Edito des Ateliers de la Mutation : http://www.lesateliersdelamutation.com/
Pessimisme : nouvelle singularité
française : un record mondial !
L’impératif catégorique de
l’optimisme !
Tandis que nous formulions nos vœux sur l’optimisme voilà que le sondage BVA-Gallup paru dans la presse (Le Monde, La Tribune..) le 3 janvier 2011 faisait mention du fait
que les Français sont parmi les plus pessimistes de la planète, devant les Afghans et les Irakiens !
C’est la raison pour laquelle nous avons insisté sur l’optimisme et l’espoir.
Le pessimisme s’est installé et avec lui la
peur et l’inertie
Il faut d'abord savoir ce que l'on veut, il faut ensuite avoir le courage de
le dire, il faut enfin l'énergie de le faire.
Georges Clemenceau
Notre culture française, a déformé, avec le temps, l’élan critique cartésien incitant à penser et à se questionner, invitant au débat
et ravivant l’esprit de nourritures fécondes. Nous avons oublié le souffle inspiré des Lumières prodiguant valeurs républicaines et contrat social
(élan universaliste pour un Homme nouveau et la recherche d’un bonheur généralisé). Il ne reste plus que le scepticisme et une propension à adhérer à la peur.
Peur entretenue délibérément par nos gouvernants pour se faire élire.
Pourtant nous savons que la peur, comme nous l’avons écrit à maintes reprises, entraîne l’inertie et / ou la violence mais
certainement pas l’énergie d’entreprendre.
La peur nous prive également de l’envie de penser car nous sommes inscrits dans un rapport au temps qui, calqué sur les rapports
trimestriels à remettre à la bourse, nous prive de toute capacité de recul, de cette lenteur nécessaire à la rêverie, à la réflexion à la contemplation qui seule permet la distance, condition
sine qua non pour faire face aux évènements. Ceci de manière à redonner du sens, de l’ampleur, de la consistance, et éviter les effets de mode où
chacun doit bondir sur l’actualité pour en parler sous peine d’apparaître obsolète. Ceci en risquant, de ce fait, de tant coller à la réalité qu’il en perd toute analyse réflexive pourtant utile
pour analyser ce qui se passe et comprendre que parfois l’arbre cache la forêt.
Le regain pour la prospective, l’anticipation et les projets décrivant le futur, émergence timide dans les années 2005 et qui voient
aujourd’hui une belle floraison rend compte qu’une entreprise, comme un Etat ou même un foyer ne peut être gouverné sans vision anticipatrice. La question est précisément de définir la forme de
la prospective adaptée à appréhender notre monde en transformation.
« Penser le futur » ne peut plus être uniquement le fait de la rationalité au sens de la modernité. La complexité fait là
aussi exploser les évidences et il est temps de comprendre que nous ne pourrons bâtir le monde de demain qu’en encourageant les rencontres pluridisciplinaires, en favorisant le dialogue entre
différents acteurs concernés par une même situation, en mêlant les différentes formes d’intelligence des plus académiques ou plus pragmatiques.
Il ne s’agit pas uniquement de penser le monde de manière intellectuelle mais de le penser avec la pluralité des
intelligences mises en exergue par quelques
chercheurs américains (D. Goleman, H. Gardner, pour ne citer que les plus connus). Alors oui nous rendons compte de la biodiversité du monde dans lequel nous évoluons et que nous modifions à
vitesse grand V, alors oui nous pourrons en saisir toutes les subtilités et tenter, collégialement d’y apporter les réponses les plus adaptées.
Les initiatives ont besoin
d’optimisme
Ainsi mettre en exergue le pessimisme, c’est aussi le renforcer et couper l’herbe sous les pieds de ceux qui agissent, entreprennent,
réalisent des actions concrètes, différentes pour que précisément nous opérions les changements qu’impose notre monde en profonde mutation.
Lancer des initiatives c’est aussi tenir compte de ce que nos gouvernements tissent comme réponse.
Lois et réglementations qui cassent les
élans alternatifs
Projet de loi d'orientation et de programmation pour la performance de la
sécurité intérieure : Loppsi 2. Cette loi
renforce les mesures contre la cybercriminalité toutefois prend aussi des mesures sur différents éléments tels que par exemple la chasse aux logements mobiles. Si le contexte général est
évidemment liés aux incidents des Roms de l’été 2010, la mesure est répressive et concerne tous ceux qui ont besoin d’abris précaires pour se loger car les coûts des logements sont exorbitants
notamment dans les grandes villes telles que Paris.
Notre gouvernement a géré la situation des Roms avec tant de véhémence et de maladresse que cela a réveillé la triste mémoire
d’évènements similaires qui avaient conduit, en leur temps, à préparer les rafles et exterminations des minorités gênantes durant la Seconde Guerre mondiale. Heureusement, une levée de boucliers
a permis de constater que notre mémoire était toujours vive. Voilà une bonne chose !
Ainsi, d’une volonté de contourner le problème de l’intégration et la difficile gestion des délits, cette mesure (Loopsi article 32
ter) va pénaliser aussi bien tous ceux qui sont en situation précaire que ceux qui souhaitent développer des alternatives au logement classique. Car ceux qui ont la volonté de sortir d’un système
de croissance éperdue voient leurs initiatives laminées par les réglementations européennes et françaises. Les lois apportent sans cesse de nouvelles mesures de sécurité ou de qualité qui ont
pour conséquence de réaliser de nouveaux travaux (changement régulier des normes, d’électricité, de détection des fumées et incendies et autres), augmentant les charges pour les particuliers
comme les entreprises et dont le seul avantage est de faire gagner du profit pour les entreprises liées au bâtiment.
Ou encore cette loi (DPE, Diagnostic de performance énergétique), faisant suite au Grenelle de l’environnement qui pénalise tous ceux
qui veulent acheter un bien car ils ne peuvent bénéficier du prêt à taux zéro, encouragé par l’Etat, que si les logements bénéficient des isolations aux normes édictées par le Grenelle. Ce qui
casse les ventes et les achats, conduisent notaires, agences, acheteurs et vendeurs à prendre en grippe les mesures liées au Grenelle et donc à l’environnement. En effet sans vente, le pouvoir
d’achat reste bloqué. Chacun est empêché dans son quotidien, perd un temps infini en démarches administratives chaque année plus lourde et plus compliquée. Ce qui accroît le mécontentement, c’est
à se demander à qui profite de telles décisions ?
Ainsi au lieu de trouver des mesures incitatives pour faciliter le changement, la plupart de initiatives sont contrecarrées par des
lois et des règlementations dans lesquelles la répression est souvent à la clé. Evidemment cela produit l’effet inverse et casse tout élan de transformation effective. Ou alors il faut prendre le
risque de devenir hors la loi, surprenant pour notre pays qui a érige la liberté comme une valeur constitutive de notre République.
Pourtant, ce qui permet d’opérer les changements que notre monde en mutation impose c’est bien de faire de notre pays
un laboratoire d’innovations et d’encourager la diversité des idées et des réponses. Pour avoir plusieurs fois réalisé des voyages d’étude en Inde,
bien qu’il y ait une extrême pauvreté et toute sorte de problèmes que nous ne rencontrons quasiment plus, il existe une bien plus grande liberté à entreprendre et ce n’est pas un hasard si c’est
là que le micro-crédit a pu voir le jour et se développer et que Danone a pu implanter plusieurs projets des Danone Communities.
Il nous faut la liberté d’entreprendre, de commettre des erreurs, de nous tromper, ceci afin d’entreprendre, d’oser et de trouver
dans la multitude des possibles les solutions qui seront adaptées aux problématiques soulevées par la mondialisation.
Pour cela il est essentiel de limiter les appels à la peur et les réponses coercitives.
Un exemple réussi de mobilisation
citoyenne
L’espoir des hommes, c’est leur raison de vivre et de
mourir.
André Malraux
La mobilisation citoyenne a permis de franchir le cap du million de citoyens européens mobilisés pour ne pas accepter les OGM en
Europe et demander la création d’un organisme éthique et indépendant chargé de réaliser des analyses rigoureuses sur les OGM. Ainsi Internet permet les mobilisations des citoyens qui reprennent
leurs responsabilités et se mobilisent face aux excès des lobbyies.
Les leçons de la
Tunisie
La démocratie devrait assurer au plus faible les mêmes opportunités qu'au plus
fort.
Gandhi
Quelle leçon vient nous apporter la Tunisie et dans la foulée d’autres pays comme l’Egypte ? Tandis que nous ne parvenons pas à
sortir de la torpeur de nos habitudes, ayant tant de mal à revisiter notre modèle économique qui nous apporte nos petits conforts quotidiens, voilà qu’un pays du Mahgreb, que certains tiennent à
distance et avec une certaine condescendance, voilà que les citoyens tunisiens ont eu le courage de dire « non » à un régime qui a trop longtemps fait peser sur eux les pesanteurs de la
dictature.
L’avenir sera radicalement différent selon que la démocratie gagne le Maghreb et le Proche-Orient ou si les soulèvements citoyens
font le lit d’un islamisme radical. Les équilibres géopolitiques en seront bouleversés. L’accès aux ressources notamment pétrolières reposent sur des régimes théocratiques et dictatoriaux, un
bouleversement de cette ampleur aura des conséquences que nous ne pouvons pas évincer par nos atermoiements.
Telle la grenouille qui se laisse mourir dans une eau qui monte lentement à ébullition, nous nous endormons dans la tiédeur de nos cocons et perdons de vue la
vigilance à garder vivantes nos valeurs, à nous engager, sans compromission, pour nos libertés, à placer l’éthique au-dessus des spéculations. Rappelons-nous ce qu’avait dit Gandhi :
« Il y a assez dans le monde pour satisfaire aux besoins de l’homme, mais pas assez pour assouvir son avidité. » Nous ne pouvons pas nous laisser aveugler par cette avidité qui nous
empêche de regarder que notre modèle économique prélève toujours plus de ressources à la terre et que la plupart des minerais et sources d’énergie s’épuisent les uns après les autres. Notre
consommation pollue et a une incidence majeure sur les pays en voie de développement. Chacun voulant s’inscrire dans cette course au désir préfabriqué participe à la consommation des ressources
comme la Chine avec le pétrole, premier consommateur au monde, et bien évidemment aussi à la pollution et au tarissement des matières premières dont l’eau est la plus cruciale. Rareté qui devient
alors occasion de spéculation.
Il est temps que nous retrouvions le courage des valeurs dont nous sommes fiers, que nous retrouvions cet élan que rappellent des
résistants comme Stéphane Hessel, qui du haut de ses 93 ans, nous exhorte à l’action tandis que nous bien plus jeunes, timorés face aux pertes de confort, nous ne faisons pas grand chose pour
changer.
L’enjeu est d’entamer les évolutions incontournables sans attendre les révolutions, catastrophes naturelles ou humaines, qui seules
jusqu’ici ont eu raison de nos inerties. Nous avons la ressource de changer par la mutation et la métamorphose, cela implique juste de nous mettre en mouvement. Nos peurs sont bien plus
importantes que la réalité des changements à engager. Car s’ils sont opérés ensemble, les efforts seront plus facilement supportés.
Albert Einstein a dit :
« Aucun problème ne peut être résolu sans changer le niveau de conscience qui l'a engendré. »
Oui il est temps de modifier notre niveau de conscience pour opérer les changements qui s’imposent et avoir le courage de réaliser
les mutations que ce soit à titre individuel, collectif et organisationnel, en mobilisant innovation, créativité, force de vie au service de notre planète et des autres êtres humains.
Alors que 2011 soit la manifestation concrète de nos changements !
Bien à vous,
Christine Marsan
Quelques
livres à parcourir pour se réveiller :
· Virginie Raisson : 2033, Atlas des futurs du monde, Robert Laffont, Paris, 2010.
· Stéphane Hessel, Indignez-vous, Editeur Indigène, 2010.
· Edgar Morin, Patrick Viveret, Comment vivre en temps de crise ? Bayard Centurion, Paris, 2010.
Remise le 9 décembre 2010 de la première initiative citoyenne (notamment par Aavaz) au Commissaire
Européen Monsieur Dalli. Les Européens souhaitent des évaluations plus rigoureuses avant toute autorisation de cultures
OGM qui pourraient mettre en danger notre santé et notre environnement.
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