnable. Les émeutes de la faim du printemps 2008 ont préfiguré les révolutions potentielles et sont
susceptibles de devenir des déferlantes d’immigrants affamés venant chercher en Occident la nourriture dont nos spéculations les privent.
Une gouvernance intègre
Un besoin d’éthique et d’intégrité répond aux excès, aux abus de pouvoir et aux spéculations
outrancières et nécrophages de quelques uns. Autant d’attitudes qui accroissent les inégalités et mettent, chaque jour, de plus en plus de personnes à la rue. Maintenir le système c’est
encourager l’exclusion et faire grossir le baril de poudre, social, sur lequel nous sommes assis. Alors si nous ne changeons pas par altruisme, nous pouvons au moins le faire égoïstement,
comprenant que chercher à maintenir notre confort est une attitude court-terme et suicidaire.
Cette quête de sens se traduit, au sein des entreprises comme des gouvernements, par une
vision et une stratégie déclinées grâce à une gouvernance responsable. Ce qui signifie s’engager dans un développement soutenable respectant valeurs, engagements humanistes et
environnementaux.
De nouvelles solidarités
Pour affronter les conséquences des catastrophes écologiques et économiques qui vont aussi devenir sociales, il nous faut répondre
collectivement, ensemble, avec fraternité et engagement. Pour ce faire, il devient nécessaire de construire de nouvelles solidarités, encourager les rencontres inter-communautaires et développer
respect et entraide. Ceci pouvant se faire autrement que par la religion, la morale et la coercition (facteurs externes de structuration sociale). Il semble que l’éthique appliquée de Paul
Ricoeur, celle d’Emmanuel Lévinas articulée autour de la rencontre de l’autre, ou encore le personnalisme d’Emmanuel Mounier reprennent tout leur sens, encouragent l’autonomie individuelle et
collective à repenser les rapports entre personnes et groupes sociaux.
Pourquoi a-t-on tant parlé du « retour du féminin » ?
Ce n’est certes pas un retour du féminisme mais plutôt la capacité que les valeurs féminines ont de concilier les opposés, d’apporter
de l’équilibre et du juste milieu, précisément dans un monde devenu fou. Cette capacité n’est, bien entendu, pas réservée aux femmes, mais à l’exercice mature de certaines valeurs qualifiées de
féminines par opposition aux valeurs guerrières, combatives et compétitives attribuées, sans doute tout aussi abusivement, au masculin.
Si nous voulons sortir de la crise nous devons aussi sortir des clivages : de représentations, de valeurs, d’attitudes binaires
dont nous avons trop souffert et qui à nouveau sont du côté d’un monde passé et non du monde dont nous avons besoin pour sortir de cette crise / récession / mutation. Ces valeurs de conciliation,
de respect et d’empathie face à la souffrance d’autrui sont aujourd’hui nécessaires pour constituer les fraternités qui permettront de relever les défis du monde que nous avons créé.
Ce qui caractérise le féminin, c’est qu’il représente la vie. Une femme est « programmée » pour donner la vie et de ce fait
elle a un rapport privilégié au vivant. A part quelques exceptions intégristes, les femmes protègent la vie et incitent à trouver des solutions qui préservent les personnes au lieu d’encourager
les guerres et les révolutions qui ont toujours été facteur de violence, de terreurs et de sang. Cette vitalité est la source de l’espoir, de l’enthousiasme pour penser et agir autrement. On
comprend mieux la portée symbolique des produits bios, notamment auprès des citadins, une fois qu’ils ont compris que nos villes sont construites sur des matières fossiles, identifient le besoin de vivre, à
nouveau, proches de la nature vivante.
C’est bien par l’énergie du vivant que le monde peut changer, c’est-à-dire par celles et ceux qui ont la force et le courage
d’entreprendre la mutation d’un monde en « crise », en valorisant l’espoir et les potentialités de résilience des personnes et des collectifs. Peut-être pourrons-nous trouver de
nouvelles voies au changement en réalisant des transitions plutôt que des révolutions. Les mutations pourraient alors s’avérer des options riches de possibles, ralliant les laboratoires de
recherche et développement à débusquer les solutions pour transmuter les pans des industries remises en cause par les crises.
Eviter une nouvelle idéologie.
Voilà le défi qui attend les porteurs du nouveau paradigme. Comment proposer d’autres voies sans qu’elles deviennent normatives et
n’apparaissent comme la seule solution pour sauver le monde d’aujourd’hui ? L’histoire est pleine des effets sanglants des dérives des idéologies. Une fois convaincu, chacun va annoncer la
« bonne parole », cherchant par là-même à éradiquer celle de l’autre, du différent, stigmatisé par sa non-adhésion à cette nouvelle promesse de bonheur pour tous. Comment porter les
valeurs de la vie, transformer les éléments nocifs du modèle existant tout en respectant les différences de points de vue ? Comment intégrer la diversité au quotidien ? Il me semble
essentiel de se poser dés à présent ces questions afin de ne pas, une fois de plus, rêver d’un monde merveilleux qui créera des goulags éliminant 60 millions ou plus de
récalcitrants ?
En finir avec les valeurs de guerre de Sun Tsu
Pour le moment nos sociétés sont établies sur les valeurs de guerre, de compétition, de prédation et pour relever les défis de demain
nous devons vraisemblablement fonctionner sur des valeurs de paix seules capables de nous permettre de développer fraternité, solidarité et capacité à diminuer la satisfaction de nos besoins ou
désirs personnels par la conscience des autres, proches ou qui vivent à l’autre bout du monde.
Pour y parvenir, le travail sur soi permet la remise en cause fondamentale et nécessaire pour que de nouveaux comportements
adviennent, puis le développement d’une conscience permet de passer de l’évolution individuelle à celle du collectif. Ensuite, la quête de sagesse conduit à
aller au-delà du dépassement de sa névrose et permet, par la prise en compte d’une transcendance, de manifester des comportements de bienveillance, de compassion, de tolérance.
Elle encourage le développement de l’éthique squelette intérieur essentiel à
l’autonomie psychique qui permet responsabilité, exercice responsable de sa liberté et engagements solidaires, soutenables et durables pour développer, ensemble, les formes d’intelligence
collective qui feront sortir des impasses que nous avons créées.
Alors oui nous pourrons réaliser un nouvel élan de société, une néo-renaiSens qui donnera un autre souffle au
progrès. Oui, nous sommes à nouveau poussés par notre esprit occidental qui vise le progrès et l’amélioration continues. Toutefois, aujourd’hui nous voulons le réaliser de manière
éclairée, écoutant les sagesses ancestrales, réunissant les enseignements de la terre et de la nature avec les apports positifs du progrès technique. Seule cette conciliation des opposés, cette
harmonie des apports de notre humanité insuffle un autre sens, une visibilité partagée, une transcendance, qui se traduit par une gouvernance sage et responsable. Cette dernière apportera les
conditions du développement d’une autonomie collective permettant la manifestation de comportements responsables solidaires, durables et soutenables pour que l’humanité évolue ensemble et sache
résoudre les excès qu’elle a produit.
Merci de m’avoir lue. Vos réactions et commentaires sont les bienvenus.
Si vous avez envie de reprendre des éléments, je partage ce texte, je vous remercie simplement ceux qui réaliseront des emprunts
de bien vouloir me citer.
Christine Marsan
Terminé le 28 octobre 2008.
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