Présentation

 

Christine Marsan vous propose plusieurs prestations  :

Du sujet à l'entreprise, diverses propositions d'intervention

  • Comprendre la complexité pour gérer au quotidien son entreprise et ses équipes. Psycho-sociologue et praticienne des relations humaines, je mets à votre disposition conférences, débats, ateliers de réflexion pour appréhender les différentes thèmes de la complexité organisationnelle appliqués à la stratégie, à la DRH et au management. Ce qui vous permet d'avoir une longueur d'avance afin de manager intelligemment et avec éthique.
  • Penser autrement pour agir autrement : Elaborer une stratégie, innover repose sur une autre approche de la créaitvié, combinant la compréhension de la complexité, les ressorts de l'imaginaire et les outils de la créativité. Ce n'est qu'en faisant évoluer nos cadres de références que nous pouvons innover autrement! Site : www.christinemarsan.fr
  • Diagnostic de votre entreprise : vous souhaitez faire évoluer votre entreprise et vous avez besoin d'une aide pluridisciplinaire pour envisager toutes les facettes du changement. Pour plus de détail, voir le site de Renaissance : www.christinemarsan.fr
    Coaching Existentiel : je vous aide à vous réaliser, à être pleinement qui vous êtes et que vous n'avez pas encore osé révéler et à atteindre vos objectifs. Pour voir plus en détail de quoi il s'agit, aller voir l'article : coaching existentiel. www.christinemarsan.fr 
  • Thérapie holistique : vous avez envie de faire un travail approfondi sur vous et aussi d'être pris en considération dans la totalité de vos facettes (différents engagements, considérations professionnelles, dimension psychologique, énergétique et pourquoi pas aussi spirituelle). Je vous offre un espace et des méthodes, qui en respect de votre choix et ce que vous voulez explorer de vous, vous permettra de vous épanouir, de dépasser souffrances et blocages et de développer une plus grande autonomie. Pour plus de détails voir la partie "développement de la personne" dans le site www.christinemarsan.fr .
  •  

Ce blog a pour objectif de vous faire partager plusieurs années de réflexion sur la société, la personne, les impacts des évolutions de l'entreprise et aussi un peu de ... philosophie et de politique.
 

Vous trouverez ici des articles dans les domaines suivants :

  • Sciences Humaines :
    • psychologie,
    • sociologie,
    • philosophie,
    • politique..
  • Professionnel :
    • coaching et accompagnement au changement.

Vous trouverez une présentation succincte sur mon short web site : www.christinemarsan.eu et pour un descriptif plus détaillé de mes activités professionnelles vous pouvez visiter le site : www.christinemarsan.fr.

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Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /2008 19:07


Crise, récession, spéculation…..

… ou l’opportunité d’une mutation de société ?

Partie III : Les potentialités du changement

 

1- Obama Président : la couleur du changement ?

 

Au-delà d’une élection américaine, Barack Obama symbolise le changement de société et avec lui c’est l’accès au nouveau paradigme qui est en jeu. Ce qui explique aussi pourquoi la planète entière est rivée sur les élections. La tempête boursière a accru la pression sur la nécessité de changer, tout comme évidemment par effet de compensation bien humaine, les frilosités et résistances collectives au changement. Et qu’est-ce qui est fondamentalement en jeu avec Obama ?

 

1-2 Nos représentations millénaires du blanc et du noir

 

Il est ici question dans ce paragraphe de représentations et de symboles qui nourrissent notre imaginaire, notre manière de penser et d’agir.

Les « blancs » ont longtemps représenté la couleur qu’il fallait devenir, le summum étant d’être un homme blanc dans la hiérarchie sociale imposée par l’Occident. D’où la quête pour beaucoup de « noirs » de chercher à éclaircir leur peau, problématique bien connue des Antilles. Et voici que le phénomène gagne aussi l’Inde où le commerce des cosmétiques privilégie le fait de blanchir sa couleur de peau pour paraître quelqu’un de « bien ».

L’amalgame entre la couleur de peau, l’origine des personnes et les représentations que les couleurs véhiculent est basé pour l’Occident sur l’imaginaire chrétien. Le noir est associé au sombre – obscur – occulte et ensuite par extension au mal et au diable tandis que le blanc évoque la lumière – pureté - virginité –perfection et par extension les anges et le divin !

 

Avec un tel patrimoine culturel il n’est guère étonnant que la candidature de Barack Obama éveille tous les espoirs et exacerbe, dans le même temps, les pires conservatismes. L’incertitude sur le résultat des élections aura lieu jusqu’au dernier moment, car, comme les organismes de sondage le constatent, le décalage entre les discours sur les intentions de vote et la réalité des actions prend ses racines notamment dans la pression du politiquement correct du moment. Mais ensuite, seul, face à l’urne et à soi-même, prendre le risque du changement est vraiment difficile. En quelques secondes se joue la pression sociale, la norme des amis, des groupes d’appartenance, le regard des autres et aussi sa conscience. Et aussi le poids des déterminismes et des archaïsmes qui peut prendre le dessus au dernier moment, face à la peur des conséquences d’un changement véritable. Survient alors la potentialité d’une régression dans le but de revenir à des valeurs sures, déjà éprouvées.

Si Barack Obama est élu, le changement prend la couleur des profondeurs et la lumière salvatrice devient alors « noire »[1]. Ce sera un véritable « tsunami » des représentations modifiant fondamentalement les mentalités. Car symboliquement la première puissance mondiale (encore ces jours-ci) aura comme Président de la République un homme dont la couleur a toujours été attribuée aux personnes des pays « sous-développés », que l’on a ensuite nommés « pays émergents », en regard de leur évolution économique. Mais pour beaucoup ces territoires sont occupés par des « sous-hommes » ! Evidemment cela ne peut plus se dire ou s’écrire, mais cela peut se penser et surtout se traduire par un bulletin de vote. Ainsi si Barack Obama passe, quelle revanche sociale de la majorité de l’humanité et quel potentiel de mutation !

 

1-3 Pourtant nous sommes tous africains d’origine

 

Car ces représentations sur la qualité des personnes en fonction de leur couleur de peau démontrent un oubli manifeste de nos origines. Tous les anthropologues s’accordent à dire que l’origine de l’homme est africaine. Notre berceau de civilisation humaine est noir ! Alors pourquoi avoir fabriqué cette dichotomie et ces représentations clivées, binaires, manichéennes sources de tant de violences ? Pourquoi ? Si ce n’est pour asseoir des pouvoirs particuliers et créer des guerres de conquête. Cependant si notre niveau de connaissance et de conscience a dépassé la célèbre controverse de Valladolid[2], les archaïsmes protectionnismes de la race banche en déclin[3] pourraient faire inverser la tendance du vote américain et, avec lui, les perspectives de changement de paradigme.

Ces attitudes racistes sont le patrimoine de nos peurs archaïques entretenues par la partie du cerveau limbique qui, comme les anthropologues l’ont prouvé[4] ont constitué notre comportement défensif pendant des milliers d’années. Face à l’agression perçue de ceux qui étaient hors du territoire du clan ou de la grotte, l’autre, l’étranger, a été vécu pendant des milliers d’années comme différent et donc constituant une menace. Ce « patrimoine » se perpétue aujourd’hui encore renforçant nos attitudes racistes. La couleur de l’autre étant l’expression paroxystique de la différence et donc contenant potentiellement la menace d’agression. Il n’est guère étonnant qu’il nous faille faire tant d’efforts pour développer au quotidien des attitudes de tolérance et de respect de la différence d’autrui.

 

Si Barack Obama n’est pas élu pour des raisons de peur raciste et de crainte de voir basculer le monde dans une mutation pourtant irréversible, il y a de fortes chances pour que la crise s’aggrave et que la récession s’accompagne de régression. Car si le vote penche pour McCain c’est alors l’installation de la régression sous tous ses aspects : restriction des libertés, encouragements des guerres, créationnisme[5], remise en cause du droit à l’avortement… Un véritable désastre face aux enjeux planétaires. Cela signifiera sans doute que la société n’est pas encore prête à faire le saut quantique du changement nécessaire.

 

Il sera aussi intéressant d’observer ce que ce bouleversement va avoir comme conséquence auprès des pays dont les citoyens pourront s’identifier à Barack Obama.

 

1-4 Blanc et noir : Barack Obama est métis

 

En quoi cette dimension est-elle intéressante au travers de notre périple symbolique ? Parce qu’il représente à lui seul la mixité, le mélange des possibles, la combinaison des contraires et donc il incarne la potentialité de réconciliation entre blancs et noirs et par conséquent des différentes formes d’extrémismes racistes et sectaires. Peut-être est-ce cette dimension du changement que les électeurs vont choisir d’ici quelques jours ?

 

2- Le changement de paradigme immédiat ou différé ?

 

Alors nous faudra-t-il encore tomber plus bas, aller vers une crise encore plus profonde pour rebondir ? Ou pouvons-nous d’ores et déjà prendre à bras le corps la tendance de cette société en mutation ? Pourtant, il y a urgence : écologique, sociale, humanitaire, économique. Mais nous touchons là le poids des résistances collectives. Comme les changements en jeu sont aussi planétaires que fondamentaux, les peurs sont ravivées et les repliés observables. Tout va aussi se jouer dans la manière dont les gouvernants vont accompagner, ou non, ce changement.

 

Si le besoin de pouvoir prime et aveugle certains dirigeants qui ne parviennent pas à concevoir un autre monde ou qui pourraient l’imaginer mais délibérément ne vont pas conduire leur peuple vers les transitions qui s’imposent, alors le risque est de renforcer d’un côté les peurs et les scléroses en tout genre, et, de l’autre les frustrations de tous ceux qui agissent déjà pour ce monde en transformation. Priver les citoyens des capacités de rebond, dont nombre d’associations font état au quotidien de la réalité d’actions réelles et tangibles[6], pourrait être un détonateur supplémentaire et cause de révolte à court ou moyen terme. Car les mécontents de tous poils pourraient associer leurs détresses et leurs insatisfactions pour se liguer contre des autorités qui n’apportent pas les réponses dont ils ont besoin et ne reconnaissent pas la réalité des efforts concrets réalisés pour changer.

 

D’autant que la réalité du changement est là. Le nombre de personnes qui font changer le quotidien est impressionnant. Ce qui manque cruellement c’est la visibilité des actions réalisées et sortir de la représentation largement partagée, et même par les acteurs eux-mêmes qui contribuent à ce changement, selon laquelle chacun se croit seul et isolé, perdu dans un monde individualiste et donc impuissant à faire bouger collectivement les choses.[7]

 

Face à la réalité des milliers d’actions concrètes réalisées tous les jours, il est urgent de changer de représentation, de cesser d’avoir peur et d’hypothéquer le futur d’une angoisse de l’inconnu. Surtout lorsque l’on sait que tout notre pouvoir à créer demain réside dans ce que nous faisons aujourd’hui. A l’instar de l’agriculture, si nous plantons des graines de radis, d’ici quelques mois, nous obtiendrons des radis. Alors si nous voulons un monde basé sur des valeurs qui respectent chacun et qui permettent une indexation de l’économie sur la réalité, une place pour chacun, alors plantons les graines de nos représentations, de nos pensées et de nos actions pour qu’il pousse ce que nous souhaitons.

 

2-1 Changer de quoi, pour quoi ?

 

Il apparaît important d’écouter cette complainte lancinante traversant les continents et les pays et qui, à la date des élections présidentielles, devient le mot clé à brandir pour avoir des chances de gagner. Qu’il y ait un vent de changement c’est un fait (changement de paradigme) mais qu’est-ce que chacun met derrière ce mot ? La question qui se pose est de savoir à quoi les gens aspirent lorsqu’ils réclament du changement : que souhaitent-ils ? par rapport à quoi espèrent-ils une évolution ? et pour aller vers quoi ?

L’utilisation du substantif sans adjectif pour le qualifier peut laisser penser à une sorte d’imprécation, un désir polymorphe ou indifférencié auquel, du coup, tout peut répondre. A contrario, aucune réponse n’apportera les solutions attendues puisque le contrat de départ n’a pas été posé entre les citoyens et le Président élu. Contrat qui consisterait en l’occurrence à clarifier de quel changement il s’agit, quelle direction est visée et quels sont les moyens et les ressources pour y parvenir.

Le danger pourrait être de tomber dans le piège de la notion fourre-tout correspondant au désir consumatoire de consommer le changement pour lui-même et non pas pour répondre à un sens fédérateur, qui reste précisément à déterminer ou sur lequel se mettre d’accord. Ainsi répondre au slogan sur le changement apparaît comme un outil de manipulation et de propagande électoraliste, car c’est dire aux électeurs que l’on va suivre le désir, mais quel est-il justement ? Il y a la potentialité pour la déception et ensuite les frustrations et les colères.

 

Bien entendu, nombreux sont ceux qui ont les idées claires sur le sujet, toutefois, il me semble important d’harmoniser nos représentations afin de vérifier que nous voulons tous la même chose et, si ce n’est pas le cas, ce qui est fort probable avec une société plurielle, alors d’envisager les réponses adaptées selon les besoins.

 

2-2 Participer à un monde qui change est exaltant

 

Etre contemporain d’un monde en mutation est aussi exaltant que lorsqu’il s’agissait, à la Renaissance, d’explorer le Nouveau monde. Aujourd’hui le nouveau monde c’est nous, les explorateurs et la terre à découvrir c’est toujours nous et nos enfants. Comment ne pas trouver grisant de savoir que nous sommes les acteurs du monde à venir ? Evidemment c’est aussi une grande responsabilité, mais il est temps de déployer l’énergie de l’action et non plus les craintes de l’inertie.

 

Pour la première fois de l’humanité, de par le recul que nous permettent les technologies qui facilitent le partage des connaissances et de la culture, nous pouvons avoir un regard réflexif – spéculatif !- sur l’histoire et pouvons, en conscience, faire évoluer notre humanité. Pour la première fois, les citoyens de la plupart des pays ne sont plus condamnés à subir mais peuvent être partis prenante du monde qui change. Il est question d’avoir un peu de courage comme les électeurs des Etats-Unis ou au moins de mobiliser l’enthousiasme que nous avions étant enfants pour nous réjouir de participer à cette reconstruction massive du monde que nous avons, pour beaucoup, laissé négligemment entre les mains de quelques-uns qui n’ont pas eu que des objectifs collectifs.

 

Quel projet exaltant que de contribuer à penser, manifester et réaliser ce monde qui change ! Comme à la suite de la Seconde guerre mondiale, il est question de reconstruction : essayons juste d’éviter de passer par l’étape guerre ! ou révolution dont nous savons combien elles sont meurtrières et destructrices.

Et si précisément, le signe majeur d’un changement passait par la manière de gérer la transition, en douceur et en donnant les clés de l’autonomie à chacun ?

 

3- Vers une humanité 3.0 ?

 

Plusieurs essayistes[8] pointent du doigt l’évolution majeure de notre civilisation et plus encore aujourd’hui de notre humanité. Nous avons produit des technologies dont ne parvenons pas à assumer les effets. Chaque semestre une amélioration technologique permet de diffuser plus vite et partout des informations que ce soit par des débits de transmission accrus de données ou par des outils « nomades » tel que l’Iphone ou l’Ipod par exemple. Si le confort de chacun réside dans le fait de pouvoir consulter partout les informations qu’il reçoit, il est de manière corollaire conduit à « devoir » les traiter immédiatement. Ce qui amène alors à intégrer dans son quotidien cette dépendance à l’information, et donne le sentiment d’un temps qui s’accélère de par l’exigence généralisée de réponse instantanée aux informations reçues.

 

La technologie résout le problème de l’ubiquité mais accroît la polychronie : nous devrions tous faire plusieurs choses à la fois. Cependant, nous connaissons des limites physiologiques : une seule bouche, deux mains et donc une capacité très relative à gérer plusieurs choses en même temps. Aujourd’hui, nous sommes limités émotionnellement et cognitivement pour appréhender la complexité.

 

3-1 Nous ne savons plus gérer la complexité

 

Cette accélération perçue du temps contribue à l’augmentation du stress, c’est-à-dire que nombreux sont ceux qui ont le sentiment de ne pas pouvoir suivre. Ce qui s’accompagne d’un développement significatif des addictions qui rend compte de cette faillite émotionnelle, physique et cognitive à gérer le monde que nous avons participé à créer. La cocaïne tient une partie des traders dont nous voyons récemment les effets des actions indélicates de certains sur l’économie réelle. Et comme le dit une étude récente le pire c’est que la prise de drogues se généralise.[9] Effet des stupéfiants, effet de la vitesse, griserie du pouvoir ? Un cocktail explosif à n’en pas douter.

 

Physiquement nous avons du mal à tenir face à la constance de la machine (son seul problème c’est qu’elle tombe en panne. Ouf ! elle est aussi imparfaite !). Nos limitations physiques deviennent de plus en plus insupportables, ce qui explique l’une des réactions naturelle face à l’impuissance : la dépression qui est en constante augmentation en France.[10]

 

Les addictions peuvent aussi être vues comme l’expression psychologique, individuelle et collective d’une régression. Nous pouvons comprendre le phénomène sociologiquement et envisager que nous repassons par les stades archaïques du développement psychique de l’individu comme un chemin à rebrousse poil en quelque sorte pour trouver un nouveau souffle et repartir ensuite dans un autre niveau d’évolution de notre humanité ?

 

3-2 Le remplacement des humains par les robots : science-fiction ou futur annoncé

 

Notre incapacité actuelle à gérer la complexité nous conduit à envisager différentes manières pour y répondre. Les pires sont celles où l’être humain actuel est laissé de coté. Des recherches sont menées depuis plusieurs années par les armées des Etats-Unis, d’Israël, de la France et d’autres pays occidentaux pour mettre au point un robot qui remplacera les soldats. Evidemment la bonne nouvelle c’est de ne plus envoyer d’homme à la guerre, toutefois, cela n’empêche pas les morts dans les camps adverses et surtout cela ne supprime pas la guerre. Ensuite, si ces robots sont équipés comme les recherches japonaises pourraient le permettre à développer des robots auto-apprenants, la question se pose de la nature des programmes initialement implantés. S’il sont été réalisé par des sociétés militaires, les robots en question sont programmés à tuer, s’ils ont ensuite la capacité d’apprendre que déduiront-ils un fois qu’ils regarderont les limitations des être humains ? Comment les contenir à de simples légions officiant selon le bon vouloir des hommes ? La science fiction nous prévient depuis longtemps des dérives possibles de la science. Et nombre de ses propositions, vécues comme farfelues ou excentriques en leur temps ont rencontré la réalité de la science quelques années plus tard.

 

Si ce ne sont pas les robots, cela peut être des mutants ? La médecine tente de remplacer régulièrement des parties du corps pour continuer à faire vivre les hommes. La question qui se pose est où se situe la limite ? A partir de quand sommes-nous encore des êtres humains et quand devenons-nous des êtres hybrides ? Là encore la science-fiction a cherché à nous prévenir. Mais souvent en vain, car nombreux sont les adolescents fervents de science-fiction qui deviennent ingénieurs ou chercheurs notamment pour concrétiser les chimères qui les ont fait rêver enfants. Toutes les machines de Jules Vernes ont été réalisées.

Troisième option, c’est la reproduction du cerveau humain, dans la totalité de son fonctionnement. Des laboratoires aux Etats-Unis et en Israël travaillent sur ce projet pharaonique de reproduire la totalité des capacités du cerveau humain. L’objectif fixé est 2020 et vingt après connecter la potentialité virtuelle de tous les cerveaux humains. Si cela devenait une réalité, à nouveau, en quoi des cerveaux virtuels qui pourraient piloter des robots auraient-ils besoin d’humains qui mangent, qui ont des états d’âme, qui sont malades, qui dorment, qui ont des émotions ?

 

3-3 Sommes-nous capables d’un saut darwinien dans l’évolution de l’humanité ?

 

Alors la chance de l’humanité 3.0 c’est de décider, en conscience, d’utiliser notre patrimoine d’évolution. Nous détenons ce capital de transformation dans notre néo-cortex. C’est dans cette partie du cerveau que nous avons la possibilité de créer le monde que la complexité que nous avons créé nécessite.

Soit nous décidons volontairement de développer notre potentiel à franchir un nouveau cap de notre humanité, soit nous laissons les laboratoires[11] se charger de nous reléguer à l’obsolescence. Personnellement, je préfère relever le défi d’une humanité qui peut, par elle-même, sans l’appui de la technologie, accéder à penser et gérer la complexité que nous avons fabriquée. Considérons que nous avons créé les conditions darwiniennes pour booster notre propre évolution et donnons-nous les moyens de la mutation.

 

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Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /2008 19:04

Crise, récession, spéculation….. … ou l’opportunité d’une mutation de société ?
Partie 2

Partie II : une occasion de sortir de nos archaïsmes millénaires ?

 

1- Une crise peut en cacher une autre ?

 

La crise économique contraint à l’urgence de trouver des solutions immédiates pour maintenir le système en faillite. Cependant ces urgences économiques masquent celles écologiques et environnementales dont notre vie à moyen et long terme dépendent. Et plus fondamentalement encore nous sommes face à une crise d’espèce. L’espèce humaine est en danger car n’ayant depuis fort longtemps plus aucun prédateur autre qu’elle-même, à chaque siècle, grâce aux progrès techniques, avec notamment ceux de l’armement, elle a un peu plus les moyens de s’éliminer massivement.

 

D’où nous vient cette propension à l’autodestruction ? Certains biologistes postulent que cela serait la conséquence de la propension naturelle de nos cellules au suicide[1] qui restent en vie dès lors qu’elles reçoivent un signal des autres cellules informant qu’il « faut » rester en vie. Ainsi, la vie reposerait sur l’interrelation tandis que le repli sur soi conduirait à la mort. Il en est de même psychologiquement pour un individu, économiquement pour un pays, qui s’il vit, aujourd’hui, en autarcie meurt, et aussi socialement. Un groupe replié sur soi, devient un clan qui ne sait plus rencontrer la différence de l’autre. Le repli, l’enfermement empêche l’altérité. Le problème que pose les communautarismes ou les tribus c’est qu’elles ne savent pas toujours rencontrer les autres groupes autrement que par la violence.

 

1-1 Une fertilité galopante : signe d’une crise d’espèce ?

 

Nous sommes sans cesse plus nombreux et ravis de voir nos pays en augmentation significative de fertilité ! Bien sûr qu’il faut penser comment payer les retraites du futur. Toutefois un bébé, une prochaine vie ne se résume pas à une spéculation sur les vieux jours de ses parents, même si ce fut, pour l’essentiel de notre espèce, son moteur principal. Aujourd’hui, nous sommes trop nombreux et cela ne va faire qu’empirer. Cependant en parler relève du tabou et pour cause ! Il n’y a rien de plus archaïque et fondamental que la survie de sa propre espèce, les éthologues ont démontré à l’envi[2] que la violence la plus brutale advient lors de la reproduction.

 

Freud l’avait bien dit en son temps, la pulsion fondamentale est double : pulsion de vie et pulsion de mort. Nous voici plus que jamais aux prises avec elle(s). Les indicateurs de climat social dans les entreprises l’ont démontré, lorsqu’un changement délicat survient, on constate une augmentation des maternités, les femmes combinant alors leur projet d’avoir un enfant avec le besoin de sortir, ponctuellement, d’une entreprise dont le contexte est stressant ou n’apporte pas de visibilité. Et si le phénomène était similaire à l’échelle d’un pays ? Par manque de sens, sous le poids du stress des tensions liées aux incohérences et face à l’incertitude d’un paradigme de société en constitution, l’augmentation des maternités ne serait-elle pas alors un symptôme social ? A la fois la manifestation d’une renaissance, l’expression d’une espèce qui se sent menacée – en l’occurrence par elle-même – qui ne connaît que cet instinct de perpétuation pour faire face au danger ? Et ce serait aussi le signe d’un repli sur soi et le moyen de s’exclure pour un temps du chaos ? Les questions qui se posent alors sont : jusqu’où l’humanité peut-elle croître en volume ? Comment endiguer cette croissance effrénée ?

L’humanité n’a pas besoin de se reproduire pour survivre puisque sa seule menace c’est elle-même. Les réponses sont à piocher probablement au-delà des instincts.

 

Les observateurs de l’Onu s’accordent sur le fait que l’éducation des petites filles permet la prise de conscience du processus de reproduction, facilite les attitudes contraceptives et limite les naissances [3]. Oui, mais en France, s’il y a un retour au besoin de rester chez soi, comme le manifestent nombre de jeunes femmes, ce n’est pas uniquement la quête de bien-être c’est probablement l’expression collective de l’impuissance face au fait de ne pas savoir comment parvenir à agir autrement sur et pour le monde devenu « fou ». Un repli « local » face aux tourments « globaux » ? Cependant, une fois tous ces enfants nés, il faudra les nourrir, et où vont-ils vivre ? Dans des villes surpeuplées dont la promiscuité galopante accroît la violence ? Dans des campagnes ? Oui mais dont les terres appartiennent à qui ? Est-il réaliste d’envisager que chacun puisse cultiver son lopin de terre lorsque nous serons plus de 9 milliards ? Surtout lorsque l’évolution climatique réduit chaque année les espaces cultivables ?

Alors ?

Ce n’est pas en faisant l’autruche que nous allons nous en sortir.

 

1-2 Le spectre du Meilleur des Mondes

 

Et là deux attitudes majeures : soit encourager la peur et laisser le pilotage de l’avenir de l’humanité et de la planète entre les mains de quelques-uns, soit les citoyens prennent, à bras le corps, les thèmes sur lesquels ils ont des compétences, ce qui est déjà le cas des associations, et la nouvelle société émanera de l’agrégation de ces actions concrètes, pragmatiques locales et systémiques qui changent réellement en profondeur la réalité. Ce qui manque aujourd’hui c’est la visibilité sur ces milliers d’actions qui renforcent la représentation que le monde change, réellement, à petit pas et partout.

 

Si nous maintenons le vide laissé par les citoyens apeurés et perplexes s’installer c’est alors le terreau idoine pour un Meilleur des mondes à la Orwell. Car manipulés par un climat de peur volontairement instauré et entretenu, comme tout groupe de mammifères, lorsqu’il y a danger, les membres du clan se replient, font corps contre l’ennemi extérieur et nomment un chef charismatique, suffisamment agressif qui saura gérer les menaces. Cette délégation peut être dangereuse, selon les valeurs et les motivations qui animent ces leaders. Le dérapage vers une dictature est alors tout à fait possible.

Et les signes sont là.

Régression des droits humains pourtant durement acquis. Perte de la liberté de la presse, très souvent muselée par les actionnaires des groupes de presse, souvent financiers tirant profit de ce segment de marché, mais la plupart du temps totalement éloignés de l’esprit de ce métier et de l’éthique de la profession. Résultat une cause supplémentaire de désaffection des lecteurs auxquels s’ajoutent la profusion de blogs et autres moyens de communication et d’information gratuits sur Internet

Nous pouvons ajouter à la régression de la liberté, le renforcement de la sécurité et des moyens d’observation des citoyens (scanners des emails, caméras, empreintes, cartes d’identité et passeports biométriques, ADN fiché..), sous prétexte de sécurité et de protection tout est là pour contrôler les agissements des personnes, canaliser, voire réduire, les libertés et freiner, voire endiguer, les initiatives alternatives au dogme établi.

Ceci faisant aussi les conditions d’une révolution à moyen terme. L’autorité abusive a toujours été renversée. C’est juste une question de temps. Aujourd’hui, les informations s’échangeant sans cesse plus rapidement avec Internet, les effets systémiques des cycles actions / réactions s’accélèrent.

 

 

1-3 L’exaltation de la peur !

 

Nous savons que nous réagissons de manière privilégiée à la peur. La fonction de notre cerveau reptilien est de prendre le contrôle en cas de danger pour nous permettre de survivre. Il pilote physiologiquement toutes les fonctions vitales et les instincts pour nous faire réagir, par réflexe, en cas de survie.

 

Toutefois, utiliser sans cesse la peur[4] est suicidaire individuellement mais surtout socialement.[5] Nous savons que les effets de masse, de foule exacerbe les réactions émotionnelles et conduisent invariablement aux pires excès, les révolutions de tous poils en sont pleines.

 

1-4 Sortir une bonne fois de l’imaginaire de l’Apocalypse ?

 

Le 11 septembre 2001, au-delà de l’événement lui-même, a cristallisé les peurs millénaristes et le spectre des terreurs apocalyptiques. Le choc fut tel que collectivement le processus de deuil a été très long, il a fallu attendre 2005, majoritairement pour que les premiers ouvrages sortent sur monde qui renaît ! Et voilà qu’à peine le collectif sort un peu la tête de l’eau, plouf, rebelotte, une crise majeure, multi-facettes qui agit comme un tsunami, - nous sommes montés crescendo pour qualifier les catastrophes que nous vivons-, et relance le spectre de l’Apocalypse ! Mais bon sang quand allons-nous nous décider à ne pas retenir uniquement le sens de catastrophes en tout genre et privilégier la traduction littérale du mot grec apokalupsis : « révélation » ?

 

Ce qui questionne alors c’est pourquoi ne conserver qu’un sens ? Probablement parce que ce qui est apocalyptique se vend bien puisque c’est spectaculaire et que cela fait de l’audimat. Et surtout parce que cela attise nos archaïsmes (cerveau reptilien et limbique). Ce que nous connaissons depuis des millions d’années, depuis l’existence de la vie sur terre c’est la peur, celle de la crainte pour sa survie, face aux cataclysmes et aux prédateurs en tous genres. Alors réveiller cette peur millénaire n’est pas difficile, pourtant ce n’est pas de cela dont saint jean voulait nous parler. Probablement essayait-il avec ses moyens et son contexte de nous mettre en garde contre des risques obscurs de laisser libre cours à nos angoisses. D’autant que nous pouvons aujourd’hui tout à fait réaliser une percée possible, une lumière à l’issue du tunnel (que nous avons nous-mêmes bâtis), si nous savons l’identifier et la construire.

 

Une autre raison explique le fait que l’Apocalypse se vend bien c’est que cela procure des sensations fortes. Notre cerveau limbique, qualifié de manière réductionniste de siège des émotions, a un goût privilégié pour les stimulations intenses de toute nature. Lorsqu’il a stimulation, c’est le premier cerveau qui réagit. Selon la dangerosité, le reptilien prend la main. Mais le dernier à se manifester est le néo-cortex. Dernière étape du développement du cerveau, le néo-cortex permet d’apprendre, d’agir autrement, de manifester son libre-arbitre et surtout de ne plus agir et être déterminé par les peurs et les instincts. Rappelons-nous que l’on dit sans cesse que nous n’utilisons que 10% de notre cerveau. Peut-être serait-il temps de puiser dans cette immense réserve ?

 

A cela se rajoute des représentations issues de notre bassin culturel judéo-chrétien, selon lesquelles les stimulations correspondent à la vie sur la terre. Le conflit c’est la vie[6], et la paix, s’obtient au paradis, lorsqu’on est mort. Evidemment cela dispense beaucoup d’entre nous de vouloir explorer, symboliquement, des territoires associés à la mort. Curieusement nous sommes prêts à expérimenter tous les types de violences des plus sadiques ou plus guerrières qui, toutes, conduisent à une mort physique ou psychique, mais la paix, non. Ainsi nous perpétuons des relations intenses basées sur des rapports conflictuels et névrotiques qui nous garantissent de la jouissance et nous assure d’être bien vivants. Une bonne dose d’adrénaline et hop ! c’est reparti.

 

Les enjeux sont de taille car pour mobiliser notre énergie vitale et psychique à élaborer un autre monde nous sommes en butte à la prégnance de nos archaïques qui nous conduisent surtout à répéter ce que nous savons déjà faire.

 

Et une cinquième raison à entretenir l’imaginaire apocalyptique c’est que raviver la peur permet de « vendre » toujours plus de sécurité et surtout des héros qui « sauvent » le monde. On entretient alors le mythe du sauveur[7], rôle tenu par quelques-uns, une élite. Ce qui renforce la course au pouvoir et entretient narcissisme et ego, ingrédients de l’individualisme. Une société fragmentée est davantage soumise car chacun se sent impuissant, elle est alors le terreau idéal pour la venue de chefs charismatiques, de sauveurs dont la propension à la dictature pourrait être une tentation.

Ajouter à cela la « faillite » du politique » c’est-à-dire, d’un côté, des acteurs politiques ayant oublié la mission initiale d’engagement pour la Cité et la cause publique et, de l’autre, des citoyens déçus par des alternatives institutionnelles qui ne répondent pas à leurs préoccupations. Dépités, nombreux sont ceux qui noient leur morosité dans la consommation et les programmes de distraction de la télévision. Pendant ce temps on oublie ses soucis et les Etats gagnent une population abêtie, plus facile à manipuler. Le désengagement des citoyens crée le vide propice à l’avènement de toute forme de tyrannie.[8]

 

Une autre raison encore, l’Apocalypse revêt un goût de stupre et de souffre, ravive nos attirances pour l’interdit et entretient la fascination pour le mal et la jouissance à se laisser tenter. Là encore pour en sortir, il faut décider de ne plus subir les arcanes de nos besoins archaïques de jouissance. Il est alors question de vouloir passer de la jouissance, au sens psychanalytique, au plaisir qui intègre alors l’altérité. Je jouis de l’autre[9] tandis que je prends du plaisir avec l’autre et ceci dans toutes les formes de relation. Nous pouvons décider, individuellement et collectivement d’un monde qui respecte l’altérité de tous. Il s’agit alors d’éthique[10].

 

1-5 De l’Apocalypse aux émotions

 

L’Apocalypse (de saint Jean) se vend bien, 60 millions d’ouvrages vendus en moyenne par an dans le monde. Ce qui entretient l’imaginaire et les représentations, régulièrement corroborées par des événements qui valident les systèmes de croyances collectives, « démontrant » qu’il y a bien une augmentation significative des catastrophes, donc une ère de fin du monde. Et c’est alors une nouvelle vague émotionnelle qui balaye l’Occident et le monde à sa suite, ravivant les peurs et donc les replis en tous genres : inerties, rejets des autres, et les radicalismes de tout poil : conservatisme, moralisme, communautarisme, intégrisme, racisme, tout ce qui fait rejeter l’autre et sa différence.

Toutefois, il est toujours dangereux de crier au loup, l’imaginaire s’embrase et les comportements deviennent irrationnels, la peur ravive la violence….

1-6 Un énième retour du refoulé ?

 

La spéculation boursière repose sur des modèles mathématiques et là encore une nouvelle hypothèse. Les financiers et les banquiers, issus d’études de gestion de finance voire de mathématiques appliquées à la finance, sont perçus et se perçoivent comme modèles de la rationalité. Traiter l’argent est une affaire sérieuse qui se fait avec analyse et rationalité et sans états d’âme. Pourtant les attitudes spéculatives répondent plutôt à des effets mimétiques, qui sont davantage du côté de l’émotionnel que de la rationalité. Les comportements des traders ne démontrent pas d’un calme et d’un équilibre que l’on attendrait d’une raison détachée du cœur. Par ailleurs, les affolements de la bourse, la volatilité des marchés évoquent une tornade d’irrationalité légitimant la maxime « le système est fou ». Enfin, les marchés spéculent sur les désirs, des hypothèses prospectives des comportements d’autrui, tout ceci baignant donc dans les sciences humaines. Les modèles mathématiques ne parviennent peut-être pas à embrasser la complexité humaine. Et le faudrait-il d’ailleurs ?

 

Le monde de la finance se vivant très éloigné des considérations humaines et sociales, à force de cliver raison et émotions, la part réelle de toute être humain (sentiments, humeurs, états d’âme) sont refoulés et bouillonnent néanmoins comme dans une cocote minute prête à éclater. Alors régulièrement les explosions collectives viennent remettre les pendules à l’heure. Toutefois, dans un monde globalisé elles prennent des proportions gigantesques puisque systémiques. Le 11 septembre 2001 a frappé physiquement et symboliquement le centre de la finance à New York mais aucun changement majeur de gouvernance n’a été opéré face aux excès de la finance, de la spéculation ravageant économiques et individus. Et 7 ans plus tard, quasiment à date anniversaire, au même endroit, les bourses s’affolent et les marchés vacillent.

 

Peut-être pourrions-nous cesser de refouler nos émotions ? En réconciliant raison et sentiments, analyse et intuition, nous retrouverions nos capacités d’homme et de femme entiers, assumant nos limitations, imperfections, nos parts de féminin et de masculin, sans complexe avec courage et humilité. Cela pourrait valoir le coup d’essayer.

Tenter l’expérience de ce retour vers un être humain entier, complet (au sens d’âme, esprit, corps et cœur réconciliés) et incomplet au sens d’une finitude acceptée, permettrait de sortir des représentations idéales que nous avons sur nous-mêmes et sur le monde. Peut-être pourrions-nous alors rejoindre l’économie réelle ?

 

3- Un retour à la réalité

 

Quelque que soit les mots pour qualifier cette « crise », ce qui est évident c’est que nous assistons à la faillite d’un système financier qui a perdu le sens du réel, qui n’est plus rivé sur les actifs, des biens et produits réels de entreprises mais sur les bulles spéculatives et les désirs de profits immédiats au détriment d’un nombre croissant de personnes. Il y a encore peu, les déséquilibres économiques clivaient la société en deux enrichissant de manière outrancière les plus riches et appauvrissant dangereusement les plus démunis. Au printemps 2008, l’augmentation spéculative du baril de pétrole et des denrées alimentaires ont aussi touché les « classes » dites moyennes et les cadres des entreprises déjà aux prises avec stress, tensions et autres paradoxes organisationnels ont aussi vu leur pouvoir d’achat s’éroder. De ce fait, de plus en plus de personnes se sentent coupées en deux, clivées entre leurs valeurs et leur désir de participer à un monde équitable et leur perception d’une réalité économique en pleine turbulence.

 

3-1 Attention de pas supprimer la classe moyenne

 

Au niveau mondial ces dérives spéculatives ont fait frémir le corps social et des émeutes de la faim ont crié partout le désarroi et le besoin que les excès de quelques-uns, dont les effets sont vécus par le plus grand nombre, cesse. Si ces mises en garde sont entendues, les explosions sociales pourront peut-être être évitées. Mais lorsque nous entendons les patrons des agences de publicité et de marketing dirent que désormais la consommation va se couper en deux : d’un côté, entre des achats à très bas prix de produits de consommation indispensables et, de l’autre, des tarifs exorbitants pour des produits superflus, c’est faire un déni délibéré de la réalité sociale, car celle-ci est plurielle. C’est aussi éliminer le « milieu » : les prix moyens achetés par une bonne partie de la population constituant aujourd’hui la classe moyenne[11].

 

Il y a un risque en décidant des formes de consommation de réaliser, symboliquement, une dérive vers une négation d’une classe sociale qui pour le moment est quasiment la seule à faire tourner l’économie. Car d’un côté elle produit en tant que salarié, entrepreneur, artisan ou profession libérale et de l’autre elle consomme. Nous avons vu, par le passé, les ravages causés par l’élimination sociologique d’une classe sociale. Ainsi, à la suite de la révolution industrielle, l’exode rural a tué la classe paysanne et ensuite la robotique a eu raison des ouvriers. Alors certains sociologues en ont déduit que décrire la société par la catégorie des classes sociales n’était plus pertinent car cela ne reflétait plus la réalité du corps social. Cependant, ceci a eu des effets en terme de représentations. Les acteurs sociaux appartenant à la classe sociale d’ouvriers par exemple, ne retrouvaient plus alors d’existence légitime car elle n’était plus reconnue par l’ensemble de la société. Et cela a contribué à la déliquescence de la classe ouvrière, devenue effectivement minoritaire. Les ouvriers ont alors eu des difficultés à se représenter leur propre existence, ayant perdu tour à tour emploi, représentativité, idéologie fédératrice (chute du communisme) et représentation sociale de leur classe.

Soyons alors attentifs aux effets systémiques d’une réalité et les glissements en matière de représentation sociale qui parfois peuvent conduire à la désagrégation d’une partie du corps social.

 

Nous prenons alors à nouveau le risque du clivage et des extrêmes.

 

3-2 Incompréhension et clivage

 

D’autant que dans le contexte de la crise financière, les mesures pour renflouer les banques sont mal comprises par le grand public. On confond les garanties que l’Etat donne aux banques avec de l’argent réel prêté. Seulement ce qui reste dans les esprits, par des raccourcis interprétatifs, par méconnaissance ou parfois par volonté médiatique privilégiant le spectaculaire, c’est l’impression de s’être fait avoir. Ceux qui sont dans le besoin vivent ces annonces comme une injustice et aboutissent aux conclusions suivantes : on fait appel aux épargnants et aux contribuables pour renflouer les banques qui ont spéculé sur l’argent engraissant les plus riches et appauvrissant les plus démunis, comme les subprimes l’ont montré. Ainsi certains jetés dehors par les banques qui ont spéculé sur leurs biens devraient en plus payer des impôts exorbitants pour renflouer les mêmes banques qui les ont expulsés. Cette crise est alors perçue comme une immense injustice et renforce le conflit social, clive davantage les rôles : les « pauvres salariés » qui cette fois-ci pâtissent réellement des conséquences de la crise, comme les salariés des entreprises liées à l’automobile et de l’autre les « méchants patrons », ne concernant qu’une minorité qui réalisent des spéculations douteuses et qui entachent l’image de milliers de petits entrepreneurs, patrons de PME qui eux font tourner l’économie au quotidien.

 

Cependant même si le grand public se trompe, c’est à partir de cette compréhension largement véhiculée que les représentations se forgent et se transmettent et c’est à partir d’elles que les comportements de colère vont alors se manifester.

 



[1] Quelques informations simples sur le sujet :  http://lasculptureduvivant.free.fr/cosne.html - Jean-Claude Ameisen, La sculpture du vivant Le suicide cellulaire ou la mort créatrice, Collection Points, Seuil, Paris, 2003.

[2] Reportages de la chaîne National Geographic sur les modes de reproduction des animaux.

[4] J’en ai largement fait mention dans mes ouvrages : Réussir le changement, comprendre les blocages individuels et collectifs, De Boeck, Bruxelles, 2008, Violences en entreprise, Comment s’en sortir ? De Boeck, 2006. Gérer les conflits, Dunod, Paris, 2005,  et aussi dans un essai : En quoi le mal nous rend plus humain, L’Harmattan, Paris, 2002. J’ai tenté de démontrer de diverses manières l’importance du lien entre peur, inertie, sentiment d’impuissance et violence et que l’issue principale est l’éducation au sens, à la conscience, donner des clés pour comprendre afin de libérer l’action.

[5] Rappelons-nous des travaux de Le Bon sur La psychologie des foules, Quadrige, PUF, Paris, 2003.

[6] Déformation abusive des propos de Freud (conflit intra-psychique entre les instances psychiques le Ca et le Surmoi) et surtout édicté en dogme et incitant de nombreux psychanalystes à encourager la dynamique de conflit, car ainsi on reste vivant ! Principe soutenu aussi par la majorité des sociologues à la suite des travaux de Weber, Marx et Simmel pour lesquels le conflit est la preuve de la vitalité sociale et sans lui, le risque est de tomber dans la violence. Certes ! Je partage ce point. Mais c’est sans se rappeler ce que justement Freud avait mis en évidence à savoir qu’il existe une instance au delà des deux premières, qualifiées de pulsionnelles et constitutives de l’inconscient : le Moi. Elle est l’instance psychique consciente et régulatrice de ce conflit intra-psychique et correspond à l’évolution des capacités de notre cerveau, à savoir le néo-cortex. Alors par extension nous pouvons aussi regarder les modalités de régulation sociale, la médiation, par exemple, étendue à de nombreuses branches métiers, constitue probablement une voie, comme l’est le développement soutenable, dans un autre registre. Mon propos est de nous rendre attentifs au fait que nous pouvons, parfois, encourager des représentations qui ne rencontrent plus forcément la complexité de la réalité.

[7] Thème largement développé dans la filmographie américaine.

[8] Volonté clairement exprimée auprès des instituts de sondage. Insee, Sofres..

[9] C’est cette jouissance qui anime la narcissique pathologique qui se sert d’autrui pour ses propres fins et non pour construire avec lui une relation « durable ».

[10] L’éthique au sens de Ricoeur : sa « petite éthique », constituée de trois « moments » : celui de la visée éthique de ce qui estimé bon, plus aristotélicien et téléologique, celui de la norme morale de ce qui s’impose comme obligatoire, plus kantien et déontologique, et celui, proprement ricoeurien, de la sagesse pratique (éthique appliquée à la médecine, à la justice..). Voir l’article dans son entier : http://www.fondsricoeur.fr/index.php?m=24&lang=fr 

[11] Dont certains disent qu’ils souhaitent surtout consommer des produits de consommation équitables.


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Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /2008 18:58

Crise, récession, spéculation…..

… ou l’opportunité d’une mutation de société ?

  

Rien n’arrête une idée dont le temps est venu. Victor Hugo

 

En résumé :

 

Notre société - aussi bien la société mondiale qu’occidentale ou française - est à un tournant majeur de son évolution.

Notre modèle économique a combiné science et finance oubliant le principe de Rabelais selon lequel science sans conscience n’est que ruine de l’âme, alors le système tourne sur lui-même, comme fou conduisant aux faillites des banques et la remise en cause fondamentale de notre modèle économique. Ce qui pose alors la question du progrès (comme modèle du paradigme moderne) désolidarisé des racines et de ce qui fait sens. Les citoyens et les salariés, face aux incohérences et aux paradoxes, crient leur souffrance et leur stress, et réclament sens, bienveillance, bien-être et respect. La plupart souhaite construire ensemble, un sens qui mobilise le corps social par une intelligence collective, permettant de relever les défis que nous avons créé et les menaces environnementales et sociétales que nous avons laissé dériver.

 

Partie I : crise, spéculation : de quoi est-ce le symptôme ?

 

1- De quoi parle-t-on ?

 

Lorsque l’on parle de crise, rappelons-nous que son étymologie est tirée de l’environnement médical et nous rend attentif au fait qu’elle est, par essence, éphémère, ponctuelle, passagère, « un moment critique »[1]. Et voilà que nous en parlons depuis plusieurs décennies maintenant. D’aucuns[2] voudraient nous faire d’ailleurs voir les années récentes 2005 à 2007, comparée à aujourd’hui comme des moments de croissance assez exceptionnels. Ce serait oublier bien facilement les unes des journaux et des magazines évoquant, à l’envi, le malaise des français, ou les titres de livres sur l’Effondrement[3] de nos civilisations.

Ce phénomène qui dure explique alors la raison pour laquelle le mot récession est préféré par les économistes, depuis le milieu du XX° siècle, car il rend davantage compte de la durée du phénomène.

Et tout l’enjeu est là. Est-ce que cela va durer ou non ?

La question n’est alors pas de chercher à prédire l’avenir que de trouver des alternatives viables qui mobiliseraient l’ensemble des citoyens vers un futur volontairement construit et non pas de subir, apeurés et impuissants, une inertie proche de la sinistrose.

 

J’ai gardé le meilleur pour la fin. Spéculation. Il est tout à fait passionnant de voir l’évolution du mot dans le temps. Au départ, il signifiait observer attentivement « les phénomènes naturels, dont spécialement les astres »[4]. L’attitude spéculative du philosophe se rapprochait alors de celle méditative du sage. Ce n’est qu’à la fin du XVIII° siècle que l’acception évolue passant de : « réfléchir » à celui de « profiter des fluctuations naturelles du marché pour réaliser des bénéfices. 1792, Robespierre[5]. » Enfin, un autre sens tout à fait intéressant pour « observer » notre société sous un autre œil, est celui de l’origine du mot dérivant de speculum qui était un objet d’observation dont la surface intérieure forme un miroir[6]. Je reviendrai sur ce point. Toutefois, à ce stade, nous pouvons retenir l’aspect superficiel de l’image, du reflet de quelque chose plutôt que de la chose elle-même.

 

1-1 Un florilège de crises :

 

Comme je le mentionnais dans la Newsletter12Changement,[7] nous assistons à un cortège de crises : « Elle est à la fois celle des subprimes, des liquidités, de l’argent, de la dette, du crédit, de l’immobilier, de l’économie, de la spéculation, de la finance et c’est aussi une crise sociale. » Auxquelles nous pouvons rajouter « crise de confiance et crise de l’espèce humaine ». Il ne s’agit pas d’un inventaire à la Prévert mais bien de l’illustration d’un modèle de société qui s’effondre et entraîne, avec lui, par un effet domino, les autres pans de l’économie et du social. Car de quoi s’agit-il ? D’un modèle de société à repenser et à faire évoluer.

 

D’où la versatilité des humeurs, des marchés volatiles, des bourses instables ... Ce sont les repères d’un modèle moderne qui sont ébranlés et la nécessité de redéfinir les fondamentaux. Comme nous le développons plus loin, les alternatives, les actions concrètes existent et fonctionnent et ceci partout dans le monde. Il suffit de sortir de nos représentations figées d’un monde qui s’effondre pour voir les signes de celui qui naît, de la RenaiSens d’un monde qui veut vivre et revenir à l’essentiel… qu’il convient de définir.

 

 

1-2 Le monde est fou

 

Tout le monde semble s’accorder sur le fait que le monde est fou, ce n’est pas sans rappeler la chanson de Pauline Ester : « Le monde est fou, fou …» ou le slogan publicitaire d’Alain Afflelou : «  Il est fou, Afflelou ». Nous faudrait-il d’autres lunettes pour voir le monde ? La triple acception du mot spéculation prend alors, avec humour, tout son sens.

 

On comprend mieux pourquoi notre société occidentale se concentre sur l’apparence, la peau, l’image, l’aspect superficiel des choses pendant que le « fond » est en recomposition et que le sens n’est pas encore reconstruit. Ce qui explique aussi la place prépondérante accordée à la communication, privilégiant la forme, spectaculaire, percutante, professionnalisant ses techniques et minimisant le contenu des messages. En écho à la société en métamorphose, la chenille travaille sa carapace, embellit son cocon extérieur tandis que la transformation s’opère à l’intérieur. Espérons que l’issue sociale sera aussi de devenir papillon, pour le chef d’œuvre que représente l’animal et non pour sa durée ![8]

 

La crise que nous rencontrons est celle des bases du modèle de société dans lequel nous vivons, nous devons repenser la plupart des valeurs et des fondements qui le sous-tendent. Il n’est pas étonnant que ce soit déstabilisant. Dans l’intervalle, on se distrait de l’essentiel, - que précisément il faudrait parvenir à définir-, de par le besoin de loisirs, la quête du ludique. On se concentre sur soi, comme un repli, d’où la place prépondérante du narcissisme, à la fois reflet de soi-même pouvant conduire à l’égocentrisme, et aussi moteur essentiel de l’esprit d’entreprise, donc de la capacité à dépasser les limites et aller vers de nouveaux horizons.

 

Dire que le monde est fou permet surtout  d’éviter de le comprendre, même si pour y parvenir, il s’agit de rentrer de plein fouet dans la complexité. Pourtant « ce monde » n’est pas une bête bizarre et étrangère, extérieur à nous, il est le produit de ce que nous avons construit ou laissé faire. Aujourd’hui nous devons y faire face et nous prenons dramatiquement conscience que nous nous sentons démunis pour y parvenir. Notre mode de pensée binaire est caduc, notre appréhension séquentielle des choses ne suffit pas, notre habitude à tout séparer, par souci de spécialisation ne répond plus aux exigences complexes du monde technologique que nous avons produit. La plupart des plus grands scientifiques l’ont compris et s’unissent, de manière transdisciplinaire, pour appréhender les phénomènes qu’ils observent. Il est aujourd’hui question de partager cette complexité avec tous pour donner les moyens à chacun de réaliser le saut quantique vers le paradigme suivant.

 

 

2- Le nouveau paradigme : sommes-nous prêts ?

Paradigme moderne s’essoufflant

Nouveau Paradigme en émergence

Néo-renaiSens

Entre-deux paradigmatique

Post-moderne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


2-1 La saturation du paradigme moderne

 

Le paradigme moderne est moribond car il n’est pas parvenu à honorer ses promesses de bonheur pour tous.[9] Les progrès technologiques ont certes produit des améliorations significatives de notre confort, la médecine nous permet de vivre en meilleure santé et bien plus longtemps qu’il y a quelques décennies… Toutefois, le corollaire ce sont des industrialisations de la mort et de la guerre, les outils pour s’autodétruire, comme le XX° siècle nous l’a si bien démontré.

Sur le plan économique cela se traduit par une exacerbation de la concurrence n’ayant comme seul objectif que de nous faire consommer pour consommer nous conduisant à être des hamsters dans la roue du Toujours plus, pour paraphraser François de Closets. Toujours plus de travail, plus vite, consommer plus et finalement pour quoi ? Le bonheur annoncé par le siècles des Lumières a été dévoyé par les dérapages spéculatifs et consuméristes. Le salarié n’est pas plus heureux, il a plus de confort, mais il travaille pour consommer et non pas pour profiter de la vie. Avec le développement des technologies de l’information, il est de plus en plus stressé, fatigué.

De plus, les excès de nos consommations, entraînant des abus d’utilisation des matières premières, ont les conséquences environnementales et climatiques que nous connaissons. Bref, un certain nombre de déséquilibres individuels et collectifs et, au bout du compte, le bonheur n’y est pas. Bien au contraire, ce sont des crises de tous types que nous rencontrons qui s’enchaînent et s’entremêlent.

 

2-2 La post-modernité comme entre-deux paradigmatique

 

Alors pour en sortir, depuis la chute du mur de Berlin et la Fin de l’Histoire de Fukuyama, nous pouvons dire que nous sommes entrés dans une étape post-moderne, qui correspond à cette phase chaotique[10] où un modèle se délite et un autre commence à émerger, évidemment sans forme et difficile à saisir, balbutiant. La post-modernité[11] incarne alors cet entre-deux, par une consumation effervescente et fusionnelle où la vie est en train de se renouveler sur les cendres d’une société gémissante. Il n’est qu’à voir le nombre d’ouvrages qui rendent compte de « la mort de ceci », de « la fin de cela » ou encore « d’une France qui tombe » et d’une société qui part en lambeaux. Ceci créant un climat délétère de sinistrose et de morbidité propre à l’inertie, au désespoir et à la fatigue d’être soi. Déprime et peur se traduisent aussi par des violences, expression désespérée de l’impuissance face à l’immensité du changement à opérer.

 

François Lyotard[12] a marqué, avec son ouvrage La condition post-moderne, rapport sur le savoir, le début de cette phase d’entre-deux paradigmatique,[13] sonnant le glas des grands récits et dans le même temps des idéologies qui toutes avaient déçu conduisant à chaque fois vers des sectarismes en tout genre voir des génocides. Alors il ne reste plus aujourd’hui que les petits récits, ceux des personnes, seules variables « sures » dans cet océan de promesses non tenues. D’où le succès international des story telling qui permettent, par des anecdotes, de raconter quelque chose de personnel pour illustrer un propos. L’idée fatigue, les gens se motivent pour les télé-réalités car ils ont l’impression de se retrouver entre-soi et peuvent s’identifier à leurs semblables.

 

Seulement voilà le post-moderne déstructurant n’a qu’un temps. Le mouvement Gothique est l’un des exemples les plus spectaculaires pour illustrer comment l’imaginaire social a besoin d’aller visiter l’underground, le ventre de la terre, la matrice primordiale pour se recomposer et rechercher de nouvelles graines / références pour un autre temps. La mort, l’obscur, la décomposition sont une étape comme l’automne et l’hiver avant le printemps. Si nous restons trop longtemps englués dans la mort, nous pourrions y sombrer.

La post-modernité met en évidence les signes de ce monde en recomposition, de ces balbutiements et tâtonnements vers un autre modèle. Chacun de ses éléments est quasiment à double-polarité, tout peut basculer vers le pire : violences, guerres, révolutions ou vers le meilleur… et pourquoi pas vers un juste milieu ? D’où le lien avec les sagesses orientales.

 

2-3 Le nouveau paradigme : Néo-RenaiSens

 

Notre hypothèse est que ce paradigme / nouveau temps en émergence serait une Néo-RenaiSens.[14] La post-modernité pourrait être assimilée à la phase symbolique des origines de la création du monde. Lorsque du chaos mythologique, des eaux primordiales sort la vie. La post-modernité marque le temps d’une civilisation moribonde en décomposition. Elle est le compost sur lequel le nouveau paradigme peut prendre appui et se construire, emprunt d’espoir, de vie et de valeurs « bio ».

 

Nous assistons à une recomposition de l’imaginaire, du social, des fondements de notre société, car l’essentiel des bases est à repenser pour permettre à un nouveau modèle d’advenir. Nous faisons alors le parallèle avec le Moyen-Age, dont les effervescences ont préfiguré la Renaissance, époque de l’alchimie[15], faisant la liaison de différents mondes, de la science balbutiante et de la pensée classique grecque et latine redécouvertes.

 

Aujourd’hui, nous cherchons les modèles humains auprès desquels reprendre un nouveau souffle. C’est la raison pour laquelle, nous remettons au goût du jour les apports des sociétés premières et la sagesse des anciens[16]. La prise de conscience écologique a redécouvert leurs fondamentaux. Les sociétés « premières » ont toujours su respecter la terre, ne lui prélevant que le nécessaire[17], ne cherchant pas à la posséder[18].  Par ailleurs, les emprunts faits à d’autres époque de l’humanité, tels que la pensée classique, ont conduit à la pensée des Lumières dont aujourd’hui nous subissons les dérives et ce qui nous amène à ne voir que les conséquences obscures de ses principes. Ce qui explique, en partie, le rejet de la pensée, des discours universitaires[19], des apports didactiques et, en contre point, le succès des romans qui communiquent légèrement, mariant les genres que la science distingue, alliant vie, aventures, distraction et connaissance.

 

Nous assistons à une recomposition de différents modèles qui ont pu bercer, de près ou de loin, notre civilisation pour obtenir de nouvelles références et construire un nouveau modèle. D’où le retour en force de la magie, de l’imaginaire du Moyen-Age qualifié, par les Lumières, d’obscurantisme et dans lequel  il y a peut–être quelques éléments à redécouvrir[20]. Et aussi l’attrait pour l’Orient classique pour ses apports de sagesse, notamment le Tao, proposant un regard sur la vie bien différent de notre vision occidentale et moderne.

 

 Lire la suite : Partie II : une occasion de sortir de nos archaïsmes millénaires ?

 

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Mercredi 15 octobre 2008 3 15 /10 /2008 21:56

 

La conscience et le sens,
au cœur d’un développement soutenable 

A l’occasion de l’Université de la Terre : Réinventer le progrès

18 et 19 octobre 2008

 

Idée-clé :

 

Réinventer le progrès aujourd’hui pourrait signifier appliquer une politique de responsabilité sociale « social responsability » qui réunit la question de la conscience et du sens dans nos activités humaines et au sein des organisations. Ceci par :

·         la    professionnalisation de l’intégrité des organisations

·         la    professionnalisation de  l’intégrité des personnes

 

 

Notre argument :

 

Notre société - aussi bien la société mondiale qu’occidentale ou française - est à un tournant majeur de son évolution.

Notre modèle économique a combiné science et finance oubliant le principe de Rabelais selon lequel science sans conscience n’est que ruine de l’âme, alors le système tourne sur lui-même, comme un fou conduisant aux faillites des banques, comme aujourd’hui à la suite du scandale des subprimes. Ce qui pose alors la question du progrès (comme modèle du paradigme moderne) désolidarisé des racines et de ce qui fait sens. Les citoyens et les salariés, face aux incohérences et aux paradoxes, crient leur souffrance et leur stress, et réclament sens, bienveillance, bien-être et respect. La plupart souhaitent construire ensemble, un sens qui mobilise le corps social par une intelligence collective, permettant seule de relever les défis que nous avons créé et les menaces environnementales et sociétales que nous avons laissé dériver.

 

Cette quête existentielle de sens se traduit, dans les organisations, par la vision et la stratégie qui sont déclinées selon une gouvernance responsable. Pour certains s’engager dans un développement soutenable permettra de recréer motivation et implication dans leur quotidien, respectant valeurs et engagements humanistes et environnementaux. Et pour d’autres, cela ne suffira pas à répondre à leur quête existentielle. Il sera nécessaire de retrouver une transcendance dépassant le quotidien (immanence), et se posera alors la question : comment y répondre par la religion ? par la spiritualité ? ou la sagesse ?

 

La France a décidé avec la Révolution française de séparer l’Eglise de l’Etat et nous pouvons considérer que c’est une bonne chose au vu des abus que les hommes assoiffés de pouvoir en ont fait. Toutefois, des signes récents nous laissent penser que la menace d’un nouveau mélange de genre pourrait à nouveau se profiler. Pourquoi ? Pour chercher à faire tenir ensemble un corps social délité.

Pourtant, il existe d’autres moyens de créer des solidarités, des rencontres inter-communautaires et développer, à nouveau, respect et entraide qu’utiliser religion, morale et coercition (facteurs externes de structuration sociale). On peut aussi faire un autre choix : décider d’encourager les moyens du développement de l’autonomie individuelle et collective et chercher à faire grandir les personnes et les groupes sociaux.

 

Tandis que d’aucuns baissent les bras, trouvant la tâche énorme, - car en effet ce serait un véritable projet de société, responsable apportant du sens et seul permettant les engagements durables-, voici que dans l’anonymat des bureaux, les entreprises s’emploient à réaliser ces transformations. Evidemment la motivation n’est pas la philanthropie mais la conséquence des exigences de compétition qui poussent chaque organisation à devoir changer.

Alors pour atteindre ses objectifs, chaque dix ans en moyenne et tous les cinq ans depuis peu, l’entreprise met en place de nouvelles mesures pour évoluer (modification des organisations, prise en compte des conditions de travail, généralisation de la qualité, évolution des styles de management, recherche de performance passant par les objectifs, entretiens d’évaluation, développement personnel, organisation apprenante, fonctionnement matriciel et systémique, développement durable et sociétal, RSE…). Et à chaque nouvelle évolution, complexifiant le fonctionnement de l’entreprise, pour que la mise en place soit effective, efficace et pérenne, on réalise qu’il est nécessaire qu’il ait modification des comportements. Ce qui suppose des évolutions des systèmes de représentations  et des priorité des valeurs.

Ce qui est alors troublant c’est de constater que ce sont les entreprises qui façonnent le monde, fruit de décisions politiques, par leurs productions, épuisent la terre en utilisant excessivement ressources et énergies, qui accroissent les biens et les services pour augmenter la consommation et encourager les addictions de toutes sortes, qui sont le théâtre des abus financiers ET qui sont aussi le lieu où une majorité de personnes se remettent en question, évoluent et font changer leur niveau de conscience, notamment par une complexité accrue des systèmes, des informations et des relations à gérer. Alors l’entreprise devient le lieu où les changements personnels sont le plus développés, encouragés et réalisés, délivrant des formations (les clés du management, de la connaissance de soi, de la communication non-violente et du développement personnel) depuis plus de trente ans. Ce qui a modifié les comportements de générations entières plus responsables, conscientes et qui veulent interagir autrement dans leur quotidien citoyen et organisationnel.

Cependant, si salariés et managers contraints par les exigences toujours accrues des entreprises changent de « force », ceux qui échappent le plus à ces remises en cause sont souvent les syndicalistes et les dirigeants. Ce qui explique, entre autres, que jeux de pouvoir et politique se perpétuent et que le seul modèle de dialogue social soit alors le conflit social. Les dirigeants, pour beaucoup, se nourrissant de conférences qui leur permettent de s’oxygéner intellectuellement de leur quotidien mais qui ne leur permettent pas de traduire les concepts reçus en éléments à appliquer au quotidien. Heureusement, certains, par l’intermédiaire d’accompagnements personnalisés contribuent à réaliser ces remises en question déterminantes pour qu’ils incarner les changements qu’ils initient et exercent une gouvernance éclairée et responsable.

 

Car pour relever les défis que le progrès technologique nous pose et pour inverser les effets dévastateurs des excès de consommation, de détérioration des ressources et de la pollution il est essentiel que les comportements changent aussi bien collectivement qu’individuellement. Il nous faut manifester des comportements de solidarité et de responsabilité suffisants pour aider ceux que notre modèle occidental dominant abandonne chaque jour sur le bas côté du progrès et de l’opulence. C’est par l’évolution de notre niveau de conscience, par l’intégration de la sagesse, soubassement de toutes les religions et les spiritualités, qu’une autre gouvernance est possible, que d’autres valeurs, représentations et modes de pensée peuvent être transmis pour qu’ils aient une influence significative sur notre manière d’être et donc aussi d’être ensemble.

 

Pour le moment nos sociétés sont établies sur les valeurs de guerre, de compétition et pour relever les défis de demain nous devons vraisemblablement fonctionner sur des valeurs de paix seules capables de nous permettre de développer fraternité, solidarité et capacité à diminuer la satisfaction de nos besoins ou désirs personnels par la conscience des autres, proches ou qui vivent à l’autre bout du monde. Pour y parvenir, le travail sur soi permet la remise en cause fondamentale et nécessaire pour que de nouveaux comportements adviennent, puis le développement d’une conscience permet de passer de l’évolution individuelle à celle du collectif. La quête existentielle rencontre alors bien souvent la spiritualité qui conduit à aller au-delà du dépassement de sa névrose et permet, par la prise en compte d’une transcendance, de manifester des comportements de bienveillance, de compassion, de tolérance. La sagesse[1] encourage alors le développement de l’éthique[2] squelette intérieur essentiel à l’autonomie psychique qui permet responsabilité, exercice responsable de sa liberté et engagements solidaires, soutenables et durables pour développer ensemble les formes d’intelligence collective qui feront sortir des impasses que nous avons créées.

Alors oui nous pourrons réaliser un nouvel élan de société, une néo-renaissance qui donnera un autre souffle au progrès. Oui, nous sommes à nouveau poussés par notre esprit occidental qui vise le progrès et l’amélioration continues. Toutefois, aujourd’hui nous voulons le réaliser de manière éclairée, écoutant les sagesses ancestrales, réunissant les enseignements de la terre et de la nature avec les apports positifs du progrès technique. Seule cette conciliation des opposés, cette harmonie des apports de notre humanité insuffle un autre sens, une visibilité partagée, une transcendance, qui se traduit par une gouvernance sage et responsable. Seule cette dernière apportera les conditions du développement d’une autonomie collective permettant la manifestation de comportements responsables solidaires, durables et soutenables pour que l’humanité évolue ensemble et sache résoudre les excès qu’elle a produit.

 

Christine Marsan, participation d’Olivier Dubigeon.

Paris, le 17 septembre 2008.

 

Nos parutions :

 

Christine Marsan

Olivier Dubigeon

 

Livres :

Essai : En quoi le mal nous rend plus humain ? L’harmattan. 2001.

Conte de sagesse : Chemin de Soi. Le Manuscrit, 2007.

Roman : La prophétie du 13eme, Editions Les Nouveaux Auteurs, sortie novembre 2008.

Ouvrages professionnels :

o   Gérer les conflits de personnes, de management, d’organisation. Dunod, 2005. 

o   Violence en entreprise. Comment s’en sortir ? Editions de boeck, 2006.

o   Guide du management et du leadership (collectif). Editions de Retz, 2007.

o   Le grand livre du coaching (collectif), Editions d’Organisation, 2008.

o   Réussir le changement. Comment dépasser des blocages individuels et collectifs. Editions de boeck. avril 2008.

o   Communication d’influence : du pouvoir à l’éthique, Editions CFPJ, sortie début 2009.

Communications : extraits

o         La transdisciplinarité : nécessité historique ou phénomène de mode ? Colloque Recherche et formation des enseignants (psychologie sociale) Février 1995.

o         Beyond the Stereotype - Linking culture and personality to improve communication in the multi-cultural workplace. Colloque du SIETAR (Groupe de recherche interculturel) Février 1998.

o         La mémoire comme moyen de dépasser la violence collective. Colloque Mémoire Socle de l’humain. Cultures en Mouvement 2002.

o         Violences et interstices. Colloque Cultures en Mouvement 2003. Violences.

o         Le mythe de l’Androgyne. Colloque Cultures en Mouvement 2004. Juillet 2004.

o         L’entrée des jeunes au sein des entreprises : une occasion de violences ? Colloque sur les Violences et les jeunes. Université de Rennes. Novembre 2004.

o         Pour une sortie de la crise vers une gouvernance éclairée. Colloque de Psychologie politique : Le management et le leadership organisationnel : les enjeux et les pratiques de la gestion de crises. Université de Caen. Juin 2006.

o         Of the universal values of peace, Opus congress, Londres, 2007.

o         Lorsque l’insouciance devient cette nouvelle conquête de liberté de l’homme sur l’espace normatif de l’organisation. Colloque IP&M. Novembre 2006.

 

Livres :

o         Mettre en pratique le Développement Durable : quels processus pour l’entreprise responsable ?, Edition Le Village Mondial,  réédition août 2005.  1er Prix CIDEM  du meilleur livre développement durable – 2003 :

o         Intégrer le Développement Durable à la stratégie de l’entreprise - Du discours à la pratique : comment les entreprises françaises valorisent-elles leurs choix en matière de responsabilité sociétale ?  Benchmark des pratiques en France - Edition Les Echos Etudes, juin  2005.

o        Le Développement Durable - benchmark des pratiques en Amérique du Nord & France - Edition Les Echos Etudes, mai 2002.

 

OUVRAGES COLLECTIFS :

 

o    “Les tendances du Management », « Comment pratiquer le développement durable en entreprise ? », coordination de Jean Michel Huet, Editions Pearson Education, 2007

o    « Les effets du développement durable », sous la direction de Patrick Matagne, L’Harmattan, 2006 : « Développement durable et performance globale : transformer le risque sociétal en une opportunité d’un business acceptable »

o    “Corporate Social Responsibility : concepts, accountability & Reporting”, Edited by Jose Allouche, Palgrave Editions, 2006

o    « L’entreprise responsable : changement de mode ou changement de monde ? », Ethique et Développement Durable, Entreprise Ethique, Vetter Editions, avril 2002 (ouvrage collectif)

o    « Comment engager le développement durable dans l’entreprise ? », « Développement durable, le challenge du 21e siècle pour les entreprises » - Les Cahiers Qualité Management, Institut Qualité et Management, 2001 (ouvrage collectif)

o    « Stratégie de développement du département de la Loire » – 1994 (ouvrage collectif)

o    « Réinventons le travail », Edition Centurion La Croix, 1993

o    « Le Local dans tous ses Etats » – Autrement – 1983

 

 

 



[1] Au sens de raison éclairée apportant joie et liberté.

[2] Au sens de Comte-Sponville : l’éthique est l’ensemble hiérarchisé et réfléchi de nos désirs. […] Elle est particulière à un individu et un groupe et cherche à définir un art de vivre : elle tend le plus souvent vers le bonheur et culmine dans la sagesse.

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Vendredi 26 septembre 2008 5 26 /09 /2008 13:41

Les droits humains ont-ils encore de l’avenir ?

 

Points clés :

 

-         Les droits humains sont le fruit de la culture occidentale. Ils sont devenus universels et sont portés principalement par l’Occident.

-         Nous avons subordonné notre suprématie sur la puissance économique et financière.

-         Notre décroissance nous conduit à devenir bientôt des pays démergents qui auront peut-être besoin un jour du FMI.

-         Par conséquent les droits humains pourraient être menacés si d’autres puissances économiques prenaient le contrôle du monde.

-         C’est pourquoi soutenir le Dalaï-Lama semble une évidence pour protéger la paix, la liberté et les droits humains, à court terme au Tibet, mais à moyen terme qui sait ce que pourraient devenir les nôtres ?

 

Argument :

 

Aujourd’hui tout le monde s’émeut et nombreux réagissent par rapport au peuple tibétain. L’Occident s’offusque du non respect des droits humains par les Chinois et de leurs efforts à minimiser les violences commises sur les Tibétains.

Nous ne reviendrons pas sur ce point largement débattu par tous.

 

Notre propos est de mettre l’accent sur un point particulier. Les droits de l’homme et du citoyen ont émergé conjointement aux Etats-Unis et en France lors des deux révolutions : l’une l’indépendance des Etats-Unis face à l’Angleterre et l’autre durant la Révolution française. Ces déclarations sont devenues au fil du temps celle des droits humains, reconnus universellement. Elles sont le canon de l’évolution de notre humanité vers plus de droits, de respect, des hommes, des femmes et des enfants. L’esclavage a pu être majoritairement aboli dans le monde, la traite des femmes et des enfants diminués, les droits de vote ont aussi été généralisés dans de nombreux pays. Les notions d’égalité et de justice sont devenues des valeurs portées par l’Onu et l’Unesco qui agissent comme une norme essentielle pour l’établissement des démocraties dans le monde. Et nombreux sont les pays qui tentent d’installer la démocratie et d’évincer les dictatures. Le besoin de respecter les droits humains semble avoir convaincu la terre entière.

 

Jacques Attali nous a démontré dans son ouvrage Une brève histoire de l’avenir que le libéralisme économique avait toujours fait évolué la démocratie et la liberté individuelle. Là encore je laisse le débat pour le moment.

En revanche, nous minimisons totalement un élément. L’Occident porte principalement les valeurs des droits humains, les considérant universels, comme une évidence inaliénable, inébranlable. Et dans le même temps nous avons subordonné notre suprématie à l’économie. C’est parce nous sommes des puissances économiques dominantes que nous pouvons « imposer » au monde ces valeurs d’évolution de la conscience humaine. Là encore il n’est pas question de discuter du bien-fondé de ces valeurs, mais de démontrer que cette agrégation de l’évolution de la conscience humaine à l’économie menace les droits humains.

 

Nous pourrions devenir des pays démergents…

 

Notre économie occidentale est largement ralentie, la croissance est plus proche de zéro que de 10 tandis que certains pays en sont à des croissances, dites à 2 chiffres, c’est-à-dire dépassant les 10 % justement. Cet écart entre notre croissance occidentale en déliquescence et la leur, en pleine explosion, nous conduit à les qualifier de pays émergents et nous pourrions alors avec la même lucidité nous nommer pays démergents.

Car nous observons aussi que sur le plan de notre civilisation nous connaissons un déclin et une décadence largement commentés par nombre d’auteurs, sociologues, politologues, anthropologues et économistes, voir les livres tels qu’Effondrement, par exemple.

 

Avec le ralentissement inéluctable de l’économie américaine, diagnostiquée par certains comme proche de s’effondrer à terme, c’est l’équilibre économique mondial qui est menacé. Et là deux cas de figure. Soit le ralentissement ou la chute de l’Amérique a une incidence mondiale, ce qui remet les pendules à l’heure pour tout le monde, conduit chaque pays à des réorganisations nécessaires et imminentes. Et dans ce cas, les équilibres géopolitiques sont maintenus car tout le monde subit d’une manière équivalente les effets de la crise. Puis avec le temps, tous les pays s’en remettent petit à petit et les répartitions économiques et politiques restent quasiment identiques.

Soit ce sont les pays occidentaux qui en pâtissent davantage de par leur fragilité, énorme endettement public et faible croissance et là si les pays émergents continuent leur croissance et nous dépassent, selon les critères toujours en vigueur, alors ils détiendront les clés du monde. Ils pourraient alors décider que les règles changent et par exemple que les droits humains ne seraient plus une priorité.

 

Les pays en très forte expansion et qui ne rêvent que d’une chose c’est de prendre la ou les premières places du monde sont l’Inde, la Chine, la Russie et le Brésil. L’Inde a besoin de prendre sa revanche sur plusieurs siècles de domination occidentale, et elle est toujours régie par le système des castes sociales. La Chine veut désormais démontrer au monde qu’elle peut être la première puissance mondiale, la Russie veut laver l’affront de la chute de l’URSS et le Brésil veut prouver au monde qu’il a pu se sortir de la dette qu’il devait au FMI et aux banques internationales et qu’il n’est pas uniquement un pays sur-développé. Et la Chine, la Russie et l’Inde ne font pas la démonstration de l’égalité, du respect des droits de l’homme et du souci de fraternité au sein de leur propre peuple, alors pourquoi s’ils devenaient les décideurs et les puissances dominantes maintiendraient-ils les standards des puissances qui les ont soit opprimés, soit méprisés jusque là ?

 

Notre propos est de démontrer que subordonner les droits humains aux seules économie et finance est à risques, car nos civilisations basées sur le progrès ont toutes démontré depuis l’antiquité qu’elles sont mortelles et leurs valeurs peuvent perdurer comme cela a été le cas de la philosophie grecque qui a été reprise par la Renaissance. Toutefois, rien ne garantit qu’il ne pourrait pas exister de nouvelles phases « noires » pour les droits des hommes et des femmes comme les invasions ont pu nous le faire vivre par le passé.

 

D’ici 5 ans l’équilibre géopolitique pourrait être bouleversé

 

Il n’en faut pas pour cinq ans pour que l’équilibre géopolitique soit totalement chamboulé. Et par conséquent les armes nucléaires pourraient être dans les mains de ceux qui ont aussi quelques revanches à prendre contre nos hégémonies outrancières et méprisantes. L’Iran soutenu par la Russie pourrait bien en vouloir aux Etats-Unis et à la France par exemple. Et là aussi, même si l’argument est désagréable et si antinomique avec l’objectif pacifique d’évolution des droits humains, il n’en reste pas moins que l’équilibre mondial et la paix que nous connaissons dans nos pays occidentaux repose sur la suprématie de notre armement. Et comment maintenir cette hégémonie si nous ne sommes plus crédibles économiquement ?

 

Il semble que nous avons « mal » articulé les principes entre eux, la politique suit la finance au lieu de donner l’orientation, de piloter l’économie et d’être le garant de l’éthique et des droits de l’homme. En plaçant l’économie et surtout la finance comme le fer de lance et variable prioritaire pour qualifier la qualité et le degré de puissance de pays il est possible et que nous perdions notre position dominante. Et avec elle nous risquons de voir s’effondrer les droits humains, la liberté d’expression et que nous connaissions un net recul des libertés en général. Alors pour un temps l’obscurantisme pourrait bien venir ternir nos chers avantages. Les nouveaux maîtres du monde pourrait avoir pour objectif de s’accaparer les richesses de l’Occident plutôt que de généraliser les droits humains sur leur propre territoire.

 

Cette perspective, apocalyptique pour certains, a surtout pour objectif de nous sortir de notre torpeur et de notre aveuglement de croire que ce qui est acquis est inaltérable. Parce qu’il n’en est rien, tout peut basculer, l’Histoire l’a bien souvent démontré. Nous avons fait de certains pays du monde de nouveaux marchés, reproduisant les mêmes logiques que lors des grandes répartitions coloniales du XIX° siècle. Afin de développer notre économie nous sommes allés envahir le monde et avec la télévision et Internet, nous leur avons démontré les standards de la société « civilisée » aujourd’hui ces pays émergents veulent les produits de consommation mais par forcément les valeurs humanistes qui sous-tendent nos cultures.

 

Pourquoi se mobiliser pour le Dalaï-Lama ?

 

C’est la raison pour laquelle il est si important de se mobiliser derrière le Dalaï-Lama comme l’une des dernières grandes figures de la paix, de la non-violence, portant les valeurs du Bouddhisme et du pacifisme.

Le soutenir c’est démontrer que nous prenons conscience de la précarité et de la vulnérabilité de la paix partout dans le monde et aussi sur notre propre sol. Rien n’est acquis tout peut être chamboulé et il est essentiel de se mobiliser pour un peuple qui est opprimé, aujourd’hui symbole de tous ceux qui le sont aussi, mais dans le silence des dictatures qui leur interdisent toute expression.

Les droits humains ne sont pas une évidence comme nous le croyons, tout peut s’effondrer d’ici quelques années. Alors nous vivrions pendant quelques décennies le nuage noir de la désinformation, de la frustration de perdre la liberté d’expression.

Avec l’avènement au pouvoir économique de quelques pays émergents, cela pourrait être une explosion de l’hégémonie de la dictature, des inégalités, de la corruption et de l’interdit des libertés et de la libre expression. Les vagues terroristes pourraient s’allier à la quête de richesse et accélérer les fractions entre les êtres humains et il n’y aurait plus alors juste des riches de plus en plus opulents et des pauvres en situation de détresse accrue, mais aussi seuls les riches auraient tous les droits et les autres, occidentaux compris, pourrions perdre nos droits et nos libertés.

 

2008 devient alors une année déterminante pour la paix et la liberté.

Se mobiliser pour et derrière le Dalaï-Lama dépasse largement les croyances spirituelles, les engouements idéalistes, il s’agit profondément de défendre nos libertés et la paix pour tous, car avec la mondialisation le chaos du toit du monde qui auparavant restait circonscris dans sa zone géographique va avoir des effets partout sur la planète et ceci sur plusieurs plans, spirituels, économiques, géopolitiques. L’instant est grave, même si beaucoup ne voient pas les fissures dans le système et croient encore que ce qui se passe à des milliers de kilomètres va y rester contenu. Le terrorisme nous a déjà démontré qu’il n’en était rien et le fait que le centre de la quiétude mondiale, le havre de la paix universel soit pris dans la tourmente et les violences n’est absolument pas neutre et pourrait avoir des conséquences que nous ne maîtrisons pas.

 

Alors agissons et mobilisons-nous pour la paix et ceci en incarnant nous-même cette paix en ayant en tout moment une attitude non-violente et pacifique.

 

La politique doit reprendre ses prérogatives

 

Il devient impérieux que la politique reprenne ses prérogatives de piloter le monde et les pays de par une vision éclairée, une gouvernance responsable et éthique dédiée aux peuples et non plus l’instrument des évolutions de carrière personnelles. « Science sans conscience n’est que ruine  de l’âme » nous disait Montaigne,  repris  par Gandhi et Vinoba.

L’utilisation de la bombe atomique en fut la preuve. Il est essentiel et primordial que la politique reprenne la main sur l’économie et surtout la finance. Et bien entendu pour ce faire, ce sont les corruptions et les délits d’initiés qu’il faut enrayer.

Stratégiquement, s’il est pertinent de refaire alliance avec les Etats-Unis plutôt que de les avoir comme ennemis, il est surtout vital aujourd’hui de créer des accords avec les pays émergents qui dépassent le simple aspect économique et commercial. Ceci afin de tisser des liens qui permettront, dans un proche futur, d’éviter les attaques terroristes d’un côté et les attaques financières de l’autre qui mettront nos pays occidentaux à genoux (exemple Arcelor – Mital ou Tata qui rachète Rolls Royce).

 

L’engagement pour la paix, la mobilisation fraternelle sont donc les mamelles de notre futur. C’est uniquement solidaires que nous pourrons répondre aux problèmes de notre temps.

 

Christine Marsan. 29 mars 2008

Pour aller plus loin : christine.marsan@wanadoo.fr

 

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