Crise, récession, spéculation….. … ou l’opportunité d’une mutation de
société ?
Partie 2
Partie II : une occasion de sortir de nos archaïsmes millénaires ?
1- Une crise peut en cacher une autre ?
La crise économique contraint à l’urgence de trouver des solutions immédiates pour maintenir le système en
faillite. Cependant ces urgences économiques masquent celles écologiques et environnementales dont notre vie à moyen et long terme dépendent. Et plus fondamentalement encore nous sommes face à
une crise d’espèce. L’espèce humaine est en danger car n’ayant depuis fort longtemps plus aucun prédateur autre qu’elle-même, à chaque siècle, grâce aux progrès techniques, avec notamment ceux de
l’armement, elle a un peu plus les moyens de s’éliminer massivement.
D’où nous vient cette propension à l’autodestruction ? Certains biologistes postulent que cela serait la
conséquence de la propension naturelle de nos cellules au suicide
qui restent en vie dès lors qu’elles reçoivent un signal des autres cellules informant qu’il
« faut » rester en vie. Ainsi, la vie reposerait sur l’interrelation tandis que le repli sur soi conduirait à la mort. Il en est de même psychologiquement pour un individu,
économiquement pour un pays, qui s’il vit, aujourd’hui, en autarcie meurt, et aussi socialement. Un groupe replié sur soi, devient un clan qui ne sait plus rencontrer la différence de l’autre. Le
repli, l’enfermement empêche l’altérité. Le problème que pose les communautarismes ou les tribus c’est qu’elles ne savent pas toujours rencontrer les autres groupes autrement que par la
violence.
1-1 Une fertilité galopante : signe d’une crise
d’espèce ?
Nous sommes sans cesse plus nombreux et ravis de voir nos pays en augmentation significative de
fertilité ! Bien sûr qu’il faut penser comment payer les retraites du futur. Toutefois un bébé, une prochaine vie ne se résume pas à une spéculation sur les vieux jours de ses parents, même
si ce fut, pour l’essentiel de notre espèce, son moteur principal. Aujourd’hui, nous sommes trop nombreux et cela ne va faire qu’empirer. Cependant en parler relève du tabou et pour cause !
Il n’y a rien de plus archaïque et fondamental que la survie de sa propre espèce, les éthologues ont démontré à l’envi que la violence la plus brutale advient lors de la reproduction.
Freud l’avait bien dit en son temps, la pulsion fondamentale est double : pulsion de vie
et pulsion de mort. Nous voici plus que jamais aux prises avec elle(s). Les indicateurs de climat social dans les entreprises l’ont démontré, lorsqu’un changement délicat survient, on
constate une augmentation des maternités, les femmes combinant alors leur projet d’avoir un enfant avec le besoin de sortir, ponctuellement, d’une entreprise dont le contexte est stressant ou
n’apporte pas de visibilité. Et si le phénomène était similaire à l’échelle d’un pays ? Par manque de sens, sous le poids du stress des tensions liées aux incohérences et face à
l’incertitude d’un paradigme de société en constitution, l’augmentation des maternités ne serait-elle pas alors un symptôme social ? A la fois la manifestation d’une renaissance,
l’expression d’une espèce qui se sent menacée – en l’occurrence par elle-même – qui ne connaît que cet instinct de perpétuation pour faire face au danger ? Et ce serait aussi le signe d’un
repli sur soi et le moyen de s’exclure pour un temps du chaos ? Les questions qui se posent alors sont : jusqu’où l’humanité peut-elle croître en volume ? Comment endiguer cette
croissance effrénée ?
L’humanité n’a pas besoin de se reproduire pour survivre puisque sa seule menace c’est elle-même. Les réponses
sont à piocher probablement au-delà des instincts.
Les observateurs de l’Onu s’accordent sur le fait que l’éducation des petites filles permet la prise de
conscience du processus de reproduction, facilite les attitudes contraceptives et limite les naissances . Oui, mais en France, s’il y a un retour au besoin de rester chez soi, comme le manifestent nombre de jeunes femmes, ce
n’est pas uniquement la quête de bien-être c’est probablement l’expression collective de l’impuissance face au fait de ne pas savoir comment parvenir à agir autrement sur et pour le monde devenu
« fou ». Un repli « local » face aux tourments « globaux » ? Cependant, une fois tous ces enfants nés, il faudra les nourrir, et où vont-ils vivre ? Dans
des villes surpeuplées dont la promiscuité galopante accroît la violence ? Dans des campagnes ? Oui mais dont les terres appartiennent à qui ? Est-il réaliste d’envisager que
chacun puisse cultiver son lopin de terre lorsque nous serons plus de 9 milliards ? Surtout lorsque l’évolution climatique réduit chaque année les espaces cultivables ?
Alors ?
Ce n’est pas en faisant l’autruche que nous allons nous en sortir.
1-2 Le spectre du
Meilleur des Mondes
Et là deux attitudes majeures : soit encourager la peur et laisser le pilotage de l’avenir de l’humanité
et de la planète entre les mains de quelques-uns, soit les citoyens prennent, à bras le corps, les thèmes sur lesquels ils ont des compétences, ce qui est déjà le cas des associations, et la
nouvelle société émanera de l’agrégation de ces actions concrètes, pragmatiques locales et systémiques qui changent réellement en profondeur la réalité. Ce qui manque aujourd’hui c’est la
visibilité sur ces milliers d’actions qui renforcent la représentation que le monde change, réellement, à petit pas et partout.
Si nous maintenons le vide laissé par les citoyens apeurés et perplexes s’installer c’est alors le terreau
idoine pour un Meilleur des mondes à la Orwell. Car manipulés par un climat de peur volontairement instauré et entretenu, comme tout groupe de mammifères, lorsqu’il y a danger, les
membres du clan se replient, font corps contre l’ennemi extérieur et nomment un chef charismatique, suffisamment agressif qui saura gérer les menaces. Cette délégation peut être dangereuse, selon
les valeurs et les motivations qui animent ces leaders. Le dérapage vers une dictature est alors tout à fait possible.
Et les signes sont là.
Régression des droits humains pourtant durement acquis. Perte de la liberté de la presse, très souvent muselée
par les actionnaires des groupes de presse, souvent financiers tirant profit de ce segment de marché, mais la plupart du temps totalement éloignés de l’esprit de ce métier et de l’éthique de la
profession. Résultat une cause supplémentaire de désaffection des lecteurs auxquels s’ajoutent la profusion de blogs et autres moyens de communication et d’information gratuits sur
Internet
Nous pouvons ajouter à la régression de la liberté, le renforcement de la sécurité et des moyens d’observation
des citoyens (scanners des emails, caméras, empreintes, cartes d’identité et passeports biométriques, ADN fiché..), sous prétexte de sécurité et de protection tout est là pour contrôler les
agissements des personnes, canaliser, voire réduire, les libertés et freiner, voire endiguer, les initiatives alternatives au dogme établi.
Ceci faisant aussi les conditions d’une révolution à moyen terme. L’autorité abusive a toujours été renversée.
C’est juste une question de temps. Aujourd’hui, les informations s’échangeant sans cesse plus rapidement avec Internet, les effets systémiques des cycles actions / réactions
s’accélèrent.
1-3 L’exaltation de la peur !
Nous savons que nous réagissons de manière privilégiée à la peur. La fonction de notre cerveau reptilien est
de prendre le contrôle en cas de danger pour nous permettre de survivre. Il pilote physiologiquement toutes les fonctions vitales et les instincts pour nous faire réagir, par réflexe, en cas de
survie.
Toutefois, utiliser sans cesse la peur est suicidaire individuellement mais surtout socialement. Nous savons que les effets de masse, de foule exacerbe les réactions émotionnelles et conduisent invariablement aux pires
excès, les révolutions de tous poils en sont pleines.
1-4 Sortir une bonne fois de l’imaginaire de l’Apocalypse ?
Le 11 septembre 2001, au-delà de l’événement lui-même, a cristallisé les peurs millénaristes et le spectre des
terreurs apocalyptiques. Le choc fut tel que collectivement le processus de deuil a été très long, il a fallu attendre 2005, majoritairement pour que les premiers ouvrages sortent sur monde qui
renaît ! Et voilà qu’à peine le collectif sort un peu la tête de l’eau, plouf, rebelotte, une crise majeure, multi-facettes qui agit comme un tsunami, - nous sommes montés crescendo pour
qualifier les catastrophes que nous vivons-, et relance le spectre de l’Apocalypse ! Mais bon sang quand allons-nous nous décider à ne pas retenir uniquement le sens de catastrophes en tout
genre et privilégier la traduction littérale du mot grec apokalupsis : « révélation » ?
Ce qui questionne alors c’est pourquoi ne conserver qu’un sens ? Probablement parce que ce qui est
apocalyptique se vend bien puisque c’est spectaculaire et que cela fait de l’audimat. Et surtout parce que cela attise nos archaïsmes (cerveau reptilien et limbique). Ce que nous connaissons
depuis des millions d’années, depuis l’existence de la vie sur terre c’est la peur, celle de la crainte pour sa survie, face aux cataclysmes et aux prédateurs en tous genres. Alors réveiller
cette peur millénaire n’est pas difficile, pourtant ce n’est pas de cela dont saint jean voulait nous parler. Probablement essayait-il avec ses moyens et son contexte de nous mettre en garde
contre des risques obscurs de laisser libre cours à nos angoisses. D’autant que nous pouvons aujourd’hui tout à fait réaliser une percée possible, une lumière à l’issue du tunnel (que nous avons
nous-mêmes bâtis), si nous savons l’identifier et la construire.
Une autre raison explique le fait que l’Apocalypse se vend bien c’est que cela
procure des sensations fortes. Notre cerveau limbique, qualifié de manière réductionniste de siège des émotions, a un goût privilégié pour les stimulations intenses de toute nature. Lorsqu’il a
stimulation, c’est le premier cerveau qui réagit. Selon la dangerosité, le reptilien prend la main. Mais le dernier à se manifester est le néo-cortex. Dernière étape
du développement du cerveau, le néo-cortex permet d’apprendre, d’agir autrement, de manifester son libre-arbitre et surtout de ne plus agir et être déterminé par les peurs et les
instincts. Rappelons-nous que l’on dit sans cesse que nous n’utilisons que 10% de notre cerveau. Peut-être
serait-il temps de puiser dans cette immense réserve ?
A cela se rajoute des représentations issues de notre bassin culturel judéo-chrétien, selon lesquelles les
stimulations correspondent à la vie sur la terre. Le conflit c’est la vie, et la paix, s’obtient au paradis, lorsqu’on est mort. Evidemment cela dispense beaucoup d’entre nous de vouloir
explorer, symboliquement, des territoires associés à la mort. Curieusement nous sommes prêts à expérimenter tous les types de violences des plus sadiques ou plus guerrières qui, toutes,
conduisent à une mort physique ou psychique, mais la paix, non. Ainsi nous perpétuons des relations intenses basées sur des rapports conflictuels et névrotiques qui nous garantissent de la
jouissance et nous assure d’être bien vivants. Une bonne dose d’adrénaline et hop ! c’est reparti.
Les enjeux sont de taille car pour mobiliser notre énergie vitale et psychique à élaborer un autre monde nous
sommes en butte à la prégnance de nos archaïques qui nous conduisent surtout à répéter ce que nous savons déjà faire.
Et une cinquième raison à entretenir l’imaginaire apocalyptique c’est que
raviver la peur permet de « vendre » toujours plus de sécurité et surtout des héros qui « sauvent » le monde. On entretient alors le
mythe du sauveur, rôle tenu par quelques-uns, une élite. Ce qui renforce la course au pouvoir et entretient narcissisme et ego,
ingrédients de l’individualisme. Une société fragmentée est davantage soumise car chacun se sent impuissant, elle est alors le terreau idéal pour la venue de chefs charismatiques, de sauveurs
dont la propension à la dictature pourrait être une tentation.
Ajouter à cela la « faillite » du politique » c’est-à-dire, d’un côté, des acteurs politiques
ayant oublié la mission initiale d’engagement pour la Cité et la cause publique et, de l’autre, des citoyens déçus par des alternatives institutionnelles qui ne répondent pas à leurs
préoccupations. Dépités, nombreux sont ceux qui noient leur morosité dans la consommation et les programmes de distraction de la télévision. Pendant ce temps on oublie ses soucis et les Etats
gagnent une population abêtie, plus facile à manipuler. Le désengagement des citoyens crée le vide propice à l’avènement de toute forme de tyrannie.
Une autre raison encore, l’Apocalypse revêt un goût de stupre et de souffre, ravive nos attirances pour
l’interdit et entretient la fascination pour le mal et la jouissance à se laisser tenter. Là encore pour en sortir, il faut décider de ne plus subir les arcanes de nos besoins archaïques de
jouissance. Il est alors question de vouloir passer de la jouissance, au sens psychanalytique, au plaisir qui intègre alors l’altérité. Je jouis de l’autre tandis que je prends du plaisir avec l’autre et ceci dans toutes les formes de relation. Nous pouvons décider,
individuellement et collectivement d’un monde qui respecte l’altérité de tous. Il s’agit alors d’éthique.
1-5 De l’Apocalypse aux émotions
L’Apocalypse (de saint Jean) se vend bien, 60 millions d’ouvrages vendus en
moyenne par an dans le monde. Ce qui entretient l’imaginaire et les représentations, régulièrement corroborées par des événements qui valident les systèmes de croyances collectives,
« démontrant » qu’il y a bien une augmentation significative des catastrophes, donc une ère de fin du monde. Et c’est alors une nouvelle vague émotionnelle qui balaye l’Occident et le
monde à sa suite, ravivant les peurs et donc les replis en tous genres : inerties, rejets des autres, et les radicalismes de tout poil : conservatisme, moralisme, communautarisme,
intégrisme, racisme, tout ce qui fait rejeter l’autre et sa différence.
Toutefois, il est toujours dangereux de crier au loup, l’imaginaire s’embrase et
les comportements deviennent irrationnels, la peur ravive la violence….
1-6 Un énième retour du refoulé ?
La spéculation boursière repose sur des modèles mathématiques et là encore une nouvelle hypothèse. Les
financiers et les banquiers, issus d’études de gestion de finance voire de mathématiques appliquées à la finance, sont perçus et se perçoivent comme modèles de la rationalité. Traiter l’argent
est une affaire sérieuse qui se fait avec analyse et rationalité et sans états d’âme. Pourtant les attitudes spéculatives répondent plutôt à des effets mimétiques, qui sont davantage du côté de
l’émotionnel que de la rationalité. Les comportements des traders ne démontrent pas d’un calme et d’un équilibre que l’on attendrait d’une raison détachée du cœur. Par ailleurs, les affolements
de la bourse, la volatilité des marchés évoquent une tornade d’irrationalité légitimant la maxime « le système est fou ». Enfin, les marchés spéculent sur les désirs, des hypothèses
prospectives des comportements d’autrui, tout ceci baignant donc dans les sciences humaines. Les modèles mathématiques ne parviennent peut-être pas à embrasser la complexité humaine. Et le
faudrait-il d’ailleurs ?
Le monde de la finance se vivant très éloigné des considérations humaines et sociales, à force de cliver
raison et émotions, la part réelle de toute être humain (sentiments, humeurs, états d’âme) sont refoulés et bouillonnent néanmoins comme dans une cocote minute prête à éclater. Alors
régulièrement les explosions collectives viennent remettre les pendules à l’heure. Toutefois, dans un monde globalisé elles prennent des proportions gigantesques puisque systémiques. Le 11
septembre 2001 a frappé physiquement et symboliquement le centre de la finance à New York mais aucun changement majeur de gouvernance n’a été opéré face aux excès de la finance, de la spéculation
ravageant économiques et individus. Et 7 ans plus tard, quasiment à date anniversaire, au même endroit, les bourses s’affolent et les marchés vacillent.
Peut-être pourrions-nous cesser de refouler nos émotions ? En réconciliant raison et sentiments, analyse
et intuition, nous retrouverions nos capacités d’homme et de femme entiers, assumant nos limitations, imperfections, nos parts de féminin et de masculin, sans complexe avec courage et humilité.
Cela pourrait valoir le coup d’essayer.
Tenter l’expérience de ce retour vers un être humain entier, complet (au sens d’âme, esprit, corps et cœur
réconciliés) et incomplet au sens d’une finitude acceptée, permettrait de sortir des représentations idéales que nous avons sur nous-mêmes et sur le monde. Peut-être pourrions-nous alors
rejoindre l’économie réelle ?
3- Un retour à la réalité
Quelque que soit les mots pour qualifier cette « crise », ce qui est évident c’est que nous
assistons à la faillite d’un système financier qui a perdu le sens du réel, qui n’est plus rivé sur les actifs, des biens et produits réels de entreprises mais sur les bulles spéculatives et les
désirs de profits immédiats au détriment d’un nombre croissant de personnes. Il y a encore peu, les déséquilibres économiques clivaient la société en deux enrichissant de manière outrancière les
plus riches et appauvrissant dangereusement les plus démunis. Au printemps 2008, l’augmentation spéculative du baril de pétrole et des denrées alimentaires ont aussi touché les
« classes » dites moyennes et les cadres des entreprises déjà aux prises avec stress, tensions et autres paradoxes organisationnels ont aussi vu leur pouvoir d’achat s’éroder. De ce
fait, de plus en plus de personnes se sentent coupées en deux, clivées entre leurs valeurs et leur désir de participer à un monde équitable et leur perception d’une réalité économique en pleine
turbulence.
3-1 Attention de pas supprimer la classe moyenne
Au niveau mondial ces dérives spéculatives ont fait frémir le corps social et des émeutes de la faim ont crié
partout le désarroi et le besoin que les excès de quelques-uns, dont les effets sont vécus par le plus grand nombre, cesse. Si ces mises en garde sont entendues, les explosions sociales pourront
peut-être être évitées. Mais lorsque nous entendons les patrons des agences de publicité et de marketing dirent que désormais la consommation va se couper en deux : d’un côté, entre des
achats à très bas prix de produits de consommation indispensables et, de l’autre, des tarifs exorbitants pour des produits superflus, c’est faire un déni délibéré de la réalité sociale, car
celle-ci est plurielle. C’est aussi éliminer le « milieu » : les prix moyens achetés par une bonne partie de la population constituant aujourd’hui la classe
moyenne.
Il y a un risque en décidant des formes de consommation de réaliser, symboliquement, une dérive vers une
négation d’une classe sociale qui pour le moment est quasiment la seule à faire tourner l’économie. Car d’un côté elle produit en tant que salarié, entrepreneur, artisan ou profession libérale et
de l’autre elle consomme. Nous avons vu, par le passé, les ravages causés par l’élimination sociologique d’une classe sociale. Ainsi, à la suite de la révolution industrielle, l’exode rural a tué
la classe paysanne et ensuite la robotique a eu raison des ouvriers. Alors certains sociologues en ont déduit que décrire la société par la catégorie des classes sociales n’était plus pertinent
car cela ne reflétait plus la réalité du corps social. Cependant, ceci a eu des effets en terme de représentations. Les acteurs sociaux appartenant à la classe sociale d’ouvriers par exemple, ne
retrouvaient plus alors d’existence légitime car elle n’était plus reconnue par l’ensemble de la société. Et cela a contribué à la déliquescence de la classe ouvrière, devenue effectivement
minoritaire. Les ouvriers ont alors eu des difficultés à se représenter leur propre existence, ayant perdu tour à tour emploi, représentativité, idéologie fédératrice (chute du communisme) et
représentation sociale de leur classe.
Soyons alors attentifs aux effets systémiques d’une réalité et les glissements en matière de représentation
sociale qui parfois peuvent conduire à la désagrégation d’une partie du corps social.
Nous prenons alors à nouveau le risque du clivage et des extrêmes.
3-2 Incompréhension et clivage
D’autant que dans le contexte de la crise financière, les mesures pour renflouer les
banques sont mal comprises par le grand public. On confond les garanties que l’Etat donne aux banques avec de l’argent réel prêté. Seulement ce qui reste dans les esprits, par des raccourcis
interprétatifs, par méconnaissance ou parfois par volonté médiatique privilégiant le spectaculaire, c’est l’impression de s’être fait avoir. Ceux qui sont dans le besoin vivent ces annonces comme
une injustice et aboutissent aux conclusions suivantes : on fait appel aux épargnants et aux contribuables pour renflouer les banques qui ont spéculé sur l’argent engraissant les plus riches
et appauvrissant les plus démunis, comme les subprimes l’ont montré. Ainsi certains jetés dehors par les banques qui ont spéculé sur leurs biens devraient en plus payer des impôts exorbitants
pour renflouer les mêmes banques qui les ont expulsés. Cette crise est alors perçue comme une immense injustice et renforce le conflit social, clive davantage les rôles : les « pauvres
salariés » qui cette fois-ci pâtissent réellement des conséquences de la crise, comme les salariés des entreprises liées à l’automobile et de l’autre les « méchants patrons », ne
concernant qu’une minorité qui réalisent des spéculations douteuses et qui entachent l’image de milliers de petits entrepreneurs, patrons de PME qui eux font tourner l’économie au
quotidien.
Cependant même si le grand public se trompe, c’est à partir de cette compréhension
largement véhiculée que les représentations se forgent et se transmettent et c’est à partir d’elles que les comportements de colère vont alors se manifester.
Commentaires