Présentation

 

Christine Marsan vous propose plusieurs prestations  :

Du sujet à l'entreprise, diverses propositions d'intervention

  • Comprendre la complexité pour gérer au quotidien son entreprise et ses équipes. Psycho-sociologue et praticienne des relations humaines, je mets à votre disposition conférences, débats, ateliers de réflexion pour appréhender les différentes thèmes de la complexité organisationnelle appliqués à la stratégie, à la DRH et au management. Ce qui vous permet d'avoir une longueur d'avance afin de manager intelligemment et avec éthique.
  • Penser autrement pour agir autrement : Elaborer une stratégie, innover repose sur une autre approche de la créaitvié, combinant la compréhension de la complexité, les ressorts de l'imaginaire et les outils de la créativité. Ce n'est qu'en faisant évoluer nos cadres de références que nous pouvons innover autrement! Site : www.christinemarsan.fr
  • Diagnostic de votre entreprise : vous souhaitez faire évoluer votre entreprise et vous avez besoin d'une aide pluridisciplinaire pour envisager toutes les facettes du changement. Pour plus de détail, voir le site de Renaissance : www.christinemarsan.fr
    Coaching Existentiel : je vous aide à vous réaliser, à être pleinement qui vous êtes et que vous n'avez pas encore osé révéler et à atteindre vos objectifs. Pour voir plus en détail de quoi il s'agit, aller voir l'article : coaching existentiel. www.christinemarsan.fr 
  • Thérapie holistique : vous avez envie de faire un travail approfondi sur vous et aussi d'être pris en considération dans la totalité de vos facettes (différents engagements, considérations professionnelles, dimension psychologique, énergétique et pourquoi pas aussi spirituelle). Je vous offre un espace et des méthodes, qui en respect de votre choix et ce que vous voulez explorer de vous, vous permettra de vous épanouir, de dépasser souffrances et blocages et de développer une plus grande autonomie. Pour plus de détails voir la partie "développement de la personne" dans le site www.christinemarsan.fr .
  •  

Ce blog a pour objectif de vous faire partager plusieurs années de réflexion sur la société, la personne, les impacts des évolutions de l'entreprise et aussi un peu de ... philosophie et de politique.
 

Vous trouverez ici des articles dans les domaines suivants :

  • Sciences Humaines :
    • psychologie,
    • sociologie,
    • philosophie,
    • politique..
  • Professionnel :
    • coaching et accompagnement au changement.

Vous trouverez une présentation succincte sur mon short web site : www.christinemarsan.eu et pour un descriptif plus détaillé de mes activités professionnelles vous pouvez visiter le site : www.christinemarsan.fr.

Merci pour votre visite et vos réactions sont les bienvenues.
 

Email : christine.marsan@wanadoo.fr

Dimanche 7 décembre 2008 7 07 /12 /Déc /2008 14:55

La marseillaise revisitée

Un hymne pour le respect, la paix et la tolérance

13 septembre 2007
 

Refrain

 

Courage Citoyens !

Debout pour la France !

Sans peur et sans reproche !

Avançons confiants

Vers des lendemains qui chantent !

 

 

COUPLETS

 

 

I

Ensemble vers notre futur

Construisons Demain

En harmonie d’une patrie

Diverse, fière d’être bigarrée

Affichons les couleurs de la France (bis)

Bleu l’étendard de l’espoir

Blanc les ailes de la paix

Rouge comme le courage

Courage Citoyens ! Etc.

 

II

Chantons ensemble et fiers

Liberté, égalité, fraternité

Que debout nous faisons vibrer

Main dans la main

Nous tenons notre futur

Droits de l’homme et du citoyen

Respect de la diversité

Encourager les chances

Donner les couleurs de l’espoir

Courage Citoyens ! Etc.

 

III

Mobilisons nos talents

Croyons dans l’espoir

Poussons nos enfants

Dans les bras de la lumière

Et fédérons notre nation

Dans la juste cohérence

D’un projet universel

Où chacun aura sa place

Dans l’amour et la dignité

Courage Citoyens ! Etc.

 

IV

Allions alors innovation

Créativité et génie

Marions intelligence et cœur

Imaginons la verte France

En sourire et sans armes

Ravivons beauté et respect

Faisons de nos valeurs

Un drapeau d’espérance

Et des oripeaux de fierté

Courage Citoyens ! Etc.

 

V

Passons des droits du citoyen

Aux devoirs des êtres humains

Envers la terre et leur frères

Que la France soit la main pointant

La direction des progrès

En droit, en devoir et en respect

Pour restaurer la dignité

Promouvoir l’amour

La tolérance et paix

Courage Citoyens ! Etc.

 

 

VI

Bâtissons avec courage

Ensemble, main dans la main

Un monde viable et durable

Qui fera notre fierté et

Celle de nos enfants, heureux

C’est pour eux que nous créons,

Responsables, le monde de demain

Avec des graines de paix et

De joie, d’amour et de respect

Courage Citoyens ! Etc.

 

VII

Eriger la compassion

En priorité nationale

Osons semer des graines de paix

Dans le cœur de chaque enfant

Ayons le courage d’être (bis)

Les premiers à changer de cap

Plaçons l’humain au centre

Des fondamentaux de la France

Courage Citoyens ! Etc.

 

VIII

Osons l’humanité comme

Credo national fredonné

Rappelons la tradition humaniste

Réveillons l’espoir endormi

D’une nouvelle société (bis)

Où chacun pourra se développer

Et participer fièrement

A sa belle construction

Courage Citoyens ! Etc.

 

IX

La France est le fruit de tous

Unis dans l’amour et la paix

Partagés en refrain joyeux

La Marseillaise sourit des

Nouvelles couleurs de son drapeau 

Bleu de la raison éclairée

Blanc : la paix enfin conjuguée

Rouge : le cœur et le courage

D’oser ce réel changement

Courage Citoyens ! Etc.

 

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Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /Nov /2008 19:10

Crise, récession, spéculation…..

… ou l’opportunité d’une mutation de société ?

Dernière partie de l'article

Vers quel futur allons-nous ?

 

Une quête de sens

 

Plusieurs tendances fortes annoncent les valeurs du nouveau paradigme.

La prise de conscience écologique, mondiale à présent, place le respect de la terre et de l’environnement au cœur de cette société qui est en train d’émerger.

Ce qui semble aussi essentiel c’est de déterminer un sens, une direction vers laquelle faire tendre les actions quotidiennes, une vision qui porterait le monde puisque la crise est mondiale et que les gouvernants cherchent à apporter des réponses concertées. Vision qui, bien entendu, parviendrait à se prémunir des écueils de l’idéologie et d’un universalisme utopique, nous y reviendrons.

 

Ce que l’on observe dans l’expression des jeunes générations s’emparant de la politique, c’est le besoin de replacer les valeurs humanistes au centre des débats. L’être humain doit être au cœur des préoccupations de nos politiques afin que chacun ait sa place, de quoi manger, être logé, avoir un travail, retrouver sa dignité, faire valoir ses droits fondamentaux d’homme et de citoyen.

Un vent d’équité semble souffler sur un nombre croissant de personnes qui comprennent qu’enrichir une poignée de personnes au détriment de milliards de nécessiteux n’est pas raisonnable. Les émeutes de la faim du printemps 2008 ont préfiguré les révolutions potentielles et sont susceptibles de devenir des déferlantes d’immigrants affamés venant chercher en Occident la nourriture dont nos spéculations les privent.

 

Une gouvernance intègre

 

Un besoin d’éthique et d’intégrité répond aux excès, aux abus de pouvoir et aux spéculations outrancières et nécrophages de quelques uns. Autant d’attitudes qui accroissent les inégalités et mettent, chaque jour, de plus en plus de personnes à la rue. Maintenir le système c’est encourager l’exclusion et faire grossir le baril de poudre, social, sur lequel nous sommes assis. Alors si nous ne changeons pas par altruisme, nous pouvons au moins le faire égoïstement, comprenant que chercher à maintenir notre confort est une attitude court-terme et suicidaire.

 

Cette quête de sens se traduit, au sein des entreprises comme des gouvernements, par une vision et une stratégie déclinées grâce à une gouvernance responsable. Ce qui signifie s’engager dans un développement soutenable respectant valeurs, engagements humanistes et environnementaux.

 

De nouvelles solidarités

 

Pour affronter les conséquences des catastrophes écologiques et économiques qui vont aussi devenir sociales, il nous faut répondre collectivement, ensemble, avec fraternité et engagement. Pour ce faire, il devient nécessaire de construire de nouvelles solidarités, encourager les rencontres inter-communautaires et développer respect et entraide. Ceci pouvant se faire autrement que par la religion, la morale et la coercition (facteurs externes de structuration sociale). Il semble que l’éthique appliquée de Paul Ricoeur, celle d’Emmanuel Lévinas articulée autour de la rencontre de l’autre, ou encore le personnalisme d’Emmanuel Mounier reprennent tout leur sens, encouragent l’autonomie individuelle et collective à repenser les rapports entre personnes et groupes sociaux.

 

 

Pourquoi a-t-on tant parlé du « retour du féminin » ?

 

Ce n’est certes pas un retour du féminisme mais plutôt la capacité que les valeurs féminines ont de concilier les opposés, d’apporter de l’équilibre et du juste milieu, précisément dans un monde devenu fou. Cette capacité n’est, bien entendu, pas réservée aux femmes, mais à l’exercice mature de certaines valeurs qualifiées de féminines par opposition aux valeurs guerrières, combatives et compétitives attribuées, sans doute tout aussi abusivement, au masculin.

 

Si nous voulons sortir de la crise nous devons aussi sortir des clivages : de représentations, de valeurs, d’attitudes binaires dont nous avons trop souffert et qui à nouveau sont du côté d’un monde passé et non du monde dont nous avons besoin pour sortir de cette crise / récession / mutation. Ces valeurs de conciliation, de respect et d’empathie face à la souffrance d’autrui sont aujourd’hui nécessaires pour constituer les fraternités qui permettront de relever les défis du monde que nous avons créé.

 

Ce qui caractérise le féminin, c’est qu’il représente la vie. Une femme est « programmée » pour donner la vie et de ce fait elle a un rapport privilégié au vivant. A part quelques exceptions intégristes, les femmes protègent la vie et incitent à trouver des solutions qui préservent les personnes au lieu d’encourager les guerres et les révolutions qui ont toujours été facteur de violence, de terreurs et de sang. Cette vitalité est la source de l’espoir, de l’enthousiasme pour penser et agir autrement. On comprend mieux la portée symbolique des produits bios, notamment auprès des citadins, une fois qu’ils ont compris que nos villes sont construites sur des matières fossiles[1], identifient le besoin de vivre, à nouveau, proches de la nature vivante.

 

C’est bien par l’énergie du vivant que le monde peut changer, c’est-à-dire par celles et ceux qui ont la force et le courage d’entreprendre la mutation d’un monde en « crise », en valorisant l’espoir et les potentialités de résilience des personnes et des collectifs. Peut-être pourrons-nous trouver de nouvelles voies au changement en réalisant des transitions plutôt que des révolutions. Les mutations pourraient alors s’avérer des options riches de possibles, ralliant les laboratoires de recherche et développement à débusquer les solutions pour transmuter les pans des industries remises en cause par les crises.

 

Eviter une nouvelle idéologie.

 

Voilà le défi qui attend les porteurs du nouveau paradigme. Comment proposer d’autres voies sans qu’elles deviennent normatives et n’apparaissent comme la seule solution pour sauver le monde d’aujourd’hui ? L’histoire est pleine des effets sanglants des dérives des idéologies. Une fois convaincu, chacun va annoncer la « bonne parole », cherchant par là-même à éradiquer celle de l’autre, du différent, stigmatisé par sa non-adhésion à cette nouvelle promesse de bonheur pour tous. Comment porter les valeurs de la vie, transformer les éléments nocifs du modèle existant tout en respectant les différences de points de vue ? Comment intégrer la diversité au quotidien ? Il me semble essentiel de se poser dés à présent ces questions afin de ne pas, une fois de plus, rêver d’un monde merveilleux qui créera des goulags éliminant 60 millions ou plus de récalcitrants ?

 

En finir avec les valeurs de guerre de Sun Tsu

 

Pour le moment nos sociétés sont établies sur les valeurs de guerre, de compétition, de prédation et pour relever les défis de demain nous devons vraisemblablement fonctionner sur des valeurs de paix seules capables de nous permettre de développer fraternité, solidarité et capacité à diminuer la satisfaction de nos besoins ou désirs personnels par la conscience des autres, proches ou qui vivent à l’autre bout du monde.

Pour y parvenir, le travail sur soi permet la remise en cause fondamentale et nécessaire pour que de nouveaux comportements adviennent, puis le développement d’une conscience permet de passer de l’évolution individuelle à celle du collectif. Ensuite, la quête de sagesse conduit à aller au-delà du dépassement de sa névrose et permet, par la prise en compte d’une transcendance, de manifester des comportements de bienveillance, de compassion, de tolérance. Elle[2] encourage le développement de l’éthique[3] squelette intérieur essentiel à l’autonomie psychique qui permet responsabilité, exercice responsable de sa liberté et engagements solidaires, soutenables et durables pour développer, ensemble, les formes d’intelligence collective qui feront sortir des impasses que nous avons créées.

 

Alors oui nous pourrons réaliser un nouvel élan de société, une néo-renaiSens qui donnera un autre souffle au progrès. Oui, nous sommes à nouveau poussés par notre esprit occidental qui vise le progrès et l’amélioration continues. Toutefois, aujourd’hui nous voulons le réaliser de manière éclairée, écoutant les sagesses ancestrales, réunissant les enseignements de la terre et de la nature avec les apports positifs du progrès technique. Seule cette conciliation des opposés, cette harmonie des apports de notre humanité insuffle un autre sens, une visibilité partagée, une transcendance, qui se traduit par une gouvernance sage et responsable. Cette dernière apportera les conditions du développement d’une autonomie collective permettant la manifestation de comportements responsables solidaires, durables et soutenables pour que l’humanité évolue ensemble et sache résoudre les excès qu’elle a produit.

 

 

Merci de m’avoir lue. Vos réactions et commentaires sont les bienvenus.

Si vous avez envie de reprendre des éléments, je partage ce texte, je vous remercie simplement ceux qui réaliseront des emprunts de bien vouloir me citer.

 

Christine Marsan

Terminé le 28 octobre 2008.



[1] Pour reprendre les thèses de Pierre Rabhi.

[2] Au sens de raison éclairée apportant joie et liberté.

[3] Au sens de Comte-Sponville : l’éthique est l’ensemble hiérarchisé et réfléchi de nos désirs. […] Elle est particulière à un individu et un groupe et cherche à définir un art de vivre : elle tend le plus souvent vers le bonheur et culmine dans la sagesse.

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Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /Nov /2008 19:07


Crise, récession, spéculation…..

… ou l’opportunité d’une mutation de société ?

Partie III : Les potentialités du changement

 

1- Obama Président : la couleur du changement ?

 

Au-delà d’une élection américaine, Barack Obama symbolise le changement de société et avec lui c’est l’accès au nouveau paradigme qui est en jeu. Ce qui explique aussi pourquoi la planète entière est rivée sur les élections. La tempête boursière a accru la pression sur la nécessité de changer, tout comme évidemment par effet de compensation bien humaine, les frilosités et résistances collectives au changement. Et qu’est-ce qui est fondamentalement en jeu avec Obama ?

 

1-2 Nos représentations millénaires du blanc et du noir

 

Il est ici question dans ce paragraphe de représentations et de symboles qui nourrissent notre imaginaire, notre manière de penser et d’agir.

Les « blancs » ont longtemps représenté la couleur qu’il fallait devenir, le summum étant d’être un homme blanc dans la hiérarchie sociale imposée par l’Occident. D’où la quête pour beaucoup de « noirs » de chercher à éclaircir leur peau, problématique bien connue des Antilles. Et voici que le phénomène gagne aussi l’Inde où le commerce des cosmétiques privilégie le fait de blanchir sa couleur de peau pour paraître quelqu’un de « bien ».

L’amalgame entre la couleur de peau, l’origine des personnes et les représentations que les couleurs véhiculent est basé pour l’Occident sur l’imaginaire chrétien. Le noir est associé au sombre – obscur – occulte et ensuite par extension au mal et au diable tandis que le blanc évoque la lumière – pureté - virginité –perfection et par extension les anges et le divin !

 

Avec un tel patrimoine culturel il n’est guère étonnant que la candidature de Barack Obama éveille tous les espoirs et exacerbe, dans le même temps, les pires conservatismes. L’incertitude sur le résultat des élections aura lieu jusqu’au dernier moment, car, comme les organismes de sondage le constatent, le décalage entre les discours sur les intentions de vote et la réalité des actions prend ses racines notamment dans la pression du politiquement correct du moment. Mais ensuite, seul, face à l’urne et à soi-même, prendre le risque du changement est vraiment difficile. En quelques secondes se joue la pression sociale, la norme des amis, des groupes d’appartenance, le regard des autres et aussi sa conscience. Et aussi le poids des déterminismes et des archaïsmes qui peut prendre le dessus au dernier moment, face à la peur des conséquences d’un changement véritable. Survient alors la potentialité d’une régression dans le but de revenir à des valeurs sures, déjà éprouvées.

Si Barack Obama est élu, le changement prend la couleur des profondeurs et la lumière salvatrice devient alors « noire »[1]. Ce sera un véritable « tsunami » des représentations modifiant fondamentalement les mentalités. Car symboliquement la première puissance mondiale (encore ces jours-ci) aura comme Président de la République un homme dont la couleur a toujours été attribuée aux personnes des pays « sous-développés », que l’on a ensuite nommés « pays émergents », en regard de leur évolution économique. Mais pour beaucoup ces territoires sont occupés par des « sous-hommes » ! Evidemment cela ne peut plus se dire ou s’écrire, mais cela peut se penser et surtout se traduire par un bulletin de vote. Ainsi si Barack Obama passe, quelle revanche sociale de la majorité de l’humanité et quel potentiel de mutation !

 

1-3 Pourtant nous sommes tous africains d’origine

 

Car ces représentations sur la qualité des personnes en fonction de leur couleur de peau démontrent un oubli manifeste de nos origines. Tous les anthropologues s’accordent à dire que l’origine de l’homme est africaine. Notre berceau de civilisation humaine est noir ! Alors pourquoi avoir fabriqué cette dichotomie et ces représentations clivées, binaires, manichéennes sources de tant de violences ? Pourquoi ? Si ce n’est pour asseoir des pouvoirs particuliers et créer des guerres de conquête. Cependant si notre niveau de connaissance et de conscience a dépassé la célèbre controverse de Valladolid[2], les archaïsmes protectionnismes de la race banche en déclin[3] pourraient faire inverser la tendance du vote américain et, avec lui, les perspectives de changement de paradigme.

Ces attitudes racistes sont le patrimoine de nos peurs archaïques entretenues par la partie du cerveau limbique qui, comme les anthropologues l’ont prouvé[4] ont constitué notre comportement défensif pendant des milliers d’années. Face à l’agression perçue de ceux qui étaient hors du territoire du clan ou de la grotte, l’autre, l’étranger, a été vécu pendant des milliers d’années comme différent et donc constituant une menace. Ce « patrimoine » se perpétue aujourd’hui encore renforçant nos attitudes racistes. La couleur de l’autre étant l’expression paroxystique de la différence et donc contenant potentiellement la menace d’agression. Il n’est guère étonnant qu’il nous faille faire tant d’efforts pour développer au quotidien des attitudes de tolérance et de respect de la différence d’autrui.

 

Si Barack Obama n’est pas élu pour des raisons de peur raciste et de crainte de voir basculer le monde dans une mutation pourtant irréversible, il y a de fortes chances pour que la crise s’aggrave et que la récession s’accompagne de régression. Car si le vote penche pour McCain c’est alors l’installation de la régression sous tous ses aspects : restriction des libertés, encouragements des guerres, créationnisme[5], remise en cause du droit à l’avortement… Un véritable désastre face aux enjeux planétaires. Cela signifiera sans doute que la société n’est pas encore prête à faire le saut quantique du changement nécessaire.

 

Il sera aussi intéressant d’observer ce que ce bouleversement va avoir comme conséquence auprès des pays dont les citoyens pourront s’identifier à Barack Obama.

 

1-4 Blanc et noir : Barack Obama est métis

 

En quoi cette dimension est-elle intéressante au travers de notre périple symbolique ? Parce qu’il représente à lui seul la mixité, le mélange des possibles, la combinaison des contraires et donc il incarne la potentialité de réconciliation entre blancs et noirs et par conséquent des différentes formes d’extrémismes racistes et sectaires. Peut-être est-ce cette dimension du changement que les électeurs vont choisir d’ici quelques jours ?

 

2- Le changement de paradigme immédiat ou différé ?

 

Alors nous faudra-t-il encore tomber plus bas, aller vers une crise encore plus profonde pour rebondir ? Ou pouvons-nous d’ores et déjà prendre à bras le corps la tendance de cette société en mutation ? Pourtant, il y a urgence : écologique, sociale, humanitaire, économique. Mais nous touchons là le poids des résistances collectives. Comme les changements en jeu sont aussi planétaires que fondamentaux, les peurs sont ravivées et les repliés observables. Tout va aussi se jouer dans la manière dont les gouvernants vont accompagner, ou non, ce changement.

 

Si le besoin de pouvoir prime et aveugle certains dirigeants qui ne parviennent pas à concevoir un autre monde ou qui pourraient l’imaginer mais délibérément ne vont pas conduire leur peuple vers les transitions qui s’imposent, alors le risque est de renforcer d’un côté les peurs et les scléroses en tout genre, et, de l’autre les frustrations de tous ceux qui agissent déjà pour ce monde en transformation. Priver les citoyens des capacités de rebond, dont nombre d’associations font état au quotidien de la réalité d’actions réelles et tangibles[6], pourrait être un détonateur supplémentaire et cause de révolte à court ou moyen terme. Car les mécontents de tous poils pourraient associer leurs détresses et leurs insatisfactions pour se liguer contre des autorités qui n’apportent pas les réponses dont ils ont besoin et ne reconnaissent pas la réalité des efforts concrets réalisés pour changer.

 

D’autant que la réalité du changement est là. Le nombre de personnes qui font changer le quotidien est impressionnant. Ce qui manque cruellement c’est la visibilité des actions réalisées et sortir de la représentation largement partagée, et même par les acteurs eux-mêmes qui contribuent à ce changement, selon laquelle chacun se croit seul et isolé, perdu dans un monde individualiste et donc impuissant à faire bouger collectivement les choses.[7]

 

Face à la réalité des milliers d’actions concrètes réalisées tous les jours, il est urgent de changer de représentation, de cesser d’avoir peur et d’hypothéquer le futur d’une angoisse de l’inconnu. Surtout lorsque l’on sait que tout notre pouvoir à créer demain réside dans ce que nous faisons aujourd’hui. A l’instar de l’agriculture, si nous plantons des graines de radis, d’ici quelques mois, nous obtiendrons des radis. Alors si nous voulons un monde basé sur des valeurs qui respectent chacun et qui permettent une indexation de l’économie sur la réalité, une place pour chacun, alors plantons les graines de nos représentations, de nos pensées et de nos actions pour qu’il pousse ce que nous souhaitons.

 

2-1 Changer de quoi, pour quoi ?

 

Il apparaît important d’écouter cette complainte lancinante traversant les continents et les pays et qui, à la date des élections présidentielles, devient le mot clé à brandir pour avoir des chances de gagner. Qu’il y ait un vent de changement c’est un fait (changement de paradigme) mais qu’est-ce que chacun met derrière ce mot ? La question qui se pose est de savoir à quoi les gens aspirent lorsqu’ils réclament du changement : que souhaitent-ils ? par rapport à quoi espèrent-ils une évolution ? et pour aller vers quoi ?

L’utilisation du substantif sans adjectif pour le qualifier peut laisser penser à une sorte d’imprécation, un désir polymorphe ou indifférencié auquel, du coup, tout peut répondre. A contrario, aucune réponse n’apportera les solutions attendues puisque le contrat de départ n’a pas été posé entre les citoyens et le Président élu. Contrat qui consisterait en l’occurrence à clarifier de quel changement il s’agit, quelle direction est visée et quels sont les moyens et les ressources pour y parvenir.

Le danger pourrait être de tomber dans le piège de la notion fourre-tout correspondant au désir consumatoire de consommer le changement pour lui-même et non pas pour répondre à un sens fédérateur, qui reste précisément à déterminer ou sur lequel se mettre d’accord. Ainsi répondre au slogan sur le changement apparaît comme un outil de manipulation et de propagande électoraliste, car c’est dire aux électeurs que l’on va suivre le désir, mais quel est-il justement ? Il y a la potentialité pour la déception et ensuite les frustrations et les colères.

 

Bien entendu, nombreux sont ceux qui ont les idées claires sur le sujet, toutefois, il me semble important d’harmoniser nos représentations afin de vérifier que nous voulons tous la même chose et, si ce n’est pas le cas, ce qui est fort probable avec une société plurielle, alors d’envisager les réponses adaptées selon les besoins.

 

2-2 Participer à un monde qui change est exaltant

 

Etre contemporain d’un monde en mutation est aussi exaltant que lorsqu’il s’agissait, à la Renaissance, d’explorer le Nouveau monde. Aujourd’hui le nouveau monde c’est nous, les explorateurs et la terre à découvrir c’est toujours nous et nos enfants. Comment ne pas trouver grisant de savoir que nous sommes les acteurs du monde à venir ? Evidemment c’est aussi une grande responsabilité, mais il est temps de déployer l’énergie de l’action et non plus les craintes de l’inertie.

 

Pour la première fois de l’humanité, de par le recul que nous permettent les technologies qui facilitent le partage des connaissances et de la culture, nous pouvons avoir un regard réflexif – spéculatif !- sur l’histoire et pouvons, en conscience, faire évoluer notre humanité. Pour la première fois, les citoyens de la plupart des pays ne sont plus condamnés à subir mais peuvent être partis prenante du monde qui change. Il est question d’avoir un peu de courage comme les électeurs des Etats-Unis ou au moins de mobiliser l’enthousiasme que nous avions étant enfants pour nous réjouir de participer à cette reconstruction massive du monde que nous avons, pour beaucoup, laissé négligemment entre les mains de quelques-uns qui n’ont pas eu que des objectifs collectifs.

 

Quel projet exaltant que de contribuer à penser, manifester et réaliser ce monde qui change ! Comme à la suite de la Seconde guerre mondiale, il est question de reconstruction : essayons juste d’éviter de passer par l’étape guerre ! ou révolution dont nous savons combien elles sont meurtrières et destructrices.

Et si précisément, le signe majeur d’un changement passait par la manière de gérer la transition, en douceur et en donnant les clés de l’autonomie à chacun ?

 

3- Vers une humanité 3.0 ?

 

Plusieurs essayistes[8] pointent du doigt l’évolution majeure de notre civilisation et plus encore aujourd’hui de notre humanité. Nous avons produit des technologies dont ne parvenons pas à assumer les effets. Chaque semestre une amélioration technologique permet de diffuser plus vite et partout des informations que ce soit par des débits de transmission accrus de données ou par des outils « nomades » tel que l’Iphone ou l’Ipod par exemple. Si le confort de chacun réside dans le fait de pouvoir consulter partout les informations qu’il reçoit, il est de manière corollaire conduit à « devoir » les traiter immédiatement. Ce qui amène alors à intégrer dans son quotidien cette dépendance à l’information, et donne le sentiment d’un temps qui s’accélère de par l’exigence généralisée de réponse instantanée aux informations reçues.

 

La technologie résout le problème de l’ubiquité mais accroît la polychronie : nous devrions tous faire plusieurs choses à la fois. Cependant, nous connaissons des limites physiologiques : une seule bouche, deux mains et donc une capacité très relative à gérer plusieurs choses en même temps. Aujourd’hui, nous sommes limités émotionnellement et cognitivement pour appréhender la complexité.

 

3-1 Nous ne savons plus gérer la complexité

 

Cette accélération perçue du temps contribue à l’augmentation du stress, c’est-à-dire que nombreux sont ceux qui ont le sentiment de ne pas pouvoir suivre. Ce qui s’accompagne d’un développement significatif des addictions qui rend compte de cette faillite émotionnelle, physique et cognitive à gérer le monde que nous avons participé à créer. La cocaïne tient une partie des traders dont nous voyons récemment les effets des actions indélicates de certains sur l’économie réelle. Et comme le dit une étude récente le pire c’est que la prise de drogues se généralise.[9] Effet des stupéfiants, effet de la vitesse, griserie du pouvoir ? Un cocktail explosif à n’en pas douter.

 

Physiquement nous avons du mal à tenir face à la constance de la machine (son seul problème c’est qu’elle tombe en panne. Ouf ! elle est aussi imparfaite !). Nos limitations physiques deviennent de plus en plus insupportables, ce qui explique l’une des réactions naturelle face à l’impuissance : la dépression qui est en constante augmentation en France.[10]

 

Les addictions peuvent aussi être vues comme l’expression psychologique, individuelle et collective d’une régression. Nous pouvons comprendre le phénomène sociologiquement et envisager que nous repassons par les stades archaïques du développement psychique de l’individu comme un chemin à rebrousse poil en quelque sorte pour trouver un nouveau souffle et repartir ensuite dans un autre niveau d’évolution de notre humanité ?

 

3-2 Le remplacement des humains par les robots : science-fiction ou futur annoncé

 

Notre incapacité actuelle à gérer la complexité nous conduit à envisager différentes manières pour y répondre. Les pires sont celles où l’être humain actuel est laissé de coté. Des recherches sont menées depuis plusieurs années par les armées des Etats-Unis, d’Israël, de la France et d’autres pays occidentaux pour mettre au point un robot qui remplacera les soldats. Evidemment la bonne nouvelle c’est de ne plus envoyer d’homme à la guerre, toutefois, cela n’empêche pas les morts dans les camps adverses et surtout cela ne supprime pas la guerre. Ensuite, si ces robots sont équipés comme les recherches japonaises pourraient le permettre à développer des robots auto-apprenants, la question se pose de la nature des programmes initialement implantés. S’il sont été réalisé par des sociétés militaires, les robots en question sont programmés à tuer, s’ils ont ensuite la capacité d’apprendre que déduiront-ils un fois qu’ils regarderont les limitations des être humains ? Comment les contenir à de simples légions officiant selon le bon vouloir des hommes ? La science fiction nous prévient depuis longtemps des dérives possibles de la science. Et nombre de ses propositions, vécues comme farfelues ou excentriques en leur temps ont rencontré la réalité de la science quelques années plus tard.

 

Si ce ne sont pas les robots, cela peut être des mutants ? La médecine tente de remplacer régulièrement des parties du corps pour continuer à faire vivre les hommes. La question qui se pose est où se situe la limite ? A partir de quand sommes-nous encore des êtres humains et quand devenons-nous des êtres hybrides ? Là encore la science-fiction a cherché à nous prévenir. Mais souvent en vain, car nombreux sont les adolescents fervents de science-fiction qui deviennent ingénieurs ou chercheurs notamment pour concrétiser les chimères qui les ont fait rêver enfants. Toutes les machines de Jules Vernes ont été réalisées.

Troisième option, c’est la reproduction du cerveau humain, dans la totalité de son fonctionnement. Des laboratoires aux Etats-Unis et en Israël travaillent sur ce projet pharaonique de reproduire la totalité des capacités du cerveau humain. L’objectif fixé est 2020 et vingt après connecter la potentialité virtuelle de tous les cerveaux humains. Si cela devenait une réalité, à nouveau, en quoi des cerveaux virtuels qui pourraient piloter des robots auraient-ils besoin d’humains qui mangent, qui ont des états d’âme, qui sont malades, qui dorment, qui ont des émotions ?

 

3-3 Sommes-nous capables d’un saut darwinien dans l’évolution de l’humanité ?

 

Alors la chance de l’humanité 3.0 c’est de décider, en conscience, d’utiliser notre patrimoine d’évolution. Nous détenons ce capital de transformation dans notre néo-cortex. C’est dans cette partie du cerveau que nous avons la possibilité de créer le monde que la complexité que nous avons créé nécessite.

Soit nous décidons volontairement de développer notre potentiel à franchir un nouveau cap de notre humanité, soit nous laissons les laboratoires[11] se charger de nous reléguer à l’obsolescence. Personnellement, je préfère relever le défi d’une humanité qui peut, par elle-même, sans l’appui de la technologie, accéder à penser et gérer la complexité que nous avons fabriquée. Considérons que nous avons créé les conditions darwiniennes pour booster notre propre évolution et donnons-nous les moyens de la mutation.

 

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Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /Nov /2008 19:04

Crise, récession, spéculation….. … ou l’opportunité d’une mutation de société ?
Partie 2

Partie II : une occasion de sortir de nos archaïsmes millénaires ?

 

1- Une crise peut en cacher une autre ?

 

La crise économique contraint à l’urgence de trouver des solutions immédiates pour maintenir le système en faillite. Cependant ces urgences économiques masquent celles écologiques et environnementales dont notre vie à moyen et long terme dépendent. Et plus fondamentalement encore nous sommes face à une crise d’espèce. L’espèce humaine est en danger car n’ayant depuis fort longtemps plus aucun prédateur autre qu’elle-même, à chaque siècle, grâce aux progrès techniques, avec notamment ceux de l’armement, elle a un peu plus les moyens de s’éliminer massivement.

 

D’où nous vient cette propension à l’autodestruction ? Certains biologistes postulent que cela serait la conséquence de la propension naturelle de nos cellules au suicide[1] qui restent en vie dès lors qu’elles reçoivent un signal des autres cellules informant qu’il « faut » rester en vie. Ainsi, la vie reposerait sur l’interrelation tandis que le repli sur soi conduirait à la mort. Il en est de même psychologiquement pour un individu, économiquement pour un pays, qui s’il vit, aujourd’hui, en autarcie meurt, et aussi socialement. Un groupe replié sur soi, devient un clan qui ne sait plus rencontrer la différence de l’autre. Le repli, l’enfermement empêche l’altérité. Le problème que pose les communautarismes ou les tribus c’est qu’elles ne savent pas toujours rencontrer les autres groupes autrement que par la violence.

 

1-1 Une fertilité galopante : signe d’une crise d’espèce ?

 

Nous sommes sans cesse plus nombreux et ravis de voir nos pays en augmentation significative de fertilité ! Bien sûr qu’il faut penser comment payer les retraites du futur. Toutefois un bébé, une prochaine vie ne se résume pas à une spéculation sur les vieux jours de ses parents, même si ce fut, pour l’essentiel de notre espèce, son moteur principal. Aujourd’hui, nous sommes trop nombreux et cela ne va faire qu’empirer. Cependant en parler relève du tabou et pour cause ! Il n’y a rien de plus archaïque et fondamental que la survie de sa propre espèce, les éthologues ont démontré à l’envi[2] que la violence la plus brutale advient lors de la reproduction.

 

Freud l’avait bien dit en son temps, la pulsion fondamentale est double : pulsion de vie et pulsion de mort. Nous voici plus que jamais aux prises avec elle(s). Les indicateurs de climat social dans les entreprises l’ont démontré, lorsqu’un changement délicat survient, on constate une augmentation des maternités, les femmes combinant alors leur projet d’avoir un enfant avec le besoin de sortir, ponctuellement, d’une entreprise dont le contexte est stressant ou n’apporte pas de visibilité. Et si le phénomène était similaire à l’échelle d’un pays ? Par manque de sens, sous le poids du stress des tensions liées aux incohérences et face à l’incertitude d’un paradigme de société en constitution, l’augmentation des maternités ne serait-elle pas alors un symptôme social ? A la fois la manifestation d’une renaissance, l’expression d’une espèce qui se sent menacée – en l’occurrence par elle-même – qui ne connaît que cet instinct de perpétuation pour faire face au danger ? Et ce serait aussi le signe d’un repli sur soi et le moyen de s’exclure pour un temps du chaos ? Les questions qui se posent alors sont : jusqu’où l’humanité peut-elle croître en volume ? Comment endiguer cette croissance effrénée ?

L’humanité n’a pas besoin de se reproduire pour survivre puisque sa seule menace c’est elle-même. Les réponses sont à piocher probablement au-delà des instincts.

 

Les observateurs de l’Onu s’accordent sur le fait que l’éducation des petites filles permet la prise de conscience du processus de reproduction, facilite les attitudes contraceptives et limite les naissances [3]. Oui, mais en France, s’il y a un retour au besoin de rester chez soi, comme le manifestent nombre de jeunes femmes, ce n’est pas uniquement la quête de bien-être c’est probablement l’expression collective de l’impuissance face au fait de ne pas savoir comment parvenir à agir autrement sur et pour le monde devenu « fou ». Un repli « local » face aux tourments « globaux » ? Cependant, une fois tous ces enfants nés, il faudra les nourrir, et où vont-ils vivre ? Dans des villes surpeuplées dont la promiscuité galopante accroît la violence ? Dans des campagnes ? Oui mais dont les terres appartiennent à qui ? Est-il réaliste d’envisager que chacun puisse cultiver son lopin de terre lorsque nous serons plus de 9 milliards ? Surtout lorsque l’évolution climatique réduit chaque année les espaces cultivables ?

Alors ?

Ce n’est pas en faisant l’autruche que nous allons nous en sortir.

 

1-2 Le spectre du Meilleur des Mondes

 

Et là deux attitudes majeures : soit encourager la peur et laisser le pilotage de l’avenir de l’humanité et de la planète entre les mains de quelques-uns, soit les citoyens prennent, à bras le corps, les thèmes sur lesquels ils ont des compétences, ce qui est déjà le cas des associations, et la nouvelle société émanera de l’agrégation de ces actions concrètes, pragmatiques locales et systémiques qui changent réellement en profondeur la réalité. Ce qui manque aujourd’hui c’est la visibilité sur ces milliers d’actions qui renforcent la représentation que le monde change, réellement, à petit pas et partout.

 

Si nous maintenons le vide laissé par les citoyens apeurés et perplexes s’installer c’est alors le terreau idoine pour un Meilleur des mondes à la Orwell. Car manipulés par un climat de peur volontairement instauré et entretenu, comme tout groupe de mammifères, lorsqu’il y a danger, les membres du clan se replient, font corps contre l’ennemi extérieur et nomment un chef charismatique, suffisamment agressif qui saura gérer les menaces. Cette délégation peut être dangereuse, selon les valeurs et les motivations qui animent ces leaders. Le dérapage vers une dictature est alors tout à fait possible.

Et les signes sont là.

Régression des droits humains pourtant durement acquis. Perte de la liberté de la presse, très souvent muselée par les actionnaires des groupes de presse, souvent financiers tirant profit de ce segment de marché, mais la plupart du temps totalement éloignés de l’esprit de ce métier et de l’éthique de la profession. Résultat une cause supplémentaire de désaffection des lecteurs auxquels s’ajoutent la profusion de blogs et autres moyens de communication et d’information gratuits sur Internet

Nous pouvons ajouter à la régression de la liberté, le renforcement de la sécurité et des moyens d’observation des citoyens (scanners des emails, caméras, empreintes, cartes d’identité et passeports biométriques, ADN fiché..), sous prétexte de sécurité et de protection tout est là pour contrôler les agissements des personnes, canaliser, voire réduire, les libertés et freiner, voire endiguer, les initiatives alternatives au dogme établi.

Ceci faisant aussi les conditions d’une révolution à moyen terme. L’autorité abusive a toujours été renversée. C’est juste une question de temps. Aujourd’hui, les informations s’échangeant sans cesse plus rapidement avec Internet, les effets systémiques des cycles actions / réactions s’accélèrent.

 

 

1-3 L’exaltation de la peur !

 

Nous savons que nous réagissons de manière privilégiée à la peur. La fonction de notre cerveau reptilien est de prendre le contrôle en cas de danger pour nous permettre de survivre. Il pilote physiologiquement toutes les fonctions vitales et les instincts pour nous faire réagir, par réflexe, en cas de survie.

 

Toutefois, utiliser sans cesse la peur[4] est suicidaire individuellement mais surtout socialement.[5] Nous savons que les effets de masse, de foule exacerbe les réactions émotionnelles et conduisent invariablement aux pires excès, les révolutions de tous poils en sont pleines.

 

1-4 Sortir une bonne fois de l’imaginaire de l’Apocalypse ?

 

Le 11 septembre 2001, au-delà de l’événement lui-même, a cristallisé les peurs millénaristes et le spectre des terreurs apocalyptiques. Le choc fut tel que collectivement le processus de deuil a été très long, il a fallu attendre 2005, majoritairement pour que les premiers ouvrages sortent sur monde qui renaît ! Et voilà qu’à peine le collectif sort un peu la tête de l’eau, plouf, rebelotte, une crise majeure, multi-facettes qui agit comme un tsunami, - nous sommes montés crescendo pour qualifier les catastrophes que nous vivons-, et relance le spectre de l’Apocalypse ! Mais bon sang quand allons-nous nous décider à ne pas retenir uniquement le sens de catastrophes en tout genre et privilégier la traduction littérale du mot grec apokalupsis : « révélation » ?

 

Ce qui questionne alors c’est pourquoi ne conserver qu’un sens ? Probablement parce que ce qui est apocalyptique se vend bien puisque c’est spectaculaire et que cela fait de l’audimat. Et surtout parce que cela attise nos archaïsmes (cerveau reptilien et limbique). Ce que nous connaissons depuis des millions d’années, depuis l’existence de la vie sur terre c’est la peur, celle de la crainte pour sa survie, face aux cataclysmes et aux prédateurs en tous genres. Alors réveiller cette peur millénaire n’est pas difficile, pourtant ce n’est pas de cela dont saint jean voulait nous parler. Probablement essayait-il avec ses moyens et son contexte de nous mettre en garde contre des risques obscurs de laisser libre cours à nos angoisses. D’autant que nous pouvons aujourd’hui tout à fait réaliser une percée possible, une lumière à l’issue du tunnel (que nous avons nous-mêmes bâtis), si nous savons l’identifier et la construire.

 

Une autre raison explique le fait que l’Apocalypse se vend bien c’est que cela procure des sensations fortes. Notre cerveau limbique, qualifié de manière réductionniste de siège des émotions, a un goût privilégié pour les stimulations intenses de toute nature. Lorsqu’il a stimulation, c’est le premier cerveau qui réagit. Selon la dangerosité, le reptilien prend la main. Mais le dernier à se manifester est le néo-cortex. Dernière étape du développement du cerveau, le néo-cortex permet d’apprendre, d’agir autrement, de manifester son libre-arbitre et surtout de ne plus agir et être déterminé par les peurs et les instincts. Rappelons-nous que l’on dit sans cesse que nous n’utilisons que 10% de notre cerveau. Peut-être serait-il temps de puiser dans cette immense réserve ?

 

A cela se rajoute des représentations issues de notre bassin culturel judéo-chrétien, selon lesquelles les stimulations correspondent à la vie sur la terre. Le conflit c’est la vie[6], et la paix, s’obtient au paradis, lorsqu’on est mort. Evidemment cela dispense beaucoup d’entre nous de vouloir explorer, symboliquement, des territoires associés à la mort. Curieusement nous sommes prêts à expérimenter tous les types de violences des plus sadiques ou plus guerrières qui, toutes, conduisent à une mort physique ou psychique, mais la paix, non. Ainsi nous perpétuons des relations intenses basées sur des rapports conflictuels et névrotiques qui nous garantissent de la jouissance et nous assure d’être bien vivants. Une bonne dose d’adrénaline et hop ! c’est reparti.

 

Les enjeux sont de taille car pour mobiliser notre énergie vitale et psychique à élaborer un autre monde nous sommes en butte à la prégnance de nos archaïques qui nous conduisent surtout à répéter ce que nous savons déjà faire.

 

Et une cinquième raison à entretenir l’imaginaire apocalyptique c’est que raviver la peur permet de « vendre » toujours plus de sécurité et surtout des héros qui « sauvent » le monde. On entretient alors le mythe du sauveur[7], rôle tenu par quelques-uns, une élite. Ce qui renforce la course au pouvoir et entretient narcissisme et ego, ingrédients de l’individualisme. Une société fragmentée est davantage soumise car chacun se sent impuissant, elle est alors le terreau idéal pour la venue de chefs charismatiques, de sauveurs dont la propension à la dictature pourrait être une tentation.

Ajouter à cela la « faillite » du politique » c’est-à-dire, d’un côté, des acteurs politiques ayant oublié la mission initiale d’engagement pour la Cité et la cause publique et, de l’autre, des citoyens déçus par des alternatives institutionnelles qui ne répondent pas à leurs préoccupations. Dépités, nombreux sont ceux qui noient leur morosité dans la consommation et les programmes de distraction de la télévision. Pendant ce temps on oublie ses soucis et les Etats gagnent une population abêtie, plus facile à manipuler. Le désengagement des citoyens crée le vide propice à l’avènement de toute forme de tyrannie.[8]

 

Une autre raison encore, l’Apocalypse revêt un goût de stupre et de souffre, ravive nos attirances pour l’interdit et entretient la fascination pour le mal et la jouissance à se laisser tenter. Là encore pour en sortir, il faut décider de ne plus subir les arcanes de nos besoins archaïques de jouissance. Il est alors question de vouloir passer de la jouissance, au sens psychanalytique, au plaisir qui intègre alors l’altérité. Je jouis de l’autre[9] tandis que je prends du plaisir avec l’autre et ceci dans toutes les formes de relation. Nous pouvons décider, individuellement et collectivement d’un monde qui respecte l’altérité de tous. Il s’agit alors d’éthique[10].

 

1-5 De l’Apocalypse aux émotions

 

L’Apocalypse (de saint Jean) se vend bien, 60 millions d’ouvrages vendus en moyenne par an dans le monde. Ce qui entretient l’imaginaire et les représentations, régulièrement corroborées par des événements qui valident les systèmes de croyances collectives, « démontrant » qu’il y a bien une augmentation significative des catastrophes, donc une ère de fin du monde. Et c’est alors une nouvelle vague émotionnelle qui balaye l’Occident et le monde à sa suite, ravivant les peurs et donc les replis en tous genres : inerties, rejets des autres, et les radicalismes de tout poil : conservatisme, moralisme, communautarisme, intégrisme, racisme, tout ce qui fait rejeter l’autre et sa différence.

Toutefois, il est toujours dangereux de crier au loup, l’imaginaire s’embrase et les comportements deviennent irrationnels, la peur ravive la violence….

1-6 Un énième retour du refoulé ?

 

La spéculation boursière repose sur des modèles mathématiques et là encore une nouvelle hypothèse. Les financiers et les banquiers, issus d’études de gestion de finance voire de mathématiques appliquées à la finance, sont perçus et se perçoivent comme modèles de la rationalité. Traiter l’argent est une affaire sérieuse qui se fait avec analyse et rationalité et sans états d’âme. Pourtant les attitudes spéculatives répondent plutôt à des effets mimétiques, qui sont davantage du côté de l’émotionnel que de la rationalité. Les comportements des traders ne démontrent pas d’un calme et d’un équilibre que l’on attendrait d’une raison détachée du cœur. Par ailleurs, les affolements de la bourse, la volatilité des marchés évoquent une tornade d’irrationalité légitimant la maxime « le système est fou ». Enfin, les marchés spéculent sur les désirs, des hypothèses prospectives des comportements d’autrui, tout ceci baignant donc dans les sciences humaines. Les modèles mathématiques ne parviennent peut-être pas à embrasser la complexité humaine. Et le faudrait-il d’ailleurs ?

 

Le monde de la finance se vivant très éloigné des considérations humaines et sociales, à force de cliver raison et émotions, la part réelle de toute être humain (sentiments, humeurs, états d’âme) sont refoulés et bouillonnent néanmoins comme dans une cocote minute prête à éclater. Alors régulièrement les explosions collectives viennent remettre les pendules à l’heure. Toutefois, dans un monde globalisé elles prennent des proportions gigantesques puisque systémiques. Le 11 septembre 2001 a frappé physiquement et symboliquement le centre de la finance à New York mais aucun changement majeur de gouvernance n’a été opéré face aux excès de la finance, de la spéculation ravageant économiques et individus. Et 7 ans plus tard, quasiment à date anniversaire, au même endroit, les bourses s’affolent et les marchés vacillent.

 

Peut-être pourrions-nous cesser de refouler nos émotions ? En réconciliant raison et sentiments, analyse et intuition, nous retrouverions nos capacités d’homme et de femme entiers, assumant nos limitations, imperfections, nos parts de féminin et de masculin, sans complexe avec courage et humilité. Cela pourrait valoir le coup d’essayer.

Tenter l’expérience de ce retour vers un être humain entier, complet (au sens d’âme, esprit, corps et cœur réconciliés) et incomplet au sens d’une finitude acceptée, permettrait de sortir des représentations idéales que nous avons sur nous-mêmes et sur le monde. Peut-être pourrions-nous alors rejoindre l’économie réelle ?

 

3- Un retour à la réalité

 

Quelque que soit les mots pour qualifier cette « crise », ce qui est évident c’est que nous assistons à la faillite d’un système financier qui a perdu le sens du réel, qui n’est plus rivé sur les actifs, des biens et produits réels de entreprises mais sur les bulles spéculatives et les désirs de profits immédiats au détriment d’un nombre croissant de personnes. Il y a encore peu, les déséquilibres économiques clivaient la société en deux enrichissant de manière outrancière les plus riches et appauvrissant dangereusement les plus démunis. Au printemps 2008, l’augmentation spéculative du baril de pétrole et des denrées alimentaires ont aussi touché les « classes » dites moyennes et les cadres des entreprises déjà aux prises avec stress, tensions et autres paradoxes organisationnels ont aussi vu leur pouvoir d’achat s’éroder. De ce fait, de plus en plus de personnes se sentent coupées en deux, clivées entre leurs valeurs et leur désir de participer à un monde équitable et leur perception d’une réalité économique en pleine turbulence.

 

3-1 Attention de pas supprimer la classe moyenne

 

Au niveau mondial ces dérives spéculatives ont fait frémir le corps social et des émeutes de la faim ont crié partout le désarroi et le besoin que les excès de quelques-uns, dont les effets sont vécus par le plus grand nombre, cesse. Si ces mises en garde sont entendues, les explosions sociales pourront peut-être être évitées. Mais lorsque nous entendons les patrons des agences de publicité et de marketing dirent que désormais la consommation va se couper en deux : d’un côté, entre des achats à très bas prix de produits de consommation indispensables et, de l’autre, des tarifs exorbitants pour des produits superflus, c’est faire un déni délibéré de la réalité sociale, car celle-ci est plurielle. C’est aussi éliminer le « milieu » : les prix moyens achetés par une bonne partie de la population constituant aujourd’hui la classe moyenne[11].

 

Il y a un risque en décidant des formes de consommation de réaliser, symboliquement, une dérive vers une négation d’une classe sociale qui pour le moment est quasiment la seule à faire tourner l’économie. Car d’un côté elle produit en tant que salarié, entrepreneur, artisan ou profession libérale et de l’autre elle consomme. Nous avons vu, par le passé, les ravages causés par l’élimination sociologique d’une classe sociale. Ainsi, à la suite de la révolution industrielle, l’exode rural a tué la classe paysanne et ensuite la robotique a eu raison des ouvriers. Alors certains sociologues en ont déduit que décrire la société par la catégorie des classes sociales n’était plus pertinent car cela ne reflétait plus la réalité du corps social. Cependant, ceci a eu des effets en terme de représentations. Les acteurs sociaux appartenant à la classe sociale d’ouvriers par exemple, ne retrouvaient plus alors d’existence légitime car elle n’était plus reconnue par l’ensemble de la société. Et cela a contribué à la déliquescence de la classe ouvrière, devenue effectivement minoritaire. Les ouvriers ont alors eu des difficultés à se représenter leur propre existence, ayant perdu tour à tour emploi, représentativité, idéologie fédératrice (chute du communisme) et représentation sociale de leur classe.

Soyons alors attentifs aux effets systémiques d’une réalité et les glissements en matière de représentation sociale qui parfois peuvent conduire à la désagrégation d’une partie du corps social.

 

Nous prenons alors à nouveau le risque du clivage et des extrêmes.

 

3-2 Incompréhension et clivage

 

D’autant que dans le contexte de la crise financière, les mesures pour renflouer les banques sont mal comprises par le grand public. On confond les garanties que l’Etat donne aux banques avec de l’argent réel prêté. Seulement ce qui reste dans les esprits, par des raccourcis interprétatifs, par méconnaissance ou parfois par volonté médiatique privilégiant le spectaculaire, c’est l’impression de s’être fait avoir. Ceux qui sont dans le besoin vivent ces annonces comme une injustice et aboutissent aux conclusions suivantes : on fait appel aux épargnants et aux contribuables pour renflouer les banques qui ont spéculé sur l’argent engraissant les plus riches et appauvrissant les plus démunis, comme les subprimes l’ont montré. Ainsi certains jetés dehors par les banques qui ont spéculé sur leurs biens devraient en plus payer des impôts exorbitants pour renflouer les mêmes banques qui les ont expulsés. Cette crise est alors perçue comme une immense injustice et renforce le conflit social, clive davantage les rôles : les « pauvres salariés » qui cette fois-ci pâtissent réellement des conséquences de la crise, comme les salariés des entreprises liées à l’automobile et de l’autre les « méchants patrons », ne concernant qu’une minorité qui réalisent des spéculations douteuses et qui entachent l’image de milliers de petits entrepreneurs, patrons de PME qui eux font tourner l’économie au quotidien.

 

Cependant même si le grand public se trompe, c’est à partir de cette compréhension largement véhiculée que les représentations se forgent et se transmettent et c’est à partir d’elles que les comportements de colère vont alors se manifester.

 



[1] Quelques informations simples sur le sujet :  http://lasculptureduvivant.free.fr/cosne.html - Jean-Claude Ameisen, La sculpture du vivant Le suicide cellulaire ou la mort créatrice, Collection Points, Seuil, Paris, 2003.

[2] Reportages de la chaîne National Geographic sur les modes de reproduction des animaux.

[4] J’en ai largement fait mention dans mes ouvrages : Réussir le changement, comprendre les blocages individuels et collectifs, De Boeck, Bruxelles, 2008, Violences en entreprise, Comment s’en sortir ? De Boeck, 2006. Gérer les conflits, Dunod, Paris, 2005,  et aussi dans un essai : En quoi le mal nous rend plus humain, L’Harmattan, Paris, 2002. J’ai tenté de démontrer de diverses manières l’importance du lien entre peur, inertie, sentiment d’impuissance et violence et que l’issue principale est l’éducation au sens, à la conscience, donner des clés pour comprendre afin de libérer l’action.

[5] Rappelons-nous des travaux de Le Bon sur La psychologie des foules, Quadrige, PUF, Paris, 2003.

[6] Déformation abusive des propos de Freud (conflit intra-psychique entre les instances psychiques le Ca et le Surmoi) et surtout édicté en dogme et incitant de nombreux psychanalystes à encourager la dynamique de conflit, car ainsi on reste vivant ! Principe soutenu aussi par la majorité des sociologues à la suite des travaux de Weber, Marx et Simmel pour lesquels le conflit est la preuve de la vitalité sociale et sans lui, le risque est de tomber dans la violence. Certes ! Je partage ce point. Mais c’est sans se rappeler ce que justement Freud avait mis en évidence à savoir qu’il existe une instance au delà des deux premières, qualifiées de pulsionnelles et constitutives de l’inconscient : le Moi. Elle est l’instance psychique consciente et régulatrice de ce conflit intra-psychique et correspond à l’évolution des capacités de notre cerveau, à savoir le néo-cortex. Alors par extension nous pouvons aussi regarder les modalités de régulation sociale, la médiation, par exemple, étendue à de nombreuses branches métiers, constitue probablement une voie, comme l’est le développement soutenable, dans un autre registre. Mon propos est de nous rendre attentifs au fait que nous pouvons, parfois, encourager des représentations qui ne rencontrent plus forcément la complexité de la réalité.

[7] Thème largement développé dans la filmographie américaine.

[8] Volonté clairement exprimée auprès des instituts de sondage. Insee, Sofres..

[9] C’est cette jouissance qui anime la narcissique pathologique qui se sert d’autrui pour ses propres fins et non pour construire avec lui une relation « durable ».

[10] L’éthique au sens de Ricoeur : sa « petite éthique », constituée de trois « moments » : celui de la visée éthique de ce qui estimé bon, plus aristotélicien et téléologique, celui de la norme morale de ce qui s’impose comme obligatoire, plus kantien et déontologique, et celui, proprement ricoeurien, de la sagesse pratique (éthique appliquée à la médecine, à la justice..). Voir l’article dans son entier : http://www.fondsricoeur.fr/index.php?m=24&lang=fr 

[11] Dont certains disent qu’ils souhaitent surtout consommer des produits de consommation équitables.


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Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /Nov /2008 18:58

Crise, récession, spéculation…..

… ou l’opportunité d’une mutation de société ?

  

Rien n’arrête une idée dont le temps est venu. Victor Hugo

 

En résumé :

 

Notre société - aussi bien la société mondiale qu’occidentale ou française - est à un tournant majeur de son évolution.

Notre modèle économique a combiné science et finance oubliant le principe de Rabelais selon lequel science sans conscience n’est que ruine de l’âme, alors le système tourne sur lui-même, comme fou conduisant aux faillites des banques et la remise en cause fondamentale de notre modèle économique. Ce qui pose alors la question du progrès (comme modèle du paradigme moderne) désolidarisé des racines et de ce qui fait sens. Les citoyens et les salariés, face aux incohérences et aux paradoxes, crient leur souffrance et leur stress, et réclament sens, bienveillance, bien-être et respect. La plupart souhaite construire ensemble, un sens qui mobilise le corps social par une intelligence collective, permettant de relever les défis que nous avons créé et les menaces environnementales et sociétales que nous avons laissé dériver.

 

Partie I : crise, spéculation : de quoi est-ce le symptôme ?

 

1- De quoi parle-t-on ?

 

Lorsque l’on parle de crise, rappelons-nous que son étymologie est tirée de l’environnement médical et nous rend attentif au fait qu’elle est, par essence, éphémère, ponctuelle, passagère, « un moment critique »[1]. Et voilà que nous en parlons depuis plusieurs décennies maintenant. D’aucuns[2] voudraient nous faire d’ailleurs voir les années récentes 2005 à 2007, comparée à aujourd’hui comme des moments de croissance assez exceptionnels. Ce serait oublier bien facilement les unes des journaux et des magazines évoquant, à l’envi, le malaise des français, ou les titres de livres sur l’Effondrement[3] de nos civilisations.

Ce phénomène qui dure explique alors la raison pour laquelle le mot récession est préféré par les économistes, depuis le milieu du XX° siècle, car il rend davantage compte de la durée du phénomène.

Et tout l’enjeu est là. Est-ce que cela va durer ou non ?

La question n’est alors pas de chercher à prédire l’avenir que de trouver des alternatives viables qui mobiliseraient l’ensemble des citoyens vers un futur volontairement construit et non pas de subir, apeurés et impuissants, une inertie proche de la sinistrose.

 

J’ai gardé le meilleur pour la fin. Spéculation. Il est tout à fait passionnant de voir l’évolution du mot dans le temps. Au départ, il signifiait observer attentivement « les phénomènes naturels, dont spécialement les astres »[4]. L’attitude spéculative du philosophe se rapprochait alors de celle méditative du sage. Ce n’est qu’à la fin du XVIII° siècle que l’acception évolue passant de : « réfléchir » à celui de « profiter des fluctuations naturelles du marché pour réaliser des bénéfices. 1792, Robespierre[5]. » Enfin, un autre sens tout à fait intéressant pour « observer » notre société sous un autre œil, est celui de l’origine du mot dérivant de speculum qui était un objet d’observation dont la surface intérieure forme un miroir[6]. Je reviendrai sur ce point. Toutefois, à ce stade, nous pouvons retenir l’aspect superficiel de l’image, du reflet de quelque chose plutôt que de la chose elle-même.

 

1-1 Un florilège de crises :

 

Comme je le mentionnais dans la Newsletter12Changement,[7] nous assistons à un cortège de crises : « Elle est à la fois celle des subprimes, des liquidités, de l’argent, de la dette, du crédit, de l’immobilier, de l’économie, de la spéculation, de la finance et c’est aussi une crise sociale. » Auxquelles nous pouvons rajouter « crise de confiance et crise de l’espèce humaine ». Il ne s’agit pas d’un inventaire à la Prévert mais bien de l’illustration d’un modèle de société qui s’effondre et entraîne, avec lui, par un effet domino, les autres pans de l’économie et du social. Car de quoi s’agit-il ? D’un modèle de société à repenser et à faire évoluer.

 

D’où la versatilité des humeurs, des marchés volatiles, des bourses instables ... Ce sont les repères d’un modèle moderne qui sont ébranlés et la nécessité de redéfinir les fondamentaux. Comme nous le développons plus loin, les alternatives, les actions concrètes existent et fonctionnent et ceci partout dans le monde. Il suffit de sortir de nos représentations figées d’un monde qui s’effondre pour voir les signes de celui qui naît, de la RenaiSens d’un monde qui veut vivre et revenir à l’essentiel… qu’il convient de définir.

 

 

1-2 Le monde est fou

 

Tout le monde semble s’accorder sur le fait que le monde est fou, ce n’est pas sans rappeler la chanson de Pauline Ester : « Le monde est fou, fou …» ou le slogan publicitaire d’Alain Afflelou : «  Il est fou, Afflelou ». Nous faudrait-il d’autres lunettes pour voir le monde ? La triple acception du mot spéculation prend alors, avec humour, tout son sens.

 

On comprend mieux pourquoi notre société occidentale se concentre sur l’apparence, la peau, l’image, l’aspect superficiel des choses pendant que le « fond » est en recomposition et que le sens n’est pas encore reconstruit. Ce qui explique aussi la place prépondérante accordée à la communication, privilégiant la forme, spectaculaire, percutante, professionnalisant ses techniques et minimisant le contenu des messages. En écho à la société en métamorphose, la chenille travaille sa carapace, embellit son cocon extérieur tandis que la transformation s’opère à l’intérieur. Espérons que l’issue sociale sera aussi de devenir papillon, pour le chef d’œuvre que représente l’animal et non pour sa durée ![8]

 

La crise que nous rencontrons est celle des bases du modèle de société dans lequel nous vivons, nous devons repenser la plupart des valeurs et des fondements qui le sous-tendent. Il n’est pas étonnant que ce soit déstabilisant. Dans l’intervalle, on se distrait de l’essentiel, - que précisément il faudrait parvenir à définir-, de par le besoin de loisirs, la quête du ludique. On se concentre sur soi, comme un repli, d’où la place prépondérante du narcissisme, à la fois reflet de soi-même pouvant conduire à l’égocentrisme, et aussi moteur essentiel de l’esprit d’entreprise, donc de la capacité à dépasser les limites et aller vers de nouveaux horizons.

 

Dire que le monde est fou permet surtout  d’éviter de le comprendre, même si pour y parvenir, il s’agit de rentrer de plein fouet dans la complexité. Pourtant « ce monde » n’est pas une bête bizarre et étrangère, extérieur à nous, il est le produit de ce que nous avons construit ou laissé faire. Aujourd’hui nous devons y faire face et nous prenons dramatiquement conscience que nous nous sentons démunis pour y parvenir. Notre mode de pensée binaire est caduc, notre appréhension séquentielle des choses ne suffit pas, notre habitude à tout séparer, par souci de spécialisation ne répond plus aux exigences complexes du monde technologique que nous avons produit. La plupart des plus grands scientifiques l’ont compris et s’unissent, de manière transdisciplinaire, pour appréhender les phénomènes qu’ils observent. Il est aujourd’hui question de partager cette complexité avec tous pour donner les moyens à chacun de réaliser le saut quantique vers le paradigme suivant.

 

 

2- Le nouveau paradigme : sommes-nous prêts ?

Paradigme moderne s’essoufflant

Nouveau Paradigme en émergence

Néo-renaiSens

Entre-deux paradigmatique

Post-moderne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


2-1 La saturation du paradigme moderne

 

Le paradigme moderne est moribond car il n’est pas parvenu à honorer ses promesses de bonheur pour tous.[9] Les progrès technologiques ont certes produit des améliorations significatives de notre confort, la médecine nous permet de vivre en meilleure santé et bien plus longtemps qu’il y a quelques décennies… Toutefois, le corollaire ce sont des industrialisations de la mort et de la guerre, les outils pour s’autodétruire, comme le XX° siècle nous l’a si bien démontré.

Sur le plan économique cela se traduit par une exacerbation de la concurrence n’ayant comme seul objectif que de nous faire consommer pour consommer nous conduisant à être des hamsters dans la roue du Toujours plus, pour paraphraser François de Closets. Toujours plus de travail, plus vite, consommer plus et finalement pour quoi ? Le bonheur annoncé par le siècles des Lumières a été dévoyé par les dérapages spéculatifs et consuméristes. Le salarié n’est pas plus heureux, il a plus de confort, mais il travaille pour consommer et non pas pour profiter de la vie. Avec le développement des technologies de l’information, il est de plus en plus stressé, fatigué.

De plus, les excès de nos consommations, entraînant des abus d’utilisation des matières premières, ont les conséquences environnementales et climatiques que nous connaissons. Bref, un certain nombre de déséquilibres individuels et collectifs et, au bout du compte, le bonheur n’y est pas. Bien au contraire, ce sont des crises de tous types que nous rencontrons qui s’enchaînent et s’entremêlent.

 

2-2 La post-modernité comme entre-deux paradigmatique

 

Alors pour en sortir, depuis la chute du mur de Berlin et la Fin de l’Histoire de Fukuyama, nous pouvons dire que nous sommes entrés dans une étape post-moderne, qui correspond à cette phase chaotique[10] où un modèle se délite et un autre commence à émerger, évidemment sans forme et difficile à saisir, balbutiant. La post-modernité[11] incarne alors cet entre-deux, par une consumation effervescente et fusionnelle où la vie est en train de se renouveler sur les cendres d’une société gémissante. Il n’est qu’à voir le nombre d’ouvrages qui rendent compte de « la mort de ceci », de « la fin de cela » ou encore « d’une France qui tombe » et d’une société qui part en lambeaux. Ceci créant un climat délétère de sinistrose et de morbidité propre à l’inertie, au désespoir et à la fatigue d’être soi. Déprime et peur se traduisent aussi par des violences, expression désespérée de l’impuissance face à l’immensité du changement à opérer.

 

François Lyotard[12] a marqué, avec son ouvrage La condition post-moderne, rapport sur le savoir, le début de cette phase d’entre-deux paradigmatique,[13] sonnant le glas des grands récits et dans le même temps des idéologies qui toutes avaient déçu conduisant à chaque fois vers des sectarismes en tout genre voir des génocides. Alors il ne reste plus aujourd’hui que les petits récits, ceux des personnes, seules variables « sures » dans cet océan de promesses non tenues. D’où le succès international des story telling qui permettent, par des anecdotes, de raconter quelque chose de personnel pour illustrer un propos. L’idée fatigue, les gens se motivent pour les télé-réalités car ils ont l’impression de se retrouver entre-soi et peuvent s’identifier à leurs semblables.

 

Seulement voilà le post-moderne déstructurant n’a qu’un temps. Le mouvement Gothique est l’un des exemples les plus spectaculaires pour illustrer comment l’imaginaire social a besoin d’aller visiter l’underground, le ventre de la terre, la matrice primordiale pour se recomposer et rechercher de nouvelles graines / références pour un autre temps. La mort, l’obscur, la décomposition sont une étape comme l’automne et l’hiver avant le printemps. Si nous restons trop longtemps englués dans la mort, nous pourrions y sombrer.

La post-modernité met en évidence les signes de ce monde en recomposition, de ces balbutiements et tâtonnements vers un autre modèle. Chacun de ses éléments est quasiment à double-polarité, tout peut basculer vers le pire : violences, guerres, révolutions ou vers le meilleur… et pourquoi pas vers un juste milieu ? D’où le lien avec les sagesses orientales.

 

2-3 Le nouveau paradigme : Néo-RenaiSens

 

Notre hypothèse est que ce paradigme / nouveau temps en émergence serait une Néo-RenaiSens.[14] La post-modernité pourrait être assimilée à la phase symbolique des origines de la création du monde. Lorsque du chaos mythologique, des eaux primordiales sort la vie. La post-modernité marque le temps d’une civilisation moribonde en décomposition. Elle est le compost sur lequel le nouveau paradigme peut prendre appui et se construire, emprunt d’espoir, de vie et de valeurs « bio ».

 

Nous assistons à une recomposition de l’imaginaire, du social, des fondements de notre société, car l’essentiel des bases est à repenser pour permettre à un nouveau modèle d’advenir. Nous faisons alors le parallèle avec le Moyen-Age, dont les effervescences ont préfiguré la Renaissance, époque de l’alchimie[15], faisant la liaison de différents mondes, de la science balbutiante et de la pensée classique grecque et latine redécouvertes.

 

Aujourd’hui, nous cherchons les modèles humains auprès desquels reprendre un nouveau souffle. C’est la raison pour laquelle, nous remettons au goût du jour les apports des sociétés premières et la sagesse des anciens[16]. La prise de conscience écologique a redécouvert leurs fondamentaux. Les sociétés « premières » ont toujours su respecter la terre, ne lui prélevant que le nécessaire[17], ne cherchant pas à la posséder[18].  Par ailleurs, les emprunts faits à d’autres époque de l’humanité, tels que la pensée classique, ont conduit à la pensée des Lumières dont aujourd’hui nous subissons les dérives et ce qui nous amène à ne voir que les conséquences obscures de ses principes. Ce qui explique, en partie, le rejet de la pensée, des discours universitaires[19], des apports didactiques et, en contre point, le succès des romans qui communiquent légèrement, mariant les genres que la science distingue, alliant vie, aventures, distraction et connaissance.

 

Nous assistons à une recomposition de différents modèles qui ont pu bercer, de près ou de loin, notre civilisation pour obtenir de nouvelles références et construire un nouveau modèle. D’où le retour en force de la magie, de l’imaginaire du Moyen-Age qualifié, par les Lumières, d’obscurantisme et dans lequel  il y a peut–être quelques éléments à redécouvrir[20]. Et aussi l’attrait pour l’Orient classique pour ses apports de sagesse, notamment le Tao, proposant un regard sur la vie bien différent de notre vision occidentale et moderne.

 

 Lire la suite : Partie II : une occasion de sortir de nos archaïsmes millénaires ?

 

Publié dans : Politique
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